Hamlet le Danois
6â LK MORALt: DAiNS LE JJRAME
ré^ltitronar active i par hfqnélle le WîHiehn Mehter de Gœthé le dféfiiri^art.
Si son teiirpérament expKcpié Hâtmléf,- i^éSt atresi; je ctois; et iu pTas profond,' sa philosophie. On ne ht qtfàlrfie pas ert le disant sceptique,- songenr fataliste. Une terreur religiense le détourné du suicide. Bans la séiène ob il s'arrête de frapper Glarudius, parce que le fneuftnèf est en pf 1ère, ce rfest poiift ùm vaine etctfse qu'il invoque, ainsi que le prétend M. Stapfer; non, c'est bien qn'îl veut tuer Tâirie avec lé côf ps et qu'il croirait fa'n-e une ^ràce au criminet de le frafrper dans te raomettt ofa H ser feive par l^ prière. Ne ^éfit-il paS; de ht boKfche mêtae du spefctfé, que sonpère assa^sirtS etpieles fautes dont il *'a pa^ eu le temps de se repentir ? M. Stapfer, prêoôcupé de sa thèse, tf a pas pris garde nofa pins qtf' une teWô' stëne offrait un effet dfàtùtïitfdé paissant que l'art du poète ne |ïoùvatt pas ïtégHfer. Hârmîer ri'est donfc pa^s Té sceptique qu'on entend; il sr des superstitions et des crôy^toeês: Strn dcmte^ celrfi dû sèifiètoè Siècle, cfitiqtte et fié ifb«re p*a^. Hâmtet est ûnt métaphysicien, d'éducation et dé teitfpéfâ-
métït. Il n'olréit pttrs, comme e'rè^, inifëhi feli- ^étïée, $ m èommaôderàrent «ifêrîétfr, qflé tett&ttè îé gé*i^§ertién( Itt^uhrré âû thàSnt ûiM !â trâféffic antique ; il lui faut tirer sa .résolution d'un jugement intime, dont son imagiiiftion rtt&é Ms dôHnées
fiévreasemeni, et il réfléchit sor la néces^ié terrible à taqudie îi est «onlraint : c'est petite chose d'ordoBoer ta mort d'un RoseficrantE, tandis qu'en poignardant ee Oaudius il atteint sa iokre \ Hamlet porte sa fataiité en iiti. Il a entendu l'ordre du spectre, il seuffre en son ergueit de fil$ déshonoré et d'héritier royal dépossédé ; mais sous ce GrkrLe roule un flot d'idées nouvelles qui emplissent ses rêveries et gênent sob bras* I! a des délicatesses singulières et sent pour sa mère des tendresses qu'Oreste ne eon^ naît point. M. Taine a raison : Hamlet ne tuera qti'à i^imppoviste. M. Buchner a raison : si )a loi du talion gouverne ie milieu où te poète a pris ^m faéfos, ce héros a reçu du poét6, occupé upiquement de l'expression dramatique, une conscience qui est supérieure à son milieu. Mais le contraste qui en résulte est pour nous fiu plus haut point intéressant. Laertes, lui, le fils de Polonius, ne s'interroge pas fQUT jjn fcppp 4'épiéie, et il 4^yi.eii.t .ainsi ragent du dénouement.
