‹ La morale dans le drame, l'épopée et le romanChapitre 24 sur 52 · BACCHUS · texte numérisé non relu

BACCHUS

La mort. Ta question est inutile.

A mon avis, ce jugement d'Aristophane dénonçait les « nnuveauLf'^s * d'Euripide et de Socrate, sans qu'il ait voulu imposer d'autre règle aux poètes que de cortformcr leur enseignement à celui de leur temps, et il ne faudrait pas rroire qu'il ait recommandé la prédication dramatique, ilais ce railleur de génie est à tout prix conservateur. Son Eschyle reproche même à Euripide certaines sentences pareilles à celle-ci : < Qui sait si la vie n'est pas une mort, et la mort une vie? » Et il les dit immorales, seulement pour cela qu'elles accusent Tcsprît d^inlerrogation, l'esprit de doute. En somme, la tragédie de Sophocle et d'Euripide est comprise en un syslèmo moral ; mais elle ne ressemble pas du tout à ce qu'on a appelé depuis le drame moral. Aristote

d'ailleurs, juge fort bien Barthélémy Saint-Hilaire, n'assignait point dans sa Poétique^ construite d'après les chefs-d'œuvre de la scène grecque , un but moral à la tragédie.

Pour la comédie, celle d'Aristophane est une satire politique; celle de Ménandre, la vraie comédie de mœurs et de caractère, reste une pièce d'intrigue. « Embarras, plaintes, désespoir des amants, scènes de tendresse et de douleur ; la passion dans toute sa véhémence : tel était le sentiment, écrit Paul Albert *, qui était l'âme de toutes les comédies de Ménandre. » Nous pouvons juger de ces précurseurs par l'œuvre de Plante et de Térence : l'un, imitateur libre de Diphile et de Philémon, avec des ressouvenirs manifestes d' Epicharme et d'Aristophane ; l'autre, suivant habile de Ménandre. Ils dépeignent les mœurs, raillent les travers. On trouve, dans VAululaire^ l'avare pris au piège de son avarice ; dans \q Soldat fanfaron, le libertin enlacé en une intrigue qui lui vaut des coups de bâton ; dans le Petit Carthaginois, le marchand déjeunes filles frustré de ses gains honteux. Mais, le plus souvent, le dénouement est l'issue d'une aventure plutôt que la conséquence d'un caractère moral bien défini. Si l'idée de l'égalité des hommes se fit jour dans le mélange de grossièreté romaine et de fine corruption hellénique particulier à l'œuvre de Plante, c'est que « la littérature grecque postérieure au siècle de Périclès en est profondément imprégnée », et la comédie latine la répandit, sans avoir , même chez Térence , l'intention expresse de la démontrer ^,

^Littérature romaine, tome I, cb. iv.

*Névius, le vieux latin, se montra sans doute, dans ses « comédies à toge » le poète national de la «première guerre punique ». Il ne reste pas, malheureusement, de quoi le juger.

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