Epiêi, LUI (coU. Nisard
LA MORALE DANS LE DRAME oO
disparue des débats à. la suite desquels s'est établie rautorité invincible de la conscience. Etudions, pour retrouver celte trace, THamlelde Shaskpeare, de ce tragique puissant dont le génie confine à deux mondes, à deux états intellectuels. C'est une bonne chance de rencontrer dans son œuvre un tel personnage, qu'on puisse comparer en même temps à celui de la Chronique à laquelle le poète l'a emprunté et à TOreste de la légende grecque.
Dans le Prernier Hamlet^ (car Shakspeare a écrit deux fois ce drame), la reine Gertrude ignore si Claudius est le meurtrier de son époux ; de même le Fengon de la Chronique^ occit Horwendille, sous prétexte de protéger contre ses brutalités sa femme Géruthe, ce qui donna à penser à plusieurs, dit le récit de fielleforest, qu'elle pouvait avoir causé ce meur tre pour jouir librement de son adultère. Dans le second Hamlet la reine est complice de Claudius, elle est presque une Clytemnestre ; et de plus le poéie a écarté l'indication du récit qui dénonce le meurtre du feu roi comme un « crime public «^ pour n« voir que le drame domestique. Ainsi qu'Oreste, Hamlet est prince, et il a son héritage à revendiquer ; il est
i. Tom. I de la trad. de F.-V. Hugo.
â. BeUeforest (1530-1583), dont Shakspeare lisait les Bisloires trûçifueê, avait tiré son râcit d'Amleth de la Chronique danoise de Sazo-Grammaticus (fin xii« siècle).
fils, el il à son père à venger i ; mais il n'obéit pas au même commandement moral, et c'est la dissemblance des deux situations, quant à la nature du devoir, qui m'intéresse.
Le caractère qui a frappé M. Taine dans les héros de Shakespeare, c'est leur imagination-. Son Hamlet, dit-il, a une imagination passionnée; il est une âme d'artiste, pareille à celle du poète lui-même, faite pour rêver et non pour agir ; un mauvais hasard l'a fait prince, un hasard pire le fait vengeur d'un crime, et il se trouve condamné par la fortune à la folie et au malheur. Le malheur fond sur lui tout d'un coup ; il voit la laideur humaine dans sa mère ! « Hamlet parle comme s'il avait une attaque de nerfs continue. Sa démence est feinte, je le veux ^; mais son esprit, comme une porte dont les gonds sont tordus, tourne et claque à tout vent avec une précipitation folle et un bruit discordant^. » S'il hésite à tuer son oncle, ce n'est point par horreur du sang et par
1. Giovanni Alfredo Cesareo : Hamlet e i euoi critici, in Rivista Europea, vol. IV, fascic. vi, IG déc. 1877.