‹ La morale dans la démocratieChapitre 8 sur 20 · AVANT-PROPOS. XXIX · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS. XXIX

naîtraient ainsi des aspirations indestructibles et des besoins qui demandent leur satisfaction ; mais ils ont, en tout cas, raison de vouloir non seulement affranchir la morale de tout dogme théologique, mais encore la mettre à l'abri des controverses métaphysiques, en la puisant directement aux sources de la conscience, c'est-à-dire en la dérivant de la nature humaine. Ceux qui repoussent cette méthode ne s'aperçoivent pas qu'ils la suivent euxmêmes dans leurs jugements moraux. Ils jugent leurs semblables et leur propre conduite en consultant leur conscience, indépendamment de toute opinion religieuse ou métaphysique ; et, s'ils veulent représenter à un coupable la faute qu'il a commise, ils ne lui demandent pas s'il est juif ou chrétien, catholique ou protestant, matérialiste ou spiritualiste, déiste ou panthéiste, mais ils font appel à sa conscience. Tout le monde fait de la morale indépendante, comme M. Jourdain faisait delà prose, sans le savoir.

Mais il ne suffit pas de prouver la vérité théorique de la doctrine qu'on désigne sous le nom de morale indépendante ; il est surtout nécessaire d'en montrer l'efficacité pratique. Or, pour cela, il faut que les partisans de cette doctrine se fassent à eux-mêmes, de la morale, une sorte de religion, qu'elle devienne pour eux l'objet d'un vérilable culte, qu'elle les pénètre tout entiers. On croit souvent que tout sera fait quand on aura pu enseigner la morale à tous les hommes sous une forme rationnelle. Ce n'est là qu'une partie de la tâche. Une claire et nette connaissance des règles est sans doute fort importante, mais il s'agit surtout de les faire passer dans les mœurs. La science ici n'est rien sans la pratique, et la pratique exige une culture morale assidue qui n'est plus seulement

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