‹ La morale dans le drame, l'épopée et le romanChapitre 48 sur 52 · LA M«»RALE DANS LE DRAME · texte numérisé non relu

LA M«»RALE DANS LE DRAME

lité de la personne, soit dans la permanence des rapports entre les mondes.

Ces dernières considérations sont hors de notre sujet. Mais nous avons dû cependant les indiquer, vu l'importance qu'elles ont en philosophie et qu'elles peuvent encore avoir dans le drame. La psychologie a précédé cette étude ; la métaphysique s'y ajoute.

M"*® Clémence Royer a posé le problème du bonheur, de ce que les anciens philosophes ont appelé le souverain bien^ dans toute sa généralité, c Sa solution, écrivait-elle * , doit rendre compte, non seulement de tout ce qui est humain, mais de tout ce qui est vivant. Elle doit pouvoir expliquer ce qui change dans les jugements éthiques, et ce qui demeure, et le pourquoi de ces variations et de cette invariabilité. Elle doit pouvoir concilier l'égoïsme individuel, le sentiment profond du bien particulier, préposé à la conservation de l'individu, et chargé de le protéger, de le défendre, avec la moralité : c'est-à-dire avec le sentiment du bien spécifique, partiel ou général, et avec le sentiment supérieur, encore aujourd'hui presque rudimentaire dans les consciences, où il naît seulement à l'état d'idée, du bien universel, c'est-à-dire d'un ordre idéal du monde le meilleur possible. »

Elle définissait donc le bien ', dans sa nature absolue universelle : < Un certain ordre de choses établi de façon à multiplier la quantité d'existence et de jouissance possible dans l'univers par les plus grands facteurs possibles. »

Angiulli, un des philosophes les plus éclairés de l'école

Le bien et la loi morale. Ethique et téléologie. Paris, Guillouinit, 1 61, 1 1* partie, I.

Même ouvrage, W partie, ii,

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expérimentale, considère le monde comme l'évolution d'un seul et même tout. 11 n'y a pas, selon lui, deux natures d'existence, deux évolutions, mais bien une seule, dont l'histoire est l'histoire même de l'univers. a Dans une telle conception, dit-iP, repose le fond*'ni*^ut le plus parfait de l'éthique, et du côté scientifique A du côté pratique. Du côté scientifique, parce qu'elle fournit la raison explicative de ses lois particulières ; du (^Mé pratique, parce qu'elle engendre ce sentiment d'nnite avec les êtres cosmiques, par lequel l'activité morale, se reconnaissant facteur des destinées de la nature et de l'homme, prend une élévation non encore atteint^' danïi le passé. >

Cette solidarité des existences dans le temps el IVspace indéfinis n'implique pas la durée de la pers^oim*?. La croyance en cette durée a été jugée longtemps la première condition de la morale, et plusieurs philnsof)hes la défendent encore énergiquement, les uns, comme Secrétan ^, au nom de la foi en Dieu, les autres, comme Renouvier et Pillon, au nom du devoir. Le pniiil de vue de ces derniers, qui n'est pas tout à fait celui do Kant, exige une mention particulière.

« Ce qui importe, écrit Pillon ', ce qui est posluh^ par les profonds instincts de notre nature et par la loi morale, ce n'est pas l'immortalité de la substance iiiiie, c'est l'immortalité de la personne, de la consci^^ncf^. Matérialistes et spiritualistes confondent ces deux choses ; elles sont cependant différentes, indépen^Ianlei; l'une dft l'autre. L'indestructibilité de la substanrc >\y\'

• Ouvrage cité â la p. 12. IV, p. 355.

» Voy. le dernier ouvrage Je Charles S ris, Alcan. 1887.

La Critij Hfi philosophique, 24 oc^ 1878.

» Voy. le dernier ouvrage Je Charles Secrétan. La civilisation et la, ntit/finfire. Paris, Alcan. 1887.

as LA MORALE DANS LE BRAME

rituelle ne garantit nullement Timmortalité de la personne, la persistance des fonctions qui constituent la personne ; et l'immortalité de la personne, la persistance ou la renaissance, en vertu de lois cosmiques inconnues, des fonctions qui constituent la personne, est parfaitement compatible avec le phénoménisme rationnellement compris. La distinction est assez importante pour mériter Tattention, et assez claire pour la fixer. »

Toutes les inductions propres à fonder une morale cosmique, toutes les hypothèses qu'on peut faire sur les destinées de Tâme, appartiennent à la spéculation pure. Nos recherches positives n'y conduisaient point ; elles ne les excluaient pas davantage. La métaphysique ne fait que donner une dernière forme à l'idéal moral que nous avons vu se construire peu à peu dans l'hunianîté. Tout ambitieux qu'il soit de régler le monde à son usage, l'homme se sait le collaborateur aveugle de la nature : son plus haut effort est de la penser comme elle est peut-être, et sa misère est de ne la pouvoir pénétrer jamais. Ce désir toujours renaissant, jamais assouvi, suffit du moins à justifier l'hypothèse la plus téméraire, ne fût-elle, après tout, qu'une vaine et poétique illusion.

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