‹ La morale dans la démocratieChapitre 9 sur 20 · XXX AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

XXX AVANT-PROPOS

une affaire d'intelligence, mais qui développe en nous Tamour du bien et en fait le mobile de notre vie. ,

Malheureusement cette culture morale est ce qui manque le plus au sein de nos sociétés livrées à la fièvre des plaisirs ou des affaires. La réflexion, le retour sur soi-même, l'amendement intérieur, le perfectionnement moral, ce sont là les choses auxquelles on songe le moins.

Et pourtant c'est surtout à la démocratie qu'est nécessaire ce culte de la morale. Plus elle émancipe les hommes, plus il importe qu'ils apprennent à se gouverner eux-mêmes. Autrement, comme disait Fichle {Considérations sur la Révolution française^ p. 47 de ma traduction), « ils ne sortiront des cachots du despotisme que que pour s'entre-tuer avec les débris de leurs chaînes, >> ou, ajouterai-je, pour retomber sous le joug de nouveaux maîtres encore plus despotiques que les anciens. Je ne vois pas comment, sans morale, la démocratie pourrait éviter de devenir la proie du césarisme. J'entends beaucoup parler de l'intérêt bien entendu, et je reconnais que l'intérêt bien entendu a, en général, plus à perdre qu'à gagner au despotisme; mais l'intérêt personnel, c'est toujours l'égoïsme, et l'égoïsme est de sa nature aveugle et lâche. Ce n'est pas, en tout cas, sur une telle base qu'on édifiera jamais quelque chose de grand et de solide parmi les hommes. Otez du monde le désintéressement, l'abnégation^ le dévouement, le sacrifice de soi, l'héroïsme, en un mot, la vertu, que vaut et que devient l'humanité ? On déplore avec raison l'abaissement des âmes et l'affaissement des caractères : ne fermons pas les sources capables de les vivifier et de les relever.

Telles sont les idées qui ont inspiré ces leçons et que je voudrais propager. Non seulement la grandeur, mais le

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