‹ La morale dans le drameChapitre 16 sur 59 · Ëth. Slè.y Uv. V, eh. x. — Plàtôft : le PùUtlqué · texte numérisé non relu

Ëth. Slè.y Uv. V, eh. x. — Plàtôft : le PùUtlqué

con&ciêâce, de lu loi et de rôpiûion. Ils se sont proposé Un objet mofâl supérieur à Tutilité politique immédiate, et que Piatoti â dérmi lé Ëiéri, Arhtote le Bonbeuf ; màig, comme il à toujours répugné à Tesprit grec de réparer le droit de là lot, ils otit iùcliûé avec celu à faire dépetidre là nlôralé de la législation. La tragédie grecque enferme là même ô()ntrâdictiôû, et elle Inexpliqué. La justice n*â été sentie que du jour où Thomme a pu dire : ceci est juste, ceci ne l'est pas; et il Ta dit en appréciant lés âcteà par rapport à une fin qui lui paraissait bonne. Dès lors le devoir a signifié une obligation précise, et U terme abstrait de justice, dans la langue des anciens poétéë, reoouvrê reniemble des obligations qui importent à l'individu, à la famille et à la cité.

Là-dessus, plusieurs objectent que nulle fin pra* tiqUe, non pas même celle idéale du « bonheur universel, > ne saurait représenter Tobjet morAl ; que d'ailleurs cette conception complexe n'enferme aucun élément impératif; qu^une telle fin est contradictoire, parce qu*elle exige le sacrifice du bonheur personnel ; et qu'il en faut revenir à une vision de l'Idée métaphysique de Platon, vers laquelle les stoïciens S'acheminaient par lé désir de la perfection dé ûôiy de là vertu.

La Vertu est en êfiet la haute leçon du drame ;

mais elle n'y reste jamais sans emploi. C'était une comparaison familière aux stoïciens qu'un archer ne se propose pas tant d'atteindre au but où il vise que d'apprendre à bien viser et de devenir ua bon archer. Le théâtre de cabinet qui est inscrit sous le nom de Sénèque le tragique semble être celte comparaison mise en exemple; l'action véritable s'y passe en un échange de maximes. <t Celui que tu vois malheureux, tu sais qu'il est homme, » dit un interlocuteur de VHercule furieux; à quoi l'autre réplique : « Celui que tu vois fort, ne dis pas qu'il est malheureux. :»

— Quemcunque miserum videris, hominem scias.

-^ Quemcunque fortem videris, miserum neges. — V. 463-64.

Que servirait pourtant de devenir bon archer, pour tendre son arc contre le vent? Mais la vertu étant ainsi posée pour elle-même, on reconnaît que la philosophie a cette fois creusé à fond la distinction entre le juste et l'utile, entre le droit et la loi. Le stoïcisme résigné, qui convient dans la Rome de Néron, prendra un jour les armes, sera militant; Marc-Aurèle dirigera la flèche vers un but el la doctrine inspirera l'action.

La qualité que les sauvages estiment le plus, c'est la force ; dans leurs croyances, le privilège d'une vie future est d'ordinaire accordé aux hommes de cou-

rage, tandis que les lâches périssent sans retour. A leurs yeux, les lâches sont les méchants, et les braves sont les bons. C est que les braves assurent Texistence de la peuplade, que les faibles compromettent ; et la vertu est la qualité qui est conforme à cette fin, c'est la force * .

Les jeux sanglants du cirque procuraient aux spectateurs rémotion du danger et une sorte de jouissance musculaire. De même l'exercice de la vertu nous intéresse, rien que pour le spectacle. Nous aimons au théâtre une certaine gymnastique morale et cette dépense furieuse de vertu que provoque, par exemple, le point d'honneur dans le drame espagnol. Au reste, le peuple fait toujours quelque alliance entre les qualités physiques et les qualités morales et prend justement plaisir à les voir s'essayer. Duguesclin tuait des loups, quand il ne donnait pas la chasse aux Anglais.

Dans un drame de Lope de Vega 2, qu'il a em-

1. J.-A. Farrer : Some Savage Myths andBeUefsy iii the Gentîetnan's Magazine, ann. 1877. vol 240.

2. La Fuerza latimosa, — Amour et Honneur dans la trad. de M. £ug. Baret. Lope épargne au comte ce meurtre et sauve la comtesse. Dans la romance, le comte Alarcos est le coupable, et rhogi-ible tragédie s*achève. — Dans un drame moderne, de MM. Tamayo y Baus et Guerra y Orbe, la Rica Hembra, c'est une dame qui renonce au page qu'elle aime et épouse Tamiral de CastiUe, à qui, ne le connaissant pas, elle a jeté le nom de bâtard et qui l'a souffletée, « afin qu'on ne puisse pas dire qu'un autre que son mari a osé mettre la main sur sa figure. » Gust. Hubbard : Hist. de la Utt. eontemp. en Espagne.

prunlé à une romance héroïque, se trouve uûe situation extraordinaire. Le comte Henri, accusé d'avoir joui de Vinfanle, reçoit du roi l'ordre de Tépousef, et, comme il est marié, de tuer d'abord sa feinfne. La comtesse accepte sans trèmbletnent cet affreux arrêt; que dis-je? elle s'en réjouit même : t Jésus I... c*estlà ce gratid secret, 6é fatal mystère? Je croyais que c'était la mort d*Henri qu'ordoiiftàit le roi... Je ne pleure point de douléut, c'est là joie qui fait couler mes larmes, fc'est de voir le comte, mon seigneur, élevé à un si haut rang... 2* journée, se. V. « C'est à la fois la situation d*Alceste, qui meurt pour son époux, et diphigénie qui est dévouée au couteau par une superstition barbare. Mais TAlceste d'Eurîpide a un moment de faiblesse, clje s effraye de Pluton fixant sur elle ses yeux bleuâtres ; elle fait enfin jurer à Àdmète qu*cn échange du sacrifice qu'elle lui fait de la\ic, qui est le bien le plus précieux, il ne donnera jamais une marâtre à ses enfants. Iphigénie regrette la lumière du soleil* maudit la fatale Hélétie et se plaint des dieux ; son courage ne s'élève qu'à la pensée de la gloire des Grecs et de la ruine d'ilion qui dépendent de son holocauste. Je ne veux pas comparer de trop près des situations qui sont différentes^, ni disputer si le sentiment chevaleresque est sublime ou contre iiàlurè. Je remarque seulement comme la vertu antique est

pratique et s'emploie de préférence au service d*une cdUSè.

Noa pas que l'héroïsme du théâtre e^pagùôl soit Mû stérile exercice. Les poètes ont âetiti, au contraire, eâ cet héroïsme un élément de puissance, une énergie disponible ; à roccasiom, ils la tournent cdutre le Maure. Cet honneur s! jalouï fait noble lignée et sait se dépeûsôp pour son roi.

Le théâtre de Corneille est de la même école, militante. Corneille dédaigne les fins et exerce là vertu ; là gymnastique de fâme est son spect^acle. SoU héros se plait à la lutte ; il s'y prépare, se frotte d'huile comme les athlètes. Voyez Pauline : elle se trouble d'abord à la pensée de revoir Révère :

c Moi I iBoi ! 4Uè je rdvoie un si pttiaiant Vftiaqtttuf ! *

Elle se dit femme, et faible. Au fond du cœur, elle préfère Sévère à Polyeucte. Mais sa vertu est assurée :'

« Elle vaincra sans doute.

Ce n*est pas le succès que mon âme redoute.

Je crains lé dur (tombal et Côsi tfoublôs paissants Que fait déjà che2 mol la révolte des sens.

Mais, puisqu il faut combattre UM ennemi (}ue j*aime, Souffrez que je me puisse ârmt^r côrUfe moi-hième. »

(Àcl. I, se. IV^

Pauline e^t Tépouse du devoir nu. Elle vient

à peine d'épouser Polyeucie, par condescendance pour son père, et elle n'est donc pas encore mère. Ou'est-il besoin qu'elle le soit? Son devoir d'épouse n'a pas besoin d'être fortifié par le devoir maternel ; ce. ne sont point les suggestions du politique Félix, ni l'apparent mépris de Polyeucte qui l'en pourront détourner. Euripide n'eût pas manqué de louer la fidélité conjugale pour la bonté de l'institution et pour l'intérêt des enfants ; il eût remonté aux faits qui sont le fondement du devoir. Corneille est d'une autre philosophie ; sa Pauline est vertueuse pour la cause de la vertu.

Dans la tragédie d'Horace, la plus passionnée de son théâtre, le poète dirige nécessairement l'action vers son but historique, qui est le triomphe de la cité de Romulus ; mais ce qui lui plaît davantage, n'écrivant plus avec l'esprit romain de Tile-Live, c'est la lutte stoïque; et dans cette aventure, il y a matière pour lui à discipliner les âmes. Horace re.prend en ces termes Curiace, que trouble le violent amour de Camille :

c Le sort qai de Thonneur nous ouvre la barrière Offre à notre constance une illustre matière ; Il épuise sa force à former un malheur Pour mieux se mesurer avec notre valeur ; Et comme il voit en nous des âmes peu communes, Hors de l'ordre commun il nous fait des fortunes..

(Act. II, se. III).

Je ferai encore une remarque sur Polyeucte. Sa venu est tournée vers une utilité divine, vers un but étranger à la terre. Et ce sont pourtant des motifs humains qui rendent Taction attachante pour nous. Ce Polyeucte brisant les autels des dieux ne lutte pas proprement pour la liberté de conscience, et il s'en faut de peu qu il ne devienne petit et ridicule ; mais il reste héroïque, parce qu'il est plein de cette ferveur qui fait les martyrs de toutes les causes et qu'il exerce la vertu qui sera celle de tous les héros de la liberté de conscience. Et d'ailleurs, cette utilité divine que poursuit le martyr chrétien, elle exige le triomphe terrestre de la foi du Christ, et toute Faction de Polyeucte serait indécise et froide si le grand fait social du christianisme n'apparaissait pas derrière. Aiosi la fin de l'action est toujours présente, et la flèche tirée au ciel par l'archer rencontre en chemin la cible où elle se fixe. Nous sommes des vivants et nous combattons pour la cause dâ la vie.

C'est ce sentiment, que la vertu et le courage sont des énergies utiles, gui explique en partie l'émotion que nous ressentons au spectacle d'actions généreuses dont les motifs sont étrangers à notre pensée et contraires même à notre morale ou à l'histoire. Le drame nous intéresse à Vercingétorix contre César; un poète pourrait choisir pour son. héros notre en-

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nemi José Palafo^t, cet héroïque défenseur de Sarragosse, que Tetopereui* fit jeter comme un malfaiteur dans le dottjon de Viiiceti&eg. C'est que le génie, fiit-ce d'Un Vautrîri, a fea valeur propre ; c'est que là vertu est bonne, quelque cause qu'elle serve t â rhisiôlre il àppartieut de juget* les fésdltâtSi C'est etlfm qu'une idée plus large a surgi, celle de l'hurbâUité.

A cette idée correspond une justice plus juste, si je peUx alilsi parler. Homère, qui adttïire tant Hec^ tor, promène àvec Achille sdn cadavre aUtôUr dii bûchef de Patrocle ; lé poété de Roland fie blâme pas le graud Charles d'oCcire tous les Sârrazins qui fefusent le baptême. Mais noUs ne poursuivons pas seulement Tordre de h justice ddus les limites dé la religldft et de la nation, et nous voulons cet ordre, qui est notfé chimère, éOmmé « fin humaine, p Cette fin est 1* arrière ^plan du Ihéâlre et du rômau de Hugo. Schiller eii a voulu expressément fiiire le ressort de son don Carlos. Dans ce drame, dit le pbèlè lui-même*, l'amitié se sacHQe et râmour est saCriilé; ce double sacrifice est offert â un intérêt supêriéut*, à un idéal : et CàHôs est le prince que Pôâà façonne pour y âvancet*. Schiller a tenté « de transporter dans le domaine des beaux-arlâ des vérités qui doivent être les plus sacrées de toutes pour qùicôft-

i. trad. aégnier. fk, tom. It, 8« lettre.

LA MORALE DANS LE DRAME Si

que veut du bien à l^espèce humaine, et qui, jusqu^à présent, n*oilt été que du domaine de la science, de les animer de lumière et de chaleur-, et de les montrer introduites, comme des mobiles actifs et vivants, dans 1 âme dé fhomme et y soutenant une lutte énergique avec la passion ^ »

En définitive, Tôbjet moral que Thomme poursuit, c'est Un ordre conçu qui ne peut être réalisé que par le moyen de fins pratiques, lesquelles sont, dans chaque société, les formes positives du devoir. Mais il est une autre fin qu^il poursuit dans Taccomplissement des devoirs de la vie, c'est le contentement de sa conscience et la perfection de soi comme personne morale. Cette perfection, disent quelques-uns, est sa conformité à une destination supérieure, providentielle, dont ridée lui est révélée par une voix secrète, et que l'expérience dégage, tout en étant impuissante à la créer-. Cette idée métaphysique ne contient pourtant rien de plus, quant à la morale, que celle de perfection. Or, en quoi pourrait consister une vertu parfaite, sinon en l'harmonie de notre volonté active avec les devoirs qui sont exigés pour la réalisation de Tordre moral tel que nous le

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