‹ La morale dans la démocratie (volume 2)Chapitre 40 sur 43 · LA MORALE DANS LES RAPPORTS DES ÉTATS ENTRE EUX · texte numérisé non relu

LA MORALE DANS LES RAPPORTS DES ÉTATS ENTRE EUX

(suite)

la guerre et la paix Mesdames, Messieurs,

Je me suis arrêté, à la fin de la dernière leçon, sur cette idée que, malgré les progrès dont nous sommes si fiers, toutes les nations, môme les plus civilisées, sont encore aujourd'hui, à l'égard les unes des autres, clans ['état de nature, c'est-àdire dans un état où c'est, non pas le droit, mais la force brutale, sous le nom de guerre, qui est appelée à décider entre elles; et que, puisque cet état, en consacrant le droit de la forceeten entretenant un fléau aussi horrible que la guerre, est essentiellement mauvais, elles doivent travailler à y substituer un état juridique qui soit pour elles ce que l'état civil est pour les individus, et qui, en garantissant à chacune ses droits, fasse régner entre elles la paix avec la justice.

J'ai fait honneur de cette idée, si simple à la fois et si nouvelle, à la philosophie du xviuc siècle. Si celui-ci ne la pas précisément découverte, il l'a au moins mise eu pleine lumière et a ainsi attiré sur elle les regards du inonde, qui, tout en gémissant sur les maux de la guerre, la regardait pourtant elle-même comme une nécessité à jamais inévitable.

J'ai nommé l'abbé de Saint-Pierre connue ayant été au xvme siècle le premier apôtre de celte mande idée.

Substitue! à l'étal de guerre où les peuples vivent à regard les uns des autres ; aux traités de paix et d'alliance qui ne • aucune garantie de durée et n'établissent en réalité que des trêves, un véritable état de paix, en établissant «Mitre eux un lien analogue à celui qui existe déjà entre les individus ou les familles, c'est-à-dire en les unissant en nue association permanente qui garantisse à chacun ses droits et force chacun à Tcxécutiou de ses et les arracher ainsi à Yètai

de nature pour les faire entrer dans un état juridique] voila la pensée que oit l'abbé de Saint-Pierre au commencement du wiii siècle et a laquelle on peut direqu'ila eu la gloire d'attacher son nom, en dépit de toutes les railleries dont il a été et dont i1 est encore l'objetdela part des hommes d'État et de beaucoup d'esprits superficiels, qui se croient profonds. Pour justifier l'hommage que je lui rends ici. je veux vous le taire entendre lui-même :

■ Les lamilles qui vivent dans permanentes et

quiontle bonheur d'avoir des lois et des juges armés tant pour

1er leurs prétentions que pour leur Vain1 exécuter mutuellement, par une crainte salutaire, oulesl État ou leurs conventions réciproques, ou les jugements de leurs juges, ont sûreté entière -pie leurs (tentions futures seronl réglées sans qu'ell de prendre jamais les armes les unes contre les autres. Elles eut sûreté entière de l'exécution de leurs traités, et que 1 exécution de leurs conventions durera autant que l'Étal même dont elles font partie. Elles ont sûreté que, pour terminer leurs différends «Mitre elles, elles ne seront jamais exposées aux terribles malheurs de la guerre entre familles el familles Les chefs de ces familles savent que celui (pii prendrait les armes et qui userait de violence contre son adversaire, au lieu de prendre I des p, mmis par l'autorité de l'État, n'a point a espérer d'augmenter son revenu par la force et par la violence, et qu'il serait au contraire puni irrévocablement s'il usait de violence. Ainsi ils

peuvent avoir des contestations et des procès ; mais les familles n'ont jamais à craindre entre elles des malheurs incomparablement plus grands, c'est-à-dire les meurtres, les incendies, les pillages que causent les armes. Malheureusement pour les souverains, chefs de plusieurs familles, ils ne sont point encore convenus de former entre eux ni une société permanente pour leur conservation et pour leur garantie réciproque, ni de s'ériger entre eux-mêmes un tribunal permanent, tant pour faire exécuter les conventions passées que pour régler, sans guerre, leurs prétentions futures. Ils n'ont jusqu'à présent nulle véritable sûreté, ni que leurs traités seront exécutés, ni que leurs différends se régleront ou par médiation ou par jugement, et, ce qui est de la dernière importance, ils n'ont aucune sûreté que leurs différends seront réglés et terminés sans être exposés aux funestes malheurs de la guerre. »

Dans les lignes que je viens de vous lire, au mot souverains, lequel trahit un vice du projet de l'abbé de Saint-Pierre que je relèverai tout à l'heure, substituez le mot dépeuples ou de nations, et vous aurez, sauf l'incorrection du style, l' expression la plus lumineuse et la plus juste de l'idée d'api laquelle les États doivent transformer leurs rapports.

Il faut ajouter que si, avant l'abbé de Saint-Pierre, on avait peint en traits saisissants la folie et les horreurs de la guerre (Boileau, la Bruyère, etc.). personne n'avait fait ressortir comme lui le vice et les inconvénients inhérents à l'état de guerre : « Nul droit assuré (pie celui du plus fort : — défaut de sûreté dans les engagements mutuels; — danger continuel de la part d'un voisin puissant, si l'on est faible, et d'une ligue si l'on est fort; — précautions et frais immenses pour se tenir suc ses gardes; — jamais de justice à espérer d'autrui sans des frais et des perles immenses qui ne l'obtiennent pas toujours, etdont l'objet disputé ne dédommage que rarement: — changements continuels et inévitables de relations entre les peuplesqui empêchent aucun d'eux de pouvoir Bxer entre

mains la force dont il jouit; — nécessité de prendre part. malgré soi. aux querelles de ses voisins et d'avoir la guerre quand on la voudrait le moins; — interruption du commerce et des ressources publiques au moment qu'elles sont le plus nécessaires; — enfin inutilité de la sagesse où préside la fortune, désolation continuelle des peuples, affaiblissement de l'État dans les succès et dans les revers, impossibilité totale d'établir jamais un bon gouvernement, de compter sur son propre bien et de rendre heureux ni soi ni les autres. * Personne n'avait opposé, comme l'abbé de Saint-Pierre, au tableau des maux qu'engendre l'état de guerre celui des avantages que l'étal de paix procurerait aux peuples, comme la suppression de la dépense militaire, si onéreuse' aux États, la liberté et la sûreté du commerce tant d'État à État que dans chaque État dans les régions éloignées, le progrès sensible de l'agriculture, des ressources publiques, de l'éducation publique, etc. Personne enfin n'avait si fortement combattu le préjugé qui élève si haut la gloire du conquérant. 11 osa attaquer celle de Louis \1V et tenta de lui arracher ce titre de grand (pie lui avait décerné la flatterie de ses sujets : il ne voulait pas que l'on confondit la grande puissance avec l<t véritable grandeur, Otte hardiesse le fit expulser de l'Académie française.

