‹ La morale dans le drame: l'épopée et le roman (volume 2)Chapitre 36 sur 49 · Bibliot, de tutores tspanolBàf tom. vig. : Alatcon · texte numérisé non relu

Bibliot, de tutores tspanolBàf tom. vig. : Alatcon

iiO LA MOÏV'^I.K PANS LE DRAMR

qui vise a inculquer dans Tcspril des spectateurs une maxime salutaire et utile, soit par le moyen de la représentation d'un caractère principal, soit par faction combinée de tous les personnages compris dans la pièce, apparaît très rarement sur ]a scène espagnole^ où Ton moralisait par occasion plus que par intention, t M. Harlzenbusch fait honneur ù Alarcon d'avoir introduit la comédie de caractère, qu'il a transmise à Molière par Tinlermédiaire de Corneille. Si celte comédie a été qualifiée « morale i>, c'est, il me semble, parce que le châtiment qui la dénoue est la conséquence logique d'un vice du caractère. Mais ce développement logique des effets est d'abord une qualité de composition, et c est un mérite de la fable dramatique que de faire apercevoir clairement la liaison de la cause et de l'effet.

C'est le défaut du dénouement du Tartuffe^ on l*a remarqué, que l'intervention fortuite d'un ordre du roi qui annulé Teflet de la donation consentie par le crédule Orgon. Mais il faut dire que Molière a châtié le mensonge de Tartuffe par l'humiliation que lui inflige Elnfire, qu'il a rendu sa fourberie plus odieuse en préparant une catastrophe, et que, s'il ne laisse pas cette catastrophe s'accomplir, c'est pour rester dans le ton de la comédie, et par un sacrifice fait évidemment au plaisir du spectateur, En revanche, le dénouementdu Misanthrope, qu'on a critiqué

aussi, me satisfait pleinement, parce que Céliraène est châtiée de la façon qu'une coquette peut l'être, et qu'Alcesle reste dans l'impasse où le met la bizarrerie de son humeur, et son incurable dégoût du monde, tandis que Philinte et Éliante, qui sont les caractères juste-milieu de la pièce, suivent la destinée ordinaire et se marient.

Que ce soit d'ailleurs la comédie politique : celle d'Aristophane et, à quelques égards, de Beaumarchais (les tirades de Figaro sont la parabase) ; l'a comédie d'esprit ou de mode : celle de Scarron, de Marivaux, de Gozzi, de Scribe, de M. Sardou ; la comédie de mœurs ou de demi-caractère : celle dç Regnard, le Turcaret de Lesoge, le Mercadel faiseur d'affaires de Balzac, celle de Dumas, de Théodore Barrière, de MM. Dumas fils et Emile Augier ; toute œuvre se trouve comprise en un système moral ; l'auteur, malgré qu'il en ait, est toujours justicier, plus ou moins sévère, selon son lempérafnent, et plus ou moins préoccupé de ce rôle, selon la théorie qu'il professe. La fin du moraliste n'est pourtant pas la sienne, et les conditions de son art le ramènent de force à sa véritable tâche, qui est l'intelligence des caractères physiologiques et moraux individuels et des efi'els de ces caractères en dés circonstances données.

Quoi que l'épicurien Horace ait voulu dire avec

14 j LA MORALE DANS LE DRAME

son précepte de mêler Tutile à l'agréable, Horaee et Boileftu son disciple avaient le goût trop fin pour verser jamais dans le pédantisme. Puis ces malins portaient Targnment de la satire, qui se fait pardonner SOS coups de langue à la faveur de ses bons offices.

€ Omnes hi métuuât versus, odére poëtas ! »

(Lib. î,SÉt. t.).

Hif e'edt-à-dire les vicieux et les méchants.

L'œuvre d'art a son but à elle, qui est de prodoire une émotion spécifique au moyen de TexpressJon d'un ordre particulier dans les choses. C'est ta besogne habituelle du réalisme de rappeler l'artiste à ce* point de vue.

Chez lés peuples qui subordonnent l'art à la religion ou à Ift philosophie morale, la littérature est monotone, le drame ne se produit pas5 ou il ne se dégage pas de la forme liturgique (ainsi les téaziés persans)^ ou il reste inférieur. Il y a 4'autres oau&esi Sans dôtttêi à rinfériorité littéraire d'un peuple : on a remarqué, par exemple, que le génie sémitique a été infécond partout sur le domaine du drame. Il est vrài^ du moins> que la Chine a Gompeâé un pauvre théâtre, y cherchant l'utilité morale ^ et que la Perse

1. La poétique chinoise, dit M. Bazin, veut que toute œuvre de théâtre ait un but ou un sens moral — Bazin, Thédif'é ùhlt^ài$y iBd». -- Q& tôlttfifiê eoiâprend ({tiàtre pièce»» um ^iOméâid irt ttois

LA MeRALË.BANS LE DRAME 143

aryenne, une fois saisie par laco&quète musulmane, n'a pas su, de ses traditions héroïques que le grand poète Firdousi souda en une épopée S tirer une littéfâture dramatique, il a manqué à celle de Tlnde, destinée à récréer des lettrés , le souffle qui vient des foules ; Toutefois, le théâtre indien a une vraie originalité; il a su dépouiller le personnage édifiant pour s'élever à la libre famaisie. Kaiidâsa ^ écrit le Hères et la Nympha (Vikrama et Ourvaçi), qui est son Songe d'une nuit d^éié, et la Recmnamance de Saeouniala, dranie élégant o& j'admire une délienie peinture de lamour naissant. La féerie, la grâce de 1 amour fte rencontrent dans les épopées sanscrites ; mais c'est la note morale qui y domine et qui résonne aussi dans toute la littérature postérieure. Le Ramayana, le Mafia- Bharatû sont le$ bréviaires des Bfahmes ; le poète se flatte de composer une « vaste narration, à la matière ample, variée, pleine de sens, dont Pamour de la justice es>i la base, qui est riche en perlés comme la mer... », et il déclare que quiconque ferait écouter aux Brafames ce chapitre jusqu^à la fin ne pourrait manquer d'assurer à ses ancêtres une provision éternelle d'aliments et de

drames, composés cous la dynastie dies Yçooen, troisième période du théâtre chinois.

Page 1