Qe ,(Jépojier](îent IfflB^^.b^ tout à ^it les deux états de conçjQÎeiice. Oreste B%t àétarfainé à ractioo, je 1^ répète, p^r un or4re qui Ten justifie, et la ménie loi qui armail; mn ..bras exige qu'il vm pour conlinuer le cu}(e de se3 aï^ux. Cette fin pratî(|ue est la source n*5ro# àê sajj devoir ; mm» Igs tr;agiqiies, qyi ^nf, d'un autre temps, ont interposé le remords entre
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l'acte horrible d'Oreste et sa justification «. De même THamlet de la chronique vit et règne après avoir vengé son père, mais à son tour Shakspeare Ta interprété et il l'a introduit dans un monde moral qui ne permettait pas ce dénouement. Hamlet, parce qu'il est chrétien, ne peut pas vivre; Oreste, parce qu'il est grec, ne doit pas mourir V
Le remords que les tragiques grecs infligent au fils de Clytemnestre est concilié par eux avec la nécessité objective que la tradition les obligeait de laisser peser sur le drame : cette nécessité, cette loi du foyer antique n'était que l'expression actuelle de jugements antérieurs fondés en partie sur des considérations pratiques. Une telle nécessité ne pèse plus sur Hamlet, parce que la constitution de la famille ne repose plus alors sur les mêmes idées : c'est la piété filiale, c'est un sentiment intime et personnel
1. Les modernes ont pris bien d'autres précautions. Dans VEHphile de Voltaire, Alcméon frappe sa mère dans'le hasard du combat trompé par les dieux et aveuglé par une furie. VOresie d'Alfieri tue sa mère par mégarde, d*un coup qu'il destinait à Egysthe. — M. Lecontc de Liste, dans le» Erynnies, nous a donné, au contraire, un Oreste qui est plus atroce que celui d'Eschyle, parce quMl n'a pas fait assez sentir les motifs religieux de l'action.
2. Dans mon livre Une éducation intellectuelle (Germ. Baill., 1877), se trouvait une page sur flamiet, dont le développement m'a donné l'ouvrage actuel. Je le publie aujourd'hui, à quelques notes près, mais sous un nouveau titre, tel que M. Liltré, dont le haut jugement y fut favorable, l'inséra, il y a quelques années déjà, dans sa Revue, Je devais cet avertissement à mes critiques.
LA MORALE DANS LE DRAME d.H
qui en tient la place dans son jugement, et lombrc de son père, que, dans une hallucination, il entend crier vengeance, le contraint à un acte qui répugne à sa conscience plus ralïinée. Si Hamiet frappait jamais sa mère, nulle expiation formelle ne pourrait le purger d'un pareil crime. La comparaison des deux cas fait bien voir, d'une part, aue la conscience à chaque époque est le résultat de jugements antérieurs, et d'autre part, comment elle se modifie à mesure que les données sur lesquelles ces jugements s'établissent ne sont plus les mêmes.
Nous afrivons^ à un temps où les données acquise^ de la conscience tiennent une importante place dans la délibération du juste et de l'injuste; toutefois la conscience continue à se développer à travers les conflits incessants que la vie fait naître. Elle est, pour un poète religieux tel que Corneille, la mesure divine à laquelle il ramène tous les actes, elle ne peut pourtant lui fournir toutes les formes du devoir, et le commandement moral, pour chaque cas donné, est l'expression d'un jugement qui est fondé sur des données diverses et de valeur relative. Voyez, par exemple, l'Emilie de Cinna, qui a été créée de toutes pièces par le poète. Emilie veut venger son père, proscrit, assassiné par Octave; elle demande à Ginna, qu'elle aime et expose à la mort, la vie d'Auguste; elle triomphe de toute lâche tendresse :
r»H I.A MOBAÎ.E DANS I.E DHAMH
< Ainoar, 8er« mon devoir et ne le combats plus. >
Ke\. If se. |.
Kl|8 songe en même temps i 1^ libftPlé de Rame, qui seva soa œuvre, et elle esbqpte Ciana par rexeraplft glorieux de Brutue et de Cassius :
Kç 1^8 çQmpIffrt-P)^ pla§ pour ]es dernjers flomains ? »
Act. I, se. III.
