Jules Cénaff act. I, se. Il, trad. £. M
« Depuis que Cassius m'a, pour la première fois, aiguisé contre César, je n'ai pas dormi. Tout Tintervalle qui s'écoule entre la première suggestion d'une chose terrible et son exécution, est comme une fantasmagorie ou un rêve hideux : Tàme et les organes mortels sont alors en conseil, et, pareil à un petit royaume , Thomme est en proie à un^tat d'insurrection (Act. 11^ se. i). » Certes, Brulus est libre de ne pas tremper dans la conjuration qui menace la vie de César ; on peut prédire pourtant qu'il s'en fera le chef. Cassius, en touchant la corde irritable, fait certaine une résolution qui n'était d'abord que probable. Brutus raisonne sur des jugements qu'il a reçus, qui lui sont de naissance ; les motifs les plus puissants qui entrent dans sa délibération sont ceux antérieurs et fonciers, et ses motifs accidentels (son amitié pour César) ne tiennent pas contre ceux-là qui lui démontrent la nécessité de l'acte.
Si la formule de Shakspeare était métaphysique, son observation la corrigeait. lago dit à Roderigo : « Ta vertu pour une figue! Il dépend de nous-mêmes d'être d'une façon ou d'une autre. Notre corps est notre jardin et notre volonté en est le jardinier. Voulonsnous y cultiver des orties ou y semer la laitue, y planter l'hysope et en sarcler le thym, le garnir d'une seule espèce d'herbes ou d'un choix varié, le stériliser par la paresse ou l'engraisser par l'industrie?
£b bien ! le pouvoir de tout modifier souveraiaement est dans notre volonté*. » Le poète se figure une ame indépendante et un corps qui obéit ; mais il sait bien que la volonté n'entre en branle que par quelque excitation du debors ou du dedans^ et il range nos motifs d'action en deux groupes qui se conlrepèsent et dont la plus légère charge suffit à rompre l'équilibre. <( Si la balance de la vie n'avait pas le plateau de la raison pour contrepoids à celui de la sensualité, notre tempérament et la bassesse de* nos instincts nous conduiraient aux plus fâcheuses conséquences. Mais nous avons la raison pour refroidir nos passions furieuses, nos élans charnels, nos désirs effrénés. D'où je conclus (la conclusion est dlago) que ce que vous appelez Tamour n'est qu'une végétation greffée ou parasite (Se. m.) »
Othello découvre tout cj^e suite sa nature violente. Après la scène de tumulte que lago a provoquée en enivrant Cassio : « Âh! par le ciel, dit-il, mon sang commence à dominer mes inspirations les plus tuté- * laires, et la colère, couvrant de ses fumées mon calme jugement, essaye dem'entraîner(Sc. vi.)» Son amour pour Desdémona est aveugle, aussi aveugle sera sa jalousie. Au moment de mourir, il se juge lui-même 9 un homme peu accessible à la jalousie,