‹ La morale dans le drame, l'épopée et le romanChapitre 31 sur 52 · VM\ LA MORALK DANS LE DRAME · texte numérisé non relu

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mais à nous-mêmes. » Brutus, demeuré seul, s*entrelient ainsi avec lui-même : « Depuis que Gassius m'a, pour la première fois, aiguisé contre César, je n'ai pas dormi. Tout l'intervalle qui s'écoule entre la première suggestion d'une chose terrible et son exécution, est comme une fantasmagorie ou un rêve hideux : l'àme et les organes mortels sont alors en conseil, et, pareil à un petit royaume, l'homme est en proie à un état d'insurrection. — Acte II, se. 1. > Certes, Brutus est libre de ne pas tremper dans la conjuration qui menace la vie de César ; on peut prédire pourtant qu'il s'en fera le chef. Cassius, en touchant la corde irritable, fait certaine une résolution qui n'était d'abord que probable. Brutus raisonne sur des préjugés, qu'il tient de naissance ; les motifs les plus puissants qui entrent dans sa délibération sont antérieurs et fonciers, et les motifs accidentels (son amitié pour César) ne tiennent pas contre ceux-là, qui lui persuadent la nécessité de l'acte. Si la formule de Shakspeare n'est pas nouvelle, son observation la rajeunit. lago dit à Roderigo : « Ta vertu pour une figue ! Il dépend de nous-mêmes d'être d'une façon ou d'une autre. Notre corps est notre jardin, et notre volonté en est le jardinier. Voulons-nous y cultiver des orties ou y semer la laitue, y planter l'hysope et en sarcler le thym, le garnir d'une seule espèce d'herbes ou d'un choix varié, le stériliser par la paresse ou l'engraisser par l'industrie ? Eh bien ! le pouvoir de tout modifier souverainement est dans notre volonté *. » Le poète se figure une âme indépendante et un corps qui obéit ; mais il sait bien que la volonté n'entre en branle que par une excitation du dehors ou du dedans, et il

* Othello, se. m, trad. F.-V. Hugo.

range nos motifs d'action en deux groupes qui se contrepèsent et dont la plus légère charge suffit à rompre l'équilibre. « Si la balance de la vie n'avait pas le plateau de la raison pour contrepoids à celui de la sensualité, notre tempérament et la bassesse de nos instincts nous conduiraient aux plus fâcheuses conséquences. Mais nous avons la raison pour refroidir nos passions furieuses, nos élans charnels, nos désirs effrénés. D'où je conclus (la conclusion est d'Iago) que ce que vous appelez l'amour n'est qu'une végétation greffée et parasite. — Se. m. »

Othello découvre tout de suite sa nature violente. Après la scène de tumulte que lago a provoquée en enivrant Gassio : « Ah ! par le ciel, dit-il, mon sang commence à dominer mes inspirations les plus tutélaires, et la colère, couvrant de ses fumées mon calme jugement, essaye de m'entraîner. — Se. vi. • Son amour pour Desdemona est aveugle; aussi aveugle sera sa jalousie. Au moment de mourir, il se juge lui-même < un homme peu accessible à la jalousie, mais qui, une fois travaillé par elle, a été entraîné jusqu'au bout. — Se. XVI. 1 Sa chaleur de sang le met à la merci d'Iago. Celui-ci, au contraire, calcule froidement ses moyens ; il soupçonne le More d'avoir rempli à sa place, entre ses draps, son office d'époux ; il lui reproche de le laisser enseigne, quand il a fait Gassio son lieutenant ; il convoite même Desdemona, dont la beauté chatouille ses sens ; et pourtant ce n'est aucun de ces motifs qui le détermine, ils ne lui sont que l'occasion de faire le mal. Il est foncièrement mauvais. Il reconnaît la noble nature d'Othello, et ne peut pas le souffrir. Il dit de Gassio : € Si Gassio survit, il a dans sa vie une beauté quotidienne qui me rend laid. — Se. xv. » La volonté est

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