Elle prépare sans hésiter )e coup sanglant. Sa piété filiale, son orgueil de patricienne, l^iatérêt publie, tout cela entre dans la délibération qui Fy décide. Après qu- Auguste a pardonné, elle juge autrement et envisage tout à coup comme un forfait ee qui lui avait semblé un acte de juistice : elle n'avait pas compté avec la clémence. Dans le chapitre de Sénéque, d^où est tiré le sujet de )a tragédie, Auguste pardonne plutôt par un calcul politique; mais Oorneille a insufflé è ce froid personnage rémotion de la bonté, qui entraine la nature généreuse d'Emilie. 8a haine de fille est désarmée, et elle ne se croit même plus autorisée à délivrer Rome de ce maître dont le ciel semble sanctionner les acte^ en lui laissant le pouvoir. Bref, une nouvelle donnée introduite dans son jugement en a renversé la coaclusion. Remarquons bien cela : au motif personnel
r.A MORALK DANS LE DRAMI-: ()1
d'Emilie, répond la clémence d'Auguste ; au naodf général (ainsi le compte d'Emilie est mis en balance avec le compte d'Octave), le poète répond par la doctrine du fait accompli, qu4i place dans la bouche de Livie :
< Toi)^ ces cripes d'État qu'on fait pour la couronne, Le ciel nous en absout alors qu'il nous la donne, Etj daqs le sacré fang où sa faveur l'a mis, Le passé devient juste et Tavenir permis.
QmI peut y parvenir w ppuf étr^ coupable;
Qnqi qu'il ait f^il 91^ f^^^? ^^ ^^^ iqvfoldbl^ :
Nqus lui devons nqs biens, nos jour^ sont en sa m^n,
Et jamais on n'a droit sur ceux ^u souverain. »
Act. V, se. II.
On reconnaît ici la théorie du pouvoir absolu, naturelle à Pesprit chrétien, que Bossuet bientôt proclamera, et qui découle du dogme de la prédestination et de la grâce, dont la formule en politique est le « droit divin. »
Il s-en faut que celte solution vaille dans tous les cas. Un Bru tus n^1ccepterait pas pour légitime le fait accompli^ comme fait l'Emilie de Corneille. 8a Cornélie ne Tacceple pas après Pharsale. Ptolémée a pris la tète du vaincu pour Toffrir à César. L'habile César le réprouve, il honore la cendre de Pompée et fait respecter sa veuve. Celle-ei n'en reste pas moins son ennemie pour cela : elle se fait quitte d^abord di;i
bienfait de César en l'avertissant d'un complot qui se tran:e contre lui ; maintenant, clic ira armer Gaton des débris de Pharsaie, et elle réclamera des dieux la ruine dé son vainqueur, qu'elle a refusée de la trahison.
« Si je veux ton trépas, c'est en juste ennemie. >
Act. rV, se. IV.
Sa conscience lui commande la loyauté; mais sa conduite dépend d'un jugement complexe que les données générales de la conscience ne suffiraient pas à former. Elle continuera la guerre civile que tout lui démontre être juste : ses sentiments de fille de Scipion et de veuve de Pompée, sa fierté patricienne, son esprit et ses idées de femme romaine.
Vainement les moralistes ont cherché une régie de conduite qui ne fût pas de la nature d'un jugement. On a voulu que le bien fût Tidée d'un monde supérieur ; on a voulu que la conscience fût comme une lampe de vermeil suspendue à la voûte invisible du temple, et Kant a proposé un commandement moral catégorique qui obligerait la volonté sans condition^ sans que nul jugement intervint où se mêlerait quelque inclination ou la vue de quelque fin. Ce n'est là qu'un effprt d'intuition, et le poète Schiller a corrigé Kant en essayant de faire vivre sur la scène Je héros moral du philosophe.
Darant cinq années, de 1792 à 1790, Schiller s'adonna à la philosophie, sbus la puissante influence de Kanty vers qui le portait son progre génie * . Sa dernière œuvre dramatique qui précéda cette période est do7i Carlos, la première qui la suivit est Wallenslein. Schiller avait pressenti Tidéal kantien dans le Posa de don Carlos; il l'incarna derechef dans le jeune Piccolomini de Wallenstein. Mais cet, idéal, il l'interpréta en poète et le fit vivre.
Don Carlos aimait Elisabeth de Valois, qui est devenue la femme de Philippe II. Cette passion, à présent coupable, brûle le cœur de Tinfant, et il est prêt à tout oser et à se perdre, quand vient à son aidis le marquis de Posa, son ami d'enfance, qui s'est illustré dans les rangs de l'ordre de Malle, rêveur généreux dont Tambilion embrasse le bien de Fhumanité tout entière. Le roi, ému d'une découverte qui aggrave ses soupçons contre Tinfant, cherche un homme en qui il puisse se confier ; le nom de Posa, écrit sur ses tablettes, le frappe^ c'est le nom d'un homme qui n'a jamais rien demandé. II mande le marquis auprès de lui, l'interroge. En une admira-
1. Plus tard, sous riniluence de Gœthe, Schiller accomplit une évolution de Testhétique kantienne^ subjective et sujette de la morale, à celle objective et indépendante de Gœthe. •— Voir, sur la « typique idéaliste » des deux poètes, la critique sagace de H. Hettner : Die romantische Schule, in ihrem innem Ziuammenhange mit (xœthe und Schiller. Braunschweig, 1850.
Me scène, Posa^ s'abandonnant à llroprévu, ou^re toute son âme, expose ses idées au roi et, à toiii faasard, jette une étincelle dans l'âme du despote. Posa, demande hardiment à Pfatiippe la liberté de penser ! Et le point qaii développe, c'est le devoir déduit de Kant, — de se traiter, soi et ses semblables , confiée des fins et jamais comme des moyens :
« Je ne puis être serviteur d'un prinee... J'aime rhumanité et, dans une monarchie, il ne m'est pwmis d'aimer que moi-même... Pour moi, la vertu a sa valeur en eile-même... Mon amour fraternel peut-il légitimement se prêter au rapetiss^^ment àe mon frère ^.., l'entends, sire, combien est petite et humiliante l^idée q«e vous avez de 1^ dignité de Ffaomme.c. Gomment pourriez-vous honorer les hommes^ si tristement mutilés ?... Vous avez ravalé l'homme à n'être plus que votre clavier ; qni peut partager avec vous la jouissance de Tharmoai^ 9.,. act. 111, se. X. »
Mais l'idée qui animfi ee beau langage est le fruit d'un l^g travail deTe^prit humain* La conception âe Fhomme comme fin libre et unité social^ ast dérivée et savante. Combien de données sont en-
pat^i^ huitaine et de la vision d'un id^al?
Çg| gSthousiasle pratique gt ferfpe ^éj^ogne Philippg, qui se confie à lui et )i|i àmm pl^n j^mr, Ud^
teHe sHnMion eSè grosse de périls. Posa est obligé de taiVe beaucoup à Carlos; cebi-ci en vient à: douter de son stmi e6 commet une imprudence qnt va les perdre. Posa \e surprend au moment où il déclare soïi amour pour kp reine à une dame de la cour qui trabrt la reîne; pour arrêter ce fatal aveu sur les lévfés de Tinfant, il le fait saisir et mener en prison : maté c'est afi6 de Sauver le prince, qu'il destine à èite l'ouvrier de son œuvre, car il n'a pas la folie dé rieft îfttendfe de Philippe. Pour cela, il se livre lui-même; il feint d'avoir aimé la reine et passe pour te Vrai coupable ; il espère que Carlos, dont il a concerté la ffiile, aura le temps de passer en Flandre ; mais une lettre qu'il expédiait à Bruxelles est interceptée, et le roi fait fusiller le marquis dans la prison où il est allé entretenir Carlos une dernière fois. Le docteur Kuno Fischer a dit justement* que ce Posa était « un impératif catégorique sous le manteau de chevalier de Malte. » Du moins il vil, ce n'est pas une abstraction formelle. Kant avait voulu établie un contracte rigoureux entre Thomme naturel âë IîoUss€fati et rhoitttoè rriôfàl tel qiill Fittiagiftail ; il rejetait tout compromis entre la raison et la sensuâBtê; éiittë 66 (fûé YéÈptîi pfofuf suit et ee que la nature désiré, entré îé devoir et rinclinâtîon. Là