‹ La morale dans la démocratieChapitre 6 sur 20 · XXVI AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

XXVI AVANT-PROPOS

pensée (1862), Napoléon et son historien M. Thiers (1863). Mais l'état de ma santé ne m'ayant pas permis de terminer, dans rhiver de 1864, tout le cours que j'avais annoncé (je fus forcé de m'arrêter après la sixième leçon), je fis de la seconde partie de mon programme, la morale publique^ l'objet d'un second cours l'hiver suivant (1 865) (1). C'est la rédaction de ces deux cours que le présent volume offre au lecteur.

Je pourrais intituler ces leçons, suivant une expression aujourd'hui consacrée. Leçons de morale indépendante. J'y ai en effet posé, dès le début, le principe de l'autonomie de la morale; aussi, lorsque se fonda, en 1865, le journal qui se fit l'organe de ce principe, put-il reproduire, comme une adhésion de ma part, une partie de ma première leçon, que la Revue des cours littéraires avait récemment publiée. J'ai établi nettement, dans cette première leçon, que la morale est, dans ses bases, indépen-

dante, non seulement de tout dogme théologique, mais même de toute métaphysique, c'est-à-dire (car il faut ici bien préciser cette expression qui prête à l'équivoque) de tout système sur l'essence, l'origine et la destinée ultérieure de l'âme, sur la nature de Dieu et sur ses rapports avec le monde et avec l'humanité ; et, dans toute la suite de mes leçons, je me suis montré fidèle à ce principe en écartant toute considération empruntée à l'ordre des spéculations purement métaphysiques ou transcendantes. On ne trouvera rien dans ce cours de morale qui ne soit exactement dérivé de la nature même de l'homme, telle que la conscience nous la révèle et que la règle notre raison ; rien par conséquent, que ne puisse admettre quiconque s'in-

(1) Quelques-unes des leçons de ce second cours ont été répétées à Fnbourg, en 1866, surFappel de la jeunesse du Cercle littéraire etda commerce-

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terroge lui-même, quelque opinion qu'il professe d'ailleurs en matière de religion ou de métaphysique. C'est là précisément le résultat que j'ai voulu atteindre, me proposant en cela le but poursuivi par la philosophie du xviii" siècle et par le grand moraliste qui l'a si admirablement couronnée, Emmanuel Kant.

Est-ce à dire que je ne reconnaisse aucun lien entre la morale et la métaphysique ? Je pense, au contraire, comme la philosophe que je viens de nommer, qu'il est nécessaire de rattacher la morale elle-même à un principe suprême où elle trouve son couronnement et sa sanction, et de ridée duquel elle reçoit une nouvelle force. Seulement, je crois qu'au lieu de dériver la morale de la métaphysique, il faut commencer par l'établir dans toute son autonomie, parce qu'en procédant ainsi on la fonde sur des bases solides, inébranlables, indépendantes de toutes les hypothèses controversées par lesquelles on peut chercher à résoudre les problèmes métaphysiques. J'ajoute d'ailleurs que, s'il est quelque lumière propre à éclairer ces obscurs et insondables problèmes (1), c'est surtout du foyer de la conscience morale qu'elle doit jaillir. Non seulement, comme l'a dit tout récemment un vrai penseur (Laugel, Problèmes de rame, p. 162), « si le destin est obscur, le devoir est clair », mais à son tour le devoir projette sa clarté sur la nuit du destin.

Je ne suis pas non plus de ceux qui refusent toute salutaire influence à toutes les religions positives; je reconnais, au contraire, que si trop souvent ces religions dénaturent la morale, elles en peuvent être aussi et en

(1) J'expliquerai ma façon de penser sur ces problèmes dans l'introduclion que je prépare pour ma traduction, aujourd'hui imprimée de la Cntique de la raison pure.

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