L'abbé de Saint-Pierre ne s'en est pas tenu d'ailleurs au principe général que nous l'avons vu poser et aux réflexions

sur l'état de guerre et sur l'état de paix dont je viens de vous présenter le résumé, mais il a converti ce principe en un projet de paix composé des cinq articles suivants :

■ V 11 y aura désormais, entre les souverains qui auront ligné les présents articles, une alliance perpétuelle....

» - Chaque allié contribuera, selon ses moyens, a la sûreté et aux dépenses communes de la grande alliance ;

» o" Las allies renoncent a la voie des armes pour vider leurs différends présents et futurs; ils sont conyenusd'accepter

toujours l'arbitrage d'un tribunal formé par les alliés euxmêmes ;

» 4° Tout membre de l'alliance qui entreprendrait quelque chose contre elle, sera réduit par la force publique ;

» 5° Si de nouveaux articles sont jugés nécessaires pour le bien de l'alliance, ils seront arrêtés par les plénipotentiaires sans que rien ne puisse être changé à ces cinq. »

Les articles que je viens de rapporter ne font que traduire sous la forme d'une constitution internationale le grand principe si bien posé par l'abbé de Saint-Pierre ; mais, en voulant appliquer son projet aux États tels qu'ils étaient alors constitués et gouvernés, il commit un double oubli et par suite une double erreur. D'une part, en prenant l'Europe telle qu'il la trouvait constituée par le traité d'Utrecht, il négligea de se demander si elle était bien ou mal organisée, si son état était conforme ou contraire aux droits des peuples, s'il était juste et bon qu'elle restât éternellement comme elle était, si cet état enfin comportait l'alliance qu'il proposait en vue de la paix perpétuelle; et, d'autre part, il ne songea pas non plus à se demander si la constitution intérieure des peuples, tels qu'ils étaient alors gouvernés, n'était pas elle-même incompatible avec l'état de paix qu'il voulait fonder : ici encore il ne vit pas qu'en donnant pour base à son projet l'état présent des choses, la constitution despotique des peuples, il le frappait par là même de nullité. C'est ce que son éloquent commentateur Jean-Jacques Rousseau a très-bien montré (1).

Malgré les vices (pie je viens de relever dans le projet de l'abbé de Saint-Pierre. cet écrivain n'eu a pas moins rendu un immense service à l'humanité en mettant en lumière leprincipe qui doit ici servir de guide aux États; et Rousseau a eu bien raison de dire de son livre : « Il est très-important qu'il existe».

(1) Voyez, pour le développement de lool ce qui précède, mei leçoni mu L'abbé de Saint- Pierre, dans le tome premier de ['Histoire kt Idée* morale* tt politiqu

France au wiir siècle»

L'idée lancée et relancée par l'abbé de Saint-Pierre (de 171*2 a 1736) tombait (huis un siècle bien fait, non pas sans doute pouf lit mettre en pratique, mais pour la comprendre et la propager. Le plus éloquent écrivain de ce temps, Rous-

u, s'en lit l'interprète; d'autres la reprirent et la développèrent sous de nouvelles formes : elle devint une des questions àl'ordre du jour. Voltaire, toul en décochant quelques légère s épigrammes contre la paix perpétuelle de l'abbé de Saint- Pierre et l'exposition qu'en lit Jean-Jacques Rousseau, tout en la déclarant a regret impraticable et tout en tenant la guerre pour un Qéau inévitable, n'en a pas moins dirigé contre cette barbarie et la futilité des causes qui l'engendrent d'ordinaire, des traits qui se ressentent certainement de l'action exercée sur son esprit par les idées (pie le bon abbé avait mises en circulation. Sans l'abbé de Saint-Pierre, l'article Guerre du Dictionnaire i)/u/<>soj)Iu<ju<> aurait-il été ♦iciit?

Transportons-nous maintenant vers la (in de ce siècle dont l'abbé de Saint-Pierre fui l'un des promoteurs, et nous allons voir son idée adoptée, épurée el élevée en quelque sorte à sa

plus haute puissance par le plus grand philosophe du x\ m' siècle, par le plus grand moraliste (les temps modernes, par

tant. Formulée par ce vigoureux esprit, elle devient une

théorie d une admirable précision et d'une vérité philosophique incontestable; et je m'étonne qu'on n'en ait pas mieux tire parti et qu'on ne lui ait pas rendu un plus éclatant hommage dans tes travaux qui on! été laits depuis sur le même sujet, .le m'étonne particulièrement (pie les derniers écrivains qui (»nt traité i <■ sujet, connue M. Larroque et Proudhon, n'aient tenu aucun compte du travail (le Kant, qu'ils paraissent ignorer, comme si le philosophe de Kœnisberg n'était pas noire mattre .i tous sur ce point. Arrêtons-nous donc un instant sur cette partie de sou œuvre, afin d'en relever l'importai]

el d eu taire jaillir la \.'i île.

L'idée fondamentale de Kant est celle même que j'ai indiquée à la fin de la dernière leçon et que j'ai rappelée au commencement de celle-ci : c'est que les peuples en sont encore dans leurs relations réciproques à l'état de nature, c'est-à-dire à l'état de guerre, — ce qui ne veut pas dire qu'ils se fassent toujours réellement la guerre, mais qu'ils sont forcés d'être toujours sous les armes ; — qu'un tel état est en soi souverainement inique, puisque, quand même les plus puissants n'abuseraient pas de leur force pour opprimer les plus faibles, comme ils le font d'ordinaire, il dépendrait toujours du droit de la force et non de la force du droit, et que, quand même ce serait le droit qui triompherait par le moyen de la guerre, ce qui est loin d'être le cas ordinaire, il ne triompherait qu'au prix du sang versé (d'un sang qui le plus souvent n'en peut mais), et de toutes les calamités qu'engendre la guerre ; qu'ainsi c'est un devoir pour les peuples, un devoir de justice en même temps qu'un devoir d'humanité, de travailler à sortir de cet état de nature et de guerre dans leurs relations internationales pour y substituer un état juridique au moyen d'une alliance par laquelle ils se garantiraient réciproquement leurs droits et termineraient leurs différends par des moyens pacifiques, de manière à faire régner entre eux la paix, au lieu de la guerre. Et que l'on if objecte pas que cet (Mat de paix ne pourra jamais être réalise sur la terre : devant le velu absolu que la raison oppose à l'état de guerre, il n'y a plus lieu de s'inquiéter de savoir si la paix universelle et perpétuelle est une chose qui doive ou non être réalisée un jour; il faut agir comme si cette chose, qui peut-être ne sera jamais, devait être, et se la proposer pour but. Ce but ne dût-il jamais être entièrement atteint, toujours serait-ce un devoir pour les États de le poursuivre et de travailler a s'en rapprO cher de plus en plus. Il est \eàut final du droit des gens.

.Mais Kant ne s'est pas ci Dtenté de signaler ce bul emnine l'idéal que les peuples doivenl poursuivre dans leurs relata

internationales; il a entrepris de leur indiquer aussi les moyens qui seuls peuvent les y conduire ou au moins les en rapprocher.

Parmi ces moyens, il en est d'abord qui doivent servira préparer le règne de la paix entre les États et qui en sont ainsi les conditions préliminaires. Les voici, sinon d'après le texte même de Kant, du moins d'après l'analyse que j'en ai faite moi-même dans un travail déjà publié (l) :

«Ces articles préliminaires, ou destinés a préparer la paix qu'il s'agira ensuite de régler dune manière définitive, statuent :

1° Qu'il n\ a pas de véritable traité de paix là où l'on se réserve de recommencer la guerre à l'occasion, puisqu'un traité dont les auteurs feraient quelque restriction mentale de ce genre, ne serait plus vraiment un traité de paix, mais un simple armistice ;

2° Qu'on ne peut acquérir, par voie d'héritage, d'échange, d achat ou de donation, un État indépendant, grand ou petit ; car, filtre qu'un Étal esl comme une personne dont nul ne peut disposer qu'elle-même, et qu'il est contraire au droit de l'humanité d'en taire une sorte de Beftransmissible ou échan-

Bable, un pareil abus mel en péril la paix entre les nations, dont il trouble l'équilibre;

i* Que les armées permanentes doivent disparaître entièrement avec le temps: car, indépendamment de l'atteinte portée ici encore au droit deshommes, que l'on traite comme des machines, et qui pis est. comme des machines meurtrières, les années permanentes s,.ut a la lois pour les autres Etats comme une menace qui les tient incessamment sur le qui-vive, et pour ceux (pu les entretiennent une charge qui les|),,iisvr eux-mêmes à la guerre;

/l" Qu'on ne doit pas contracter de dettes nationales en vue

(1) Auab/sc cniKjuc de la doctrine du droit, p. OIT.

des intérêts extérieurs de l'État, parce que ce moyen, en rendant la guerre facile à l'un, troublerait la sécurité des autres, et, en produisant tôt ou tard une inévitable banqueroute, pourrait compromettre ainsi la fortune des autres peuples ;

5° Qu'aucun État ne doit s'immiscer de force dans la constitution et le gouvernement d'un autre État, non pas même dans le cas d'un scandale donné par une nation; car, à moins qu'elle ne se déchire en deux parties, et que l'une des deux parties ne réclame secours et protection contre l'autre, un scandale, si grand qu'il soit, n'autorise pas l'intervention armée d'un autre État, dont il ne lèse pas les droits, et qui doit se contenter d'en faire son profit comme d'une leçon salutaire, sans prétendre réprimer ce qui ne le regarde pas. »

rsotez que Kant posait ce principe (1795) en face de la coalition qui s'était formée contre la France révolutionnaire, et dont la Prusse, sa patrie, avait été la première instigatrice, mais dont elle se détacha cette même année, à la grande satisfaction du philosophe.

Il y a encore un article préliminaire ; le voici :

«6° Que nul État ne se permette, dans une guerre avec un autre, des hostilités qui rendraient impossible, au retour de la paix, la confiance réciproque, comme par exemple l'emploi d'assassins ou d'empoisonneurs, l'espionnage, la violation d'une capitulation, l'excitation a la trahison, etc. Avec de pareils stratagèmes, la guerre, au lieu d'être un moyen d'établir un droit qu'on ne peut faire triompher autrement, tend à l'extermination des hommes, et il n'y a plus désormais de paix sérieuse et durable a espérer. »

Ce ne sont la que 1''- conditions préliminaires qui doivent préparer le futur règne de la paix ; mais il en est d'autres qui sont en quelque sorte le- conditions constitutives de < e règne, et (pie Kant a érigées en articles définitifs de son projet de paix perpétuelle.

Ici le projet du philosophe allemand corrige heureusement

ISAR.M. ]fj

le u< •• capital décelai de l'abbé de Saint-Pierre, kanta parfaitement vu que, pour rendre possible rétablissement el la durée de la paix entre les États, il fallait commencer par réformer leur constitution intérieure suivant les principes républicains, c'est àndire suivant ces principes de liberté et d'égalité, proclamés par la Révolution française, qui t'ont de tous les membres de la - ci lé des citoyens cl placent tous les citoyens sur le même pied.

« Lorsque, dit-il, — il faut le citer ici textuellement, — pie. comme cela doit être néc< ssairement dans une eonstitulion républicaine, la question de savoir si la guerre aura lieu mi non no peut être décidée que par le suffrage des oii ryens, il n'y a rien «le plus naturel qu'ayant a décréter contre eux-mêmes toutes les calamités de la guerre, ils hésitent beaucoup à s'engager dans un jeu si périlleux; car il s'agit pour eux de combattre en personne, de payerde leur propre avoir les frais de la guerre, de réparer péniblement les dévastations qu'elle busse après elle: enfin, pour comble de maux. de contracter une délie nationale, qui rendra amère la paix même el ne pourra jamais être acquittée, parce qu'il y aura toujours de nouvelles guerres. Au lieu «pie. dans une constitution ou les Bujets ne sont pas citoyens et qui, par conséquent n'est pas républicaine, une déclaration de guerre est la chose l;i plus a lu monde, puisque le souverain, proprié-

taire cl non pas membre de l'État, n'a rien a craindre pour sa table, s B l bas s maisons de plaisant H Fêtes de

cour, etc., 8t qu'il peut la décider <■• mme une partie de plaisir, pour les raisons les plus frivoles, et en abandonner avec indifférence la j ust i(i cal ion 1 exigée par la bienséance, au corps diplomatique, qui sera louj urs prêt ;i la fournil

La première chose a faire pour établir la paix parmi liouiii es sciait donc de donnera chaque Étal une constitution républica .ou.cn d'autres termes. uu libre gouvernement i .

I ment

La seconde condition, c'est de former de tous ces libres États une fédération. Ici encore je ne puis mieux faire que de reprendre mon analyse :

« Cela ne veut pas dire, ce qui serait contradictoire, qu'il faudrait les Fondre tous en un seul et même État, mais les unir par une libre alliance qui, sans détruire le lien de la société civile, lui servît de supplément. En effet, tant que cette alliance n'existera point entre les divers peuples, ils ne sortiront point, dans leurs relations réciproques, de l'état de nature, c'est-à-dire que chacun restera juge en sa propre cause et que ce sera toujours la force au lieu du droit qui décidera entre eux. Or c'est là le règne de l'injustice. Sans doute, dans Félat actuel des choses, la guerre est l'unique ressource des États qui veulent défendre leur droit, puisqu'il n'y a point de juridiction internationale où ils puissent porter leurs plaintes; mais, comme c'est toujours en définitive la force qui décide, cet état de choses est souverainement injuste. Aussi parait-il étonnant que l'état des sauvages vivant en dehors de toute loi inspire aux nations civilisées tant de mépris et d'horreur, et qu'elles ne voient pas qu'elles-mêmes vivent entre elles dans un état aussi triste; car, dans leurs relations, reconnaissentelles quelque contrainte légale, et les princes qui les gouvernent ne mettent-ils pas leur gloire à entretenir, sur le pied de guene, des milliers d'hommes, dont ils disposenl comme de machines et qui leur deviennent au besoin des instruments de conquête? On n'a pas encore songé, il esl vrai, k bannir le moidroitdu vocabulaire de la politique internationale; nul ne s'est montré jusqu'ici assez hardi pour professer ouvertement la doctrine de la force brutale, et c'esl de quoi il va plutôt lieu d être sut pris, quand on songe a la nie» hanceté do

républicain ; mais

tru|i plioiie : il l'itlentifl • . \*-'- colle 111 1 uiifond 10

pouvoir lé^islaiii et le ~ mon

Analyse ci iitquc û p(< Hfm.

2'j'j QUATORZIÈME LEÇON.

la nature humaine, qui montre ici toute sa laideur; mais, quelque souci que les peuples semblent prendre de justifier leurs déclarations de guerre, il est sans exemple qu'aucun d'eux ait jamais consenti a se d< Pister de ses prétentions sur des raisons purement juridiques. Toutefois ce langage est déjà un hommage rendu à une idée que l'on es1 forcé d'invoquer, alors même qu'on la viole: et. puisqu'il est im- |. ssible de la rejeter tout à lait, peut-être finira-t-on par la suivre réellement, en renonçant définitivement à un état de choses qui en est au fond la négation. Le mot iroit% en effet, n'offre plus aucun sens, appliqué a l'état de guerre, puisqu'il n'y a plus de droit la où chacun est juge en sa propre cause et où la foire seide décide. C'est là du moins ce qu'exige la il ci le seul moyen à suivre pour arriver au but qu'elle nous prescrit, c'est de travailler à substituer aces traités de paix qui ne tendent qu'à terminer les guerres actuelles, mais non l'état de guerre lui-même, une alliance qui unirait tous tes peuplesen vue de la paix perpétuelle, et garantirait la liberté cl les droits de chacun. Tue union qui ferait de toutes

iations comme une république universelle ne peut sans doute être établie d'un seul coup; mais supposez quelques

peuples libres donnant l'exemple d'une alliance de paix, telle

que la raison la demande, elle s'étendrait peu à peu et finirait par embrasser tous les peuples de la terre. Quelques difficultés d'ailleurs que présente la réalisation de l'idéal prop

ici par la i . il est du devoir de chaque Êtatd'y concourir

autant qu'il est en lui ; et, si l \ république universelle es! encore bien loin «le nous, il v a une chose immédiatement praticable et que tout peuple est coupable de ne pas faire : ( de t' , r à < tablir entre les nations une alliance durable et

susceptible de s'étendre toujours davantage, qui puisse, en fournissant un moyeu pacifique de terminer les différends, détoui ncr le fléau de la guerre. »

k oit n'a point traité d'ailleurs la question de la paix uni-

quement au point de vue delà raison pure: il a cherché aussi à montrer, dans les dispositions prises par la nature et dans le mécanisme même des penchants intéressés qu'elle a mis en nous, les signes du concours et de la garantie qu'elle nous offre relativement à la réalisation de cette idée de la paix entre les Etats, que la raison nous fait un devoir de poursuivre; mais, quelque pénétrantes que soient ici ses observations, je n'ai pas à le suivre sur ce terrain, qui n'est plus proprement celui de la morale (i).

Comme vous venez de le voir, la philosophie du xviii6 siècle avait fait la guerre à la guerre et prêché la paix universelle e1 perpétuelle. La paix, ce fut là en quelque sorte son premier mot, jeté dans le monde dès 1712 par l'abbé de Saint-Pierre, et ce fut aussi son dernier, prononcé en 1705 par le génie qui la couronne, par Kant, et élevé cette fois à la hauteur d'une doctrine morale, lumineuse et irrésistible. Mais, malgré cette grande croisade entreprise par la philosophie du wuf siècle contre la guerre, l'Europe n'en vit pas moins se rouvrir, «les le début du siècle suivant, une ère de conquêtes guerrières qui la désolèrent sans interruption pendant douze ans de 1803, date de la rupture de la paix d'Amiens, a 1815, date de la bataille de Waterloo) . C'était là. ainsi que je l'ai écrit quelque part (2), comme une sanglante ironie jetée par le démon des batailles aux théories du philosophe; mais, en \ regardant de plus près, on voit (pie ce nouveau déchaînement delà guerre dans le inonde, de la guerre pour la guerre, c'est-à-dire de ce ([ue M. Schérer, parlant de Napoléon, appelle si justement la chose la plus insensée et la plus barbare qui se puisse imaginer, on voit, dis-je, que ce nouveau déchaînement de la guerre n'a l'ait que confirmer ces théories, en prouvant une lois de plus que la guerre est l'un des fruits naturels du despotisme e1 que la paix ne peut fleurir qu'au

I) Voyez Analyse critique d< •'• r- ,XXM-

Ci; Revue Oc Parie, 15 mais L855. — Kai I el la Révolution fini

Ql ATORZT1

sein de la liberté. Si la France ne détail pas laissé confisquer mi du-buit brumaire toutes ses libertés par un chef militaire, elle n'aurait pai traînée, malgré elle, dans ce tourbillon

guerres qui fui le cortège nécessaire «lu Consulat et île l'Empire, et qui dévora tant de millions d'hommes, uniquement pour sati>faire l'ambition et les fantaisies d'un despot Il tut dune démontré par là e une fois il semble pour-

tant < | ne les peuples n'auraient plus dû avoir ht soin d'une telle démonstration que le despotisme appelle naturellement la guerre, et que le césarisme et le militarisme sont deux fléau* inséparables; Napoléon donna raison à Kant et à tous ces ,<lri>i<,</i/('s% philosophes et économistes, qu'il détestait si fort et a m juste litre.

.Mais. d'un autre côté, notre temps a vu des écrivains illustres tenter de relever la sruei re de l'anathème dont l'avait frappé la philosophie du dix-huitièn e siècle au nom de la justice et de l'humanité. An premier rang de cesapologisl de la guerre, il faut citer l'auteur des • Saint-PéU

bourg, Jose| h de Maistre. ! un qui a l'ait une si magni-

fique apologie du bourreau, qui Ta appelé wi 'i-

naire, sublime, sur qui re /. toute

puissance, toute grandeur, et qui ne saurait exister dans la famille humaine qu'en vertu d'un décret, d'un fiât de la puissance créatrice, cet écrivain ne pouvait manquer de taire de la guerre une ap< logie anali de la déclarer aus

dit m me accomplissant une grande loi du monde spirituel t. M, p. *29 , une loi occulte et terrible qui a besoin du sang humain p. i(.) . et en vertu de laquelle l'hommi . couronnant

tte longue chaîne de carnages que nous offre le vaste domaine de la nature vivante p i chargé d'égorger

fh 1 1, pour remplii sainte mission, s

toi fureur divin* . ù lu haine cl à ût

champ 'le bataille sam s qu'il >■■

qu'il fni , et f, ent/u ju'il a en

lu trieur p. 3

Est-il besoin de réfuter cette théorie qui, au lieu de voir dans la guerre tout simplement ce qu'elle est, une barbarie, en fait quelque chose de divin (p. 29 et p. 30) ; et, au lieu de regarder simplement ce fléau comme l'effet d'une brutalité et de préjugés qui ont dominé jusqu'ici chez les peuples faute de culture et de lumières, mais qui, si la perfectibilité humaine n'est pas une illusion , ne sauraient conserver toujours le même empire, prétend l'expliquer par un principe surnaturel d'expiation . et fait ainsi de Dieu une sorte de Moloch ayant soif de sang humain ? Non, c'est là une de ces théories qu'il suffit d'exposer pour en montrer l'erreur et la laideur. Je veux seulement, pour achever cette exposition, indiquer encore un des caractères où Joseph de Haislre reconnaît la divinité de la guerre, et qui répond en effet à une conséquence nécessaire de sa doctrine. « La guerre, dit-il (p. 89), est divine par l'indéfinissable force qui en détermine le succès. » C'est-à-dire que cette force indéfinissable qui détermine le succès étant en définitive la force divine, le succès est toujours juste et la défaite toujours méritée. Vœvictisl Ce n'était vraiment pas la peine de prétendre s'élever si haut (p. 38) pour retomber si bas !

Malheureusement, ce n'est pas seulement du camp de la théocratie qu'est partie l'apologie de la guerre, et, comme conséquence, celle de la force et du succès; elle est sortie aussi d'une certaine philosophie. N'a-t-on pas vu. par exemple, en 1828, un professeur illustre, et dont la parole avait alors une grande autorité, M. Victor Cousin, déclarer que la guerre a des racines indestructibles Introduction à F histoire de la philosophie, éd. 1841 , p. 275), absoudre dans tous les cas la victoire, non-seulement comme nécessaire, mais comme bienfaisante (p. 281), non-seule.: oui comme bienfaisante, mais comme juste, juste dans le sens le plus étroit du mot (p. 281); et entreprendre de démontrer la moralité du succès (ce sont les propres expressions du professeur] 1 Quand je lis

dans les leçons de M. Cousin que la guerre n'est pas autre chose que le prononcé du jugement de Dieu sur l'humanité, que les batailles en sont la promulgation ('datante, que les défaites et les victoires sont les arrêts de Dieu même sur un peuple, que, malgré celte sorte de sympathie morale qui nous entraine vers le vaincu, le vaincu est toujours celui qui doit l'être, c'est-à-dire qui a mérité de fétre, et que le vainqueur est toujours meilleur et plus moral que le vaincu, je suis tenté de préférer la théorie du théocrate a celle du métaphvsicieu : au moins M. de Maistre, tout en déclarant la guerre divine, la lient pour un fléau, non pour un bien- Fait; et. tout en regardant toute défaite comme une légitime expiation, il ne proclame pas pour cela la supériorité morale du vainqueur. Il y a. dit-il au contraire (p. 58), des guerres où « vous pouvez voir le vainqueur même dégradé, appauvri et gémissant au milieu de ses tristes lauriers, tandis (pie, sur les terres du vaincu, vous ne trouverez, après quelques moments, pas un atelier, pas une charrue qui demande un homme ». LÀ théorie (h1 M. de Maistre n'a pu taire d'ailleurs de prosélytes que parmi les esprits hostiles a l'idée du progrès de l'humanité ; celle de .M. Cousin, au contraire. s'adressanl au public libéral, a ouverl une voie qui n'était propre <pj'a l'égarer î). Faut-il s'étonner après cela de tant de lâchetés dont nous avons été témoins! Quand on a pour système que le succès est nécessairement le triomphe de la justice, comment ne s'inclmeiail-ou pas devant le vainqueur, »'t ne jetterait-on pas la pierre aux vaincus, surtout si, comme cela ne peut manquer d'arriver, pour peu qu'on le veuille, on v trouve son propre avantage ï

1) Quand je parlait insi 1865), M. Cousin, qui fut mon maître au débat de nui carrière univ< mais dont j- m'était depuii longtemps éloigné pour mardier

dam ma liberté, M. < ouiin vivait encore, ••( )*<•!. u- loin .le prévoir m An prochains. rt ne peut être i our moi un motif <i'' retirer le* ai cru

devoir réprouver publiquement • et funeste doctrine .lu - .• i, l'ai trouvé trèe-

louvent • [ues «lui lt«-<is contre >.i mémoire; mail ce n'est pas moi qui

itre les trop juste des amis de la philosophie-

Dans un ouvrage publié en 1861 sous ce titre : La guerre et la paix, par un écrivain dont la mort récente ne saurait m'empêcher de dire que, s'il montra un grand talent critique et polémique, il s'enivra trop souvent d'une subtile et fausse dialectique, clans ce livre de Prouclhon je retrouve une apologie de la guerre et une amnistie de la victoire qui ne le cèdent point à la théorie de M. Cousin. Proudhon va même plus loin : retournant jusqu'à Hobbes, il proclame ouvertement le droit de la force (t. Ier, p. 287), et en déduit directement le droit de la guerre et la légitimité de la victoire. « C'est en vain, dit-il, en appliquant ses principes à la campagne de Lombardie (note de la page 399), que, pour réfuter cette raison souveraine de la victoire, vous essayez, à force de si, de mais, de la faire passer à droite ou à gauche : pourvu qu'elle reste l'expression des forces, elle est infaillible. » — « Les alliés, avait-il déjà dit plus haut, étaient dans leur droit, et la preuve, c'est qu'ils étaient en force. » Ainsi Proudhon accepte comme l'expression d'un droit cette maxime que le fabuliste ne cite que comme l'expression d'un fait trop fréquent, l'histoire du loup et de l'agneau : La raison duplusfort est toujours la meilleure. Il est vrai que pour lui cette apologie de la guerre et de la victoire n'est qu'une thèse, qu'il se plaît ensuite, suivant les procédés ordinaires de sa dialectique, à transformer dans son antithèse, la paix, et que le dernier mot de son livre est que ïhumanitè ne veut plus la guerre; mais ce sont là des jeux d'esprit où je n'ai pas ici le loisir de le suivre. J'aime du moins à constater que pour lui la guerre n'a point, comme pourM. Cousin, de racines indestructibles, et que, si la guerre a eu sa mission dans le passé, c'est à la paix qu'appartient l'avenir de l'humanité.

Telle n'est pas la pensée du philosophe hégélien dont je vous ai dernièrement rapporte la singulière argumentation en faveur de la peine de mort. Il faut due que lu philosophie hégélienne est la source commune d'où sont sorties ces apo-

250 ITOHZ1ÈME LEÇON.

métaphysiques de la guerre et de la victoire, de la fo ei du succès, donl je viens de vous entretenir. M. Co avail fi ut suivi la théorie du maître; Proudhon s'en

; M. Véra nous y ramène. « De même, dit ce pur disciple de Hegel [Essais de philosophie hégélienne , p. [1 de même que la lumière et l'oml l'humide,

ou le mouvement et le repc - moments nécessaires

dans la sphère de la nature, de même la guerre et la paix sont des moments n ires dans la sphère de l'esprit et dans

c< Ite sphère qui constitue la vie nationale et les rapports des nations entre elles. Celte vie et ces rapports résident précisément dans la succession incessante et alternée de la paix <ii de la guerre, La guerre n'est pas seulement un droit, mais un droit et m . droit et devoir inhérents à la constitution

intime <!<• la vie des muions. » Ainsi c'est un droit et un devoir inhérents a la constitution intime de la vie des nations de continuer a se massacrer jusqu'à la fin des siècles I Ce n'est qu'à cette condition que la dialectique hégélienne peut être satisfaite.

Heureusement que, malgré les leçons de cette dialectique, la pensée de notre siècle n'a pas laissé de suivre la voie que lui avail ouverte la philos* pbie morale du dix-huitième siècle, et où le spectacle même des guerres du Consulat et de I Empire ne pouvait que la confirmer, Je n oserais affirmer avec Proudhon que l'humanité ne veut plus la guerre; mais il est certain que l'idée de travailler à substituer entre les "Us I » tat de paix à l'état i'<i guerre, que cette grande idée du dix- huitième siècle a fait de nos jours de notables progrès :

n'est plus i« gardée comme m e vaine utopi< qu en i le l'apparent i i aire elle attire les j e elle. On comprend aujourd'hui de plus en plusque, si la force

i • Ire nécessaire pour défendre le droit, elle ne fait p dr< il : que la gi légitime, i ujours une chose

barbare et inhumaine; que l'état de guerre où les peuples

vivent entre eux est un état violent et contraire à tous les intérêts de la société, à ses intérêts économiques connue à ses intérêts moraux, et que par conséquent il faut tendre à en sortir.

Depuis la fin i\e^ guerres de l'Empire, de nombreuses sociétés se sont établies en Amérique, en Angleterre, à Paris, à Genève, pour travailler a propager l'idée de la paix; de grands meetings ont eu lieu à Londres (i8û3), à Bruxelles (ISZiS), à Paris (1849), à Francfort (1850), de nouveau à Londres 185 ! ) . où les sociétés des deux mondes se sont trouvées réunies; des travaux importants ont été provoqués el couronnés par ces sociétés, comme par exemple le livre de

. Patrice Larroque : De la guerre et des armées p couronne par le comité du congrès de la paix de Londres en I856<

Malheureusement, lesamis de la paix ont parfois compromis par leur exagération la cause qu'ils défendaient. C'est ainsi que certains d'entre eux refusent d'admettre aucui e distinction entre la guerre offi nsive et la guerre défi nsr e, et affirment que la dernière est aussi illégitime que la première. Sans doute, par les raisons que Kant a si bien indiqut i l'état de guerre est un état inji i soi , anti-jurh

mais ce n'est pas à dire pour cela que. dans l'ordre, ou, pour mieux dire, dans le désordre qui rè aujourd'hui,

la guem >it parfois légitime, comme étant le - ml moyen

(I) Un nouveau congrès (ie |a jnjx v;eQ(

tembre qu'il a I"" "< '" '•

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qu'on dépit dei c il< n n

que j n prononcé à l'ouvertui e d délibérations el li i résolut uns votées dans la I

de défendre son indépendance, ou même de défendre celle d'un autre peuple, plus faible, injustement attaqué par un plus puissant. C'est ici le ras de légitime défense, qui peut s'appliquer aux nations aussi bien qu'aux individus. On allègue que cette distinction a l'inconvénient de fournir des prétextes aux agresseurs, qui ne manquent presque jamais de mettre en avant la nécessité d'une juste défense; mais l'abus que l'on peut faire d'une chose ne prouve nullement que cette chose ne puisse être fondée en droit; et, comme le dit très-bien M. Larroque, « la distinction entre l'agresseur et celui qui l'attaque est une réalité indépendante de leurs affirmations et de leurs négations. Si l'agresseur se dit attaqué, qu'est-ce que cela prouve? Qu'il est de mauvaise foi et qu'il ment; mais sou mensonge ne fait pas qu'il cesse d'être l'agresseur, et par conséquent ne détruit pas le droit de légitime défense de celui qu'il attaque injustement. » 11 faut donc bien, au risque de fournir des prétextes aux agresseurs, — ce qui vaut encore mieux que de leur faire la partie belle en leur déclarant qu'on ne se croit pas le droit de se défendre contre leurs attaques, — il faut donc bien admettre, comme Kantifa pas manqué de le faire, la légitimité de la guerre dans certains cas, en attendant qu'une autorité commune et souveraine ait été établie pour garantir a chaque peuple ses droits; mais il

faut en même temps rappeler aux peuples que, si. dans l'état actuel de leurs rapports, il peut leur être permis de recourir à ce moyen extrême, ils doivent aussi travaillera transformer ces rapports de manière à le rendre inutile, et se servir de la guerre même, quand elle est nécessaire, comme d'un moyen

pour tendre a ce but.

En vue de ce but, tout peuple qui se voit réduit à faire la guerre y doit montrer la plus parfaite loyauté et toute l'humanité qu'elle Comporte. Cela est d'ailleurs un devoir en tout

cas, mais un devoir trop longtemps méconnu ou violé. En

attendant (pic la guerre puisse cire définitivement supprimée, il faut la moraliser et [humaniser.

Humaniser la guerre, c'est à quoi un de vos concitoyens, M. Henry Dunant, a voulu travailler en proposant la création dans tous les pays de sociétés internationales et permanentes de secours pour les militaires blessés en temps de guerre, et en provoquant sur ce point un congrès officiel, qui a eu lieu récemment à Genève. C'est là sans doute une très-louable pensée : tant que la barbarie de la guerre subsistera entre les hommes, il est bon de s'efforcer d'en adoucir le plus possible les horreurs, et tout le monde sait combien il y avait à faire du côté des secours que réclament les blessés (1) . Dieu veuille que les efforts tentés par M. Dunant et ses collègues portent leurs fruits dans les guerres que les nations de l'Europe et du monde auront encore à subir (2) î

Mais cela ne suffit pas encore, il y a quelque chose de plus à faire : c'est d'attaquer la guerre elle-même dans les causes qui l'engendrent fatalement et qui s'opposent à l'établissement de la paix entre les États.

Au premier rang de ces causes, il faut placer celle que Rousseau et Kant ont si bien signalée : le despotisme, l'omnipotence attribuée à un homme, qui dispose en maître absolu de l'État. Malheureusement, cette cause, au lieu de disparaître depuis Rousseau, Kant et la Révolution française, n'a tait que croître en prenant une forme nouvelle, ou renouvelée des Romains, qui la rend plus funeste encore, la forme du césarisme. Le césarisme a besoin d'une armée pour se soutenir a l'intérieur, et il a besoin de la guerre pour entretenir cette armée. Voilà pourquoi je disais tout a l'heure que le césarisme et le militarisme, par eonséquenl la guerre, sonl deux Qéaux

(1) Voyez La guerre cl la charité, par Moynier et Appia (Génère ••[ Paris, 1867 . chap. Ier : Insuffisance des secours officiels.

(2) One courte mais terrible guerre a, depuis ce temps, ensanglanté l'Ila l'Allemagne, et les comités de secours, organisé l'impulsion du congrès d« Genève, ont été appelés à exercer leur bit nfaisante mission. Malheureu ement, l'ouvrage i ité dans la note précédente ne nou! rai! pas connaître les résultats qui leur

sont dus.

inséparables. Il Faut (loue, pour détruire le second, commencer par attaquer le premier; et, comme le demandait Kant, travailler à substituer a la constitution despotique des États une libre constitution, une constitution qui lasse de chaque membre de l'État, au lieu d'un sujet, un citoyen.

Avec le despotisme tombera cette institution qui estsacréalion : les armées permanentes . ei qui. outre qu'elle est onéreuse a l'État, outre qu'elle est attentatoire aux droits et aux intérêts di-s individus, qu'elle arraché a leur pays, à leur famille et à leur carrière pour les retenir durant de longues années dans des caséines ou des camps; outre qu'elle encou-

e toutes sortesde vices funestes, la pa . 1 ivrognerie, le libertinage, etc.; outre qu'elle est un instrument d'oppression, est encore un perpétuel aiguillon de guerre. Tue telle institution est incompatible avec une libre constitution : sous une constitution de ce genre, chaque citoyen, comme le demandait Diderot, doit avoir deux habits : l'habit de son état cl l'habit militaire. Mais, comme l'ajoute cet écrivain, aucun souverain n'établira jamais cette éducation. Le souverain sait trop bien que «celui qui n'est pas maître du soldat n'est maître de rien » . tandis que celui qui est matlre du soldat est muître de tout. a-t-il pour maxime de tout sacrifier à

lètat iniliiiine.

Un autre puissant obstacle a l'établissement du règne de la paix parmi les nations, obstacle soutenu lui-même par le pn (('dent, ce sonl les haines et les jalousies des races et des

pies entre eux. (les vices sont d'autant plus dangereux qu'ils prennent aisément la couleur d'une vertu, du patriotisme. !l l.mt combattre partons les moyens ces restes de 1 .h cienne barbai ie et les préjugés qui y ont leur racine, afin de préparer le terrain sur lequel pourra fleurir l'arbre de la

\. 11 faut faire comprendre aux peuples que leur intérêt,

me leur devoir, est de lui ter entn eux, non par la guerre,

mais par la paix, cl de substitu( janglanl «i stérile anta-

gonisme qui les a divisés jusqu'ici un antagonisme pacifique et fécond, qui n'exclut pas, mais appelle au contraire la concorde et la paix.

Une autre cause encore, qui tient aussi aux précédentes, c'est le préjugé encore si vivace qui exalte si fort la gloire militaire au-dessus de toute autre. Sans doute, il y a un héroïsme guerrier qui est digue d'admiration : je ne songe à rabaisser rien de ce qui est vraiment grand; mais, s'il faut applaudir à cet héroïsme, il faut combattre énergiquement ce travers qui consiste dans le culte de la gloire militaire poursuivie indépendamment et au préjudice de tout mobile moral. On a reproché, non sans raison, au peuple français ce funeste travers; mais il faut reconnaître, pour être juste, que ce qu'on nomme en France le chauvinisme n'est pas exclusivement propre à ce pays.

Voilà les fléaux qu'il faut attaquer pour attaquer la guerre elle-même et rendre possible ce que Kant demandait à la fin du dernier siècle, et ce que n'ont cessé de demander depuis tous les philosophes et tous les économistes qui ne sont point égarés dans une fausse métaphysique ou dans une Fausse politique : une fédération d'Etats libres destinée à garantir à chaque nation ses droits et à régler les différends qui peuvent survenir entre elles au moyen d'un arbitrage suprême.

Si l'on objecte que c'est là une utopie, je réponds avec Kant que c'est un idéal que la raison nous fait un devoir de poursuivre, quand même nous ne pourrions espérer de le réalis jamais complètement. « La perfection, pourrait-on dire en empruntant ces paroles à l'auteur des Soirées de Saint I bourg, n'est pas absolument nécessaire sur ce point, ce sérail déjà beaucoup d'en approcher; » Joseph de Maistre pense. à la vérité, que toute tentative en ce genre est condamnée d'avance par celte loi omilic et terrible qui a besoin du sang humain; mais nous, qui n'admettons pas une telle loi, nous n'avons aucune raison de déclarer impraticable cette alliance

des nations que la raison exige, et nous pensons que, si elle if a pas été tentée jusqu'ici, ce n'est pas à cause de la loi dont parle de Maistre, niais parce que l'humanité n'était pas encore mare pour cela, et que, pour cette même raison, l'idée ne lui en avait pas encore été proposée par les penseurs. Aujourd'hui que l'idéal lui est clairement tracé, qu'il brille devant elle comme un phare lumineux, comment ne marcherait-elle pas vers ce but?

Nous trouvons d'ailleurs dans les progrès qu'elle a accomplis jusqu'ici, d'une manière en quelque sorte inconsciente, un sur garant de (eux qu'elle ne manquera pas de faire à l'avenir, maintenant surtout qu'elle a la claire conscience de son devoir en ce sens. Et, à ce sujet, permettez-moi de vous citer une page, que je n'emprunte à aucun ouvrage de philosophie, mais a un roman, qui est un des meilleurs livres de notre temps, et dont l'immense succès est lui-même un signe éclatant du progrès qui se fait dans les esprits, Le Consi rit de 18 J 3. Voici les réflexions communiquées, au retour de la campagne, par le soldat Joseph au soldat Zébédée, et qui servent de ponclusion a l'ouvrage :

« Moi je lui réponds que toutes les guerres doivenl finir, que les Français, les Anglais, les Allemands el les autre- peuples de l'Europe ne tonnent qu'une seule et même famille, et qu'au lieu de chercher les occasions de s'exterminer, ils reraient beaucoup mieux de licencier la moitié de leurs

troupes et de vivre en Itères. Je lui dis qu'autrefois les Alsaciens, les Lorrains, les Gascons, les Bretons bataillaient toujours les uns contre les autres, e1 que, malgré cela, par les progrès du bon sens ci de la liberté, ils se soutiennent maintenant ci s'enrû hissent par le commerce. Zébédée comprend très-bien mes raisons; mais chez lui le naturel est plus tort (pie le reste, et il revient toujours a ses vieilles idées, Ces

grav( s questions nous aident a passer le temps. Le soir, nous rentrons (lie/ im[is ,h toussanj comme de pauvres vieux que

nous sommes. Espérons que tout cela changera... et que les peuples finiront par s'entendre. »

Oui. espérons-le; mais faisons mieux encore : travaillons, autant qu'il est en nous, à nous rapprocher de cet idéal que la raison nous propose. C'est surtout aux démocraties qu'il appartient ici encore de donner l'exemple, puisqu'elles sont constituées (je parle des vraies démocraties) sur les principes que la philosophie a déclarés essentiels, non-seulement à la dignité des citoyens, mais à la paix des nations. Je disais l'autre jour qu'elles devraient abolir la peine de mort, afin de témoigner par là de leur supériorité sur les systèmes théocratiques, autocratiques et aristocratiques qui n'ont point eu horreur du sang; elles en témoigneront bien mieux encore en travaillant à détruire cette peine de mort en grand qu'on appelle la guerre, et qui, frappant aveuglément, fait tant d'innocentes victimes. Si la suppression de la guerre, si l'établissement du règne de la paix est l'idéal international des États, si c'est le devoir des peuples de le poursuivre, pour qui ce devoir est-il plus impérieux et plus aisé à la fois que pour les peuples qui, au lieu d'être les sujets passifs d'un souverain, se gouvernent eux-mêmes librement ?

Ceci m'amène à la conclusion même de tout ce travail. Quelques mots me suffiront pour vous rappeler, avant de nous séparer, le but et l'esprit de ces leçons.

La société moderne appartient à la démocratie. Elle y tend de tous côtés, et elle y arrivera certainement. C'est là un fait dont les partisans de l'ancien régime peuvent s'affliger, mais qu'ils ne sauraient empêcher. Mais quel sera le caractère de cette démocratie ? La est la question.

Il y a «n effet deux systèmes démocratiques : l'un qui tend à l'oppression de l'individu par l'État et mène en lin de compte à l'absorption de l'État dans un individu, ce qui <isi tout simplement un retour a l'autocratie; l'autre qui, au lieu de l'égalité dans la servitude, assure la liberté dans l'égalité.

BARXI. 17

258 Q\ "ATORZIÈME LEÇON.

Si c'est à la première espèce de démocratie, à la démocratie césarienne, que doit aboutir la révolution qui travaille l'Europe depuis la fin du dernier siècle, je serais tenté, pour ma part, de partager les regrets ([(réprouvent les partisans de l'ancien régime en voyant monter le Ilot démocratique. Il n'y a que le triomphe de la seconde qui puisse réjouir le cœur de ceux qui aiment d'un amour sincère le droit et l'humanité.

.Mais, pour que celte démocratie, la seule qui soit vraiment digne de ce nom. puisse se fonder et durer, il tant que les membres de la société civile apprennent a se gouverner euxmêmes, soi! dans la sphère purement individuelle, soit dans le cercle «le la Famille, soit dans le cercle plus étendu de râtelier, soit dans leurs rapports de citoyens, soit enfin dans leurs relations avec les autres États, et que, dans tentes ces relations, ils prennent pour principes de leur conduite le respect de la digniU humaine , qui comprend le respect de la liàerté et de légalité de Vkomme et du citoyen, et ïttmow de fkunut* /////', qui contient la fraternité. Voila les mœurs que chacun de nous doil s'appliquer à dernier pour base aux institutions démocratiques, s'il veut (pie la démocratie reste conforme à ses vrais principes et qu'elle ne dégénère pas en démagogie eu en césarisme. C es( le modèle de ces mœurs individuelles, sociales et politiques que je me suis eflbroé de retracer dans ces le» "ils. au terme desquelles me voici arrivé. Je n'ai plus qu'à VOUS remercier de votre attention, si soutenue et si sympathique. Elle m'atteste que je ne me suis point adresse en vous a des oreilles ingrates. .Mais je voudrais plus encore : je

voudrais que mes paroles fussent asseï retentissantes peur

sortir de celle enceinte et porter au loin les vérités morales dont je nie suis l'ail ici l'organe* Tant je suis con\aineu que l'avenir de la démocratie est attache a l'intelligence rt à la pratique de ces grandes et simples vérités!

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