Loe. cit
LA MORALli: DANS LE DRAME 109
plus rhorreur de son meurtre qui pourra ébranler son cerveau et amener une hallucination, c'est ^'insuffisance du crime. Dès qu'il apprend que le fils de Banquo a échappé aux meurtriers, son esprit se trouble et le délire des sens apparaît. » La première vision qu'il ait eue, observe M. Onimus, est parfaitement reconnue et analysée par lui, au lieu que plus tard il ne saura plus reconnaître son erreur au moment ra^ême où se produit Thallucination (elle lui arrive naturellement, car il n'est atteint d'aucune atlection mentale). S'il a réussi à étouffer la voix de sa conscience, « il ne peut se soustraire aux tempêtes de Tâme, aux tortures morales qu'amènent les troubles des sens et de l'intelligence. »
Macbeth nest pas eritier, d'une seule pièce*; un criminel de sang-froid n'aurait aucune hallucination. Lady Macbeth, en revanche, a une rare puissance de volonté. Aussi n'est-ce qu'aux heures du sommeil, quand sa volonté est absente, que ses sens prennent le dessus. « Comme chez son mari, ce n'est pas le remords personnel et conscient qui agite lady Macbeth, c'est pour ainsi dire le remords iatal et organique... A défaut de conscience, l'ordre naturel des
1. Taine (/oc. cil,) lui reconnaît une certaine poésie qui indique un cœur généreux et capable de remords. « To know my deed, — Uwere best ùoï know myself. « — Connaître mon action, il vaud.-*ait mieux ne pas me connaître moi-même.
évèflemenlsetles seules lois de Torganisme vont amener forcément leur châtiment. . . Chez Tun c'est la fièvre dii cerveau, chez l'autre l'action passive et lente des actes réflexes cérébraux. » Ce qