Othello^ se, III, trad. F.-V. Hugo
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ma» qui, une fois travaillé par elle, a éié onlraioé jusqu'au bout (Se. xvi). > Sa chaleur de saog le met & la merci d'Iago, lequel, au contraire, caleule froidément ses moyens. Il soupçonne le More d'avoir rempli à sa place, entre ses draps, son office d'époux ; il lui reproche de le laisser enseigne, quand il a fait Cassio son lieutenant ; il convoite même Desdémona, dont la beauté chatouille ses sens; et pourtant ce n'est aucun de C9s motifs qui le détermine, et ils ne lui sont que Toecasion de faire le mal. Il est foncièrement mauvais. Il reconnaît la noble nature d'Othello, et ne peut pas le souffrir. 11 dit de Cassio : ^ Si Cassio survit, il a dans sa vie une beauté quotidienne qui me rend laid (Se. xv.) » La volonté est chez lui souveraine, en ce sens que les motifs aotuele qui la nie tient en jeu servent sa disposition naturelle, qui est de haïr. C'est sa raison qui veut le mal, c'est pourquoi il demeure maître de lui et proeide avec méthode pour circonvenir le More.
Il lui fait voir d'abord Cassio qui enbretient Des*démona : s Ha I je n'aime pas cela. » Le soupçon est éveillé ; il Tirrite, pour qu'il prenne forme^ et il décrit la jalousie afin d'y frayer la route : < Oh ! prenez garde, monseigneur, à la jalousie. C'est le monstre aux yeux verts qui produit l'aliment dont il se nourrit. » Olhello veut voir ; comme il doute, il veut la preuve, et s'il tient la preuve, ohl alors « ce
sera le retour du Chaos l » Du reste le soupçon est assez plausible. Desdémona n'est*elle pas de ces rusées vénitiennes qui n'ont pas tant souci de s'abstenir de la chose que de la tenir cachée? N'a-t-elle pas trompé son père pour épouser secrètement le More? lago pourtant prie celui-ci de ne pas donner à ses paroles une portée plus large que celle du soupçon. Ii feint de ne vouloir plus rien dire, et dans le même instant il revient perfidement à la charge : Desdémona est peut-être honteuse de son caprice pour l'amant « couleur de suie », et la patricienne reviendra certainement à des plaisirs plus raffinés.... Là-dessus il sort, puis aussitôt rentre etavertitOthello du jeu qu'il va jouer, afin que rien n'en passe inaperçu. Et plus il est fourbe, plus il paraît « Thonnête lago » .
Le venin circule dans les veines du malheureux More. Il devient furieux, il prend à la gorge lago, qui simule la peur, il lui demande une preuve. Celuici, qui tient le fatal mouchoir, affirme tout à présent; il parle du fait comme d'une chose certaine. Puisque le More a été amené à ce point, il ne lui faudra plus qu'une forte présomption pour croire, «ans voir le flagrant délit 1 Un autre qu'Othello, sans doiile, réfléchirait, prendrait son temps ; mais il est jaloux avec la même rage qu'il est amoureux ; le doute a refoulé « la bonté naturelle de son âme loyale. » Toute la pâte est déjà aigrie. « Qu'un doigt vous fasse
mal, et il communique même aux parties saines le sentiment de la douleur. • 11 n'est plus en état de délibérer. C'est après qu'il a étouiïé Desdémona, que ses nerfs se détendent et que sa raison lui revient (Se. IX, X, XI).
lago! Le mal! Les théologies, pour T.expliquer, ont imaginé une prédestination mystérieuse ou un Satan tentateur. Dans le Bamayana, la marâtre qui fait exiler Rama, dans le but de substituer son propre fils à r^iéritage royal, est sous le coup de la malédiction d'un brahme qu'elle n injurié dans son enfance. « Excitée par la suivante, sa maîtresse vit sous les couleurs du bien ce qui était mauvais ; et son âme, troublée par les influences d'une malédiction, ne sentit pas que l'action était coupable... Chargée de sa malédiction, Kékéyi tomba fatalement sous la domination de Màntharâ ; elle prit donc la bossue aux vues criminelles dans ses bras, la serra fortement contre son cœur... * » La théologie indienne s'était occupée aussi de concilier la liberté des âmes individuelles avec l'universalité absolue de Brahma. Elle comparait l'action de Brahma à l'égard des choses relatives, à celle de la pluie à l'égard des plantes, qui en favorise la croissance d'une manière générale, tandis que les caractères génériques qui les
1. Le Ramayanay abrégé par H. Fauche, tom. II, — VAyodkyà» kânda.
«listinguent dépendent d'une cause spéciale qui est la semence^. A la laveur de celle image, Brahma n était plus responsable du mal. En philosophie, nous entendons un déterminisme de la nature sans cesse perfectionné par l'action lei;ite de motifs éclairés et bons qui ont été acquis à la conscience ^. C'est l'antique figure de l'homme placé entre son bon et son mauvais génie.
Dans la tragédie de Racine, c'est Néron entre Burrfaus et Narcisse. La scène où celui-ci décide son maître à empoisonner Britannicus est un exemple propre à illustrer le mécanisme de la volonté. M. Paul Janet signale ^ la parfaite observance, en cette scène, de la loi de suggestion, dérivée de celle
1. p. Regnaud, Éludes de philos, indienne, in Rev. philos. ^ février 1878. "^
2. « Selon moi, nous ne sommes pas absolument libres... Mais nous ne sommes pas non plus absolument esclaves de la fatalité de nos instincts. Dieu nous a donné à tous... le raisonnement, la comparaison, la faculté de mettre à profit Texpérience... La somme de fatalité que nous apportons avec nous en naissant, devenant le résultat d'une meilleure combinaison d'instincts transmis, sera notre force et l'appui naturel de notre logique acquise. — La théologie... admettra un troisième principe qui sera la solution de l'antithèse, la grâce... La grâce, c'est l'action divine, toujours fécondante et toujours prête à venir au secours de l'homme iïui l'implore. Je crois à cela et ne saurais croire à Dieu sans cela... — C'est une fatalité toujours modifiable, toujours modifiée. » (George Sand, Histoire de ma Vie, !•■• partie, ch. II.
3. La Psycfiologie de Racine, in Revue dfis Deux-Mondes i\w, 15 septembre 187.5.
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à'aisociaiionf et par laquelle un sentiment soit un autre Sentiment qui a été éveillé dans le but de le faire naître. Narcisse, pour mener Néron o(ii il Teut^ éveille en lui la défiance, la crainte, puis il irrite son amour et sa jalousie, enfin il s'adresse à son orgueil et à son impatience de la domination. Narcisse est riago de Néron, un plus faible» sans doute. Néron n'a pas l'âme emportée et loyale d'Othello ; son instinct est pervers et sa violence sait dissimuler. Ses « trois ans de vertu » ne lui ont pas Mi une habitude du bien ; cette vertu lui était imposée et lui pesait. Aussi Narcisse n'aurait pas besoin de tant d'habileté pour Tâmener au critne, si Néron ne se trouvait d'autre part influeneé et dominé encore par Burrhus.
Le poète appelle d'abord Néron devant sa mère, qui lui expose ce qu'elle a fait pour lui et se justifie avec hauteur, non sans lui laisser voir quelque tendresse. Néron feint de céder ; mais ce n'est point Àgrippine, cette ouvrière de crimes, qui le pourrait détourner du coup qu'il médite ; il ne la sviblt plus qu'avec colère et Ce coup l'affranchirait .d'elle. C'est la voix de Burrhus qui l'émeut et le retient. Quand il lui déclare son abominable dessein, Burrhus en a horreur, il lui dépeint le fatal enchaînement des crimes en regard des douceurs d'un règne vertueux, le supplie et se* met à ses pieds. Le poète a jeté
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'âme de son Burrhus dans le plateau où les qualités sympathiques du tyran seraient un trop léger poids. Narcisse survient et n*a pas de peine à faire tomber Tailire plateau ; son mauvais génie souffle du côté où la volonté de Néron tourne d'elle-même. Telle circonstance eût pu sauver Britannicus du poison de Locuste ; mais rien n'eût empêché Néron de devenir criminel; En ce moment, il n'est encore qu'un « monstre naissant. » Là est l'intérêt tragique, aussi bien que moral, de cette belle œuvre.
Nul poète, dit M. Janet, n'a calculé plus sûrement que Racine les effets du déterminisme moral. Ses héros et ses héroïnes «^analysent même un peu trop eux-mêmes. Dans Bniannicus^ on peut étudier la loi de suggestion ; dans Andromaque^ celle des contrecoups ou des> réactions. Oreste aime Hermione, qui ne l'aime pas; Hermione aime Pyrrhus, qui ne l'aime pas; Pyrrhus aime Andromaque, qui ne l'aime pas. Ces personnages forment trois couples de termes opposés qui se repoussent et s'attirent, à la fois. Hermione et Pyrrhus sont les moyens termes d'une proportion dont Oreste et Andromaque sont les extrêmes, Le jeu du drame est dans le va-et-vient des deux moyens. Seule, Andromaque se possède, parce qu'elle a un Sentiment du devoir dont les auti^s personnages semblent ignorer l'existence. Encore ési-elle partagée entre l'amour conjugal et
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lamour malernf^l, qui sont les forces qui Tenlraînent leur à tour, «c Tout part d'Aadromaque, et elle-même, jusqu'à sa suprême résolution, est à peine sa propre maîtresse. » Racine ne fait guère agir le libre-arbitre et il développe seulement les lois de la passion, « aussi inflexibles que celles de la chute des corps. »
M. Janct note encore une loi de fluctuation^ oscillation machinale (c'est le procédé, montre-t-il, des monologues de Racine) d'une passion à l'autre, de l'amour à la haine, de la haine à l'amour; et une loi de transformation, par laquelle un même sentiment revêt les formes de beaucoup d'autres : ains ramoi^r de Phèdre est tristesse, honte, remords, dé-^ sir, espoir, prière, jalousie, haine, terreur, désespoir, regret, colère, jusqu'au suicide.
Je distinguerai, en outre, une loi de contradiction ou de contraste. Gomme le Colorian de Shakspeare bondit dès qu'on le bride! Assez parlé, lui crient les tribuns, assez et trop ! — Trop !... H arrachera celte magistrature maudite, cette « langue de \d multitude ! » Ne parle pas, ne réplique pas, ne réponds pas, dit Gapulet a sa fille Juliette : la main me démange. — Vous êtes trop vif, objecte lady Gapulet. — Sainte hostie! cela me rend fou.... Sa fille épousera le comte Paris ou elle ira se faire pendre. • Gette manière d'exhorter sa fille au mariage, écrit
TaineSef?^t propre à Shakspeare et au xvi° siècle. La contradiction est pour ces hommes ce que la vue du rouge est pour les taureaux : elle les rend fous. »
Mais cette loi de contraste est observable particulièrement dans la comédie. Elle offre au poète comique la ressource de charger ses personnages, Texcès tie Tun provoquant Texcès de l'autre. Le bonhomme Chrysale n'a pas trop de son grossier bon sens, ayant affaire à Bélise, à Ârmande et à Philaminte tout ensemble. Ces pédantes qui l'assomment, qui chassent sa Martine pour un solécisme, lui font souhaiter lïdéal d'une femme dont tout l'esprit
« 80 hausse
A connaîire un pourpoint d'avec un haut-de-chausse. »
Alceste n'aurait pas tant de boutades, si Philinte ne l'aiguisait, et Philinte serait moins relâché, s'il ne faisait le contre à Alceste. N'est-ce pas le moyen de s6 faire aimer de certaines personnes, que leur montrer du dédain ? Augustin Moreto a écrit une jolie comédie où le galant prend à ce jeu une dédaigneuse^.
On pourrait observer encore que l'amour d'Hermione se change en une haine qui a les mêmes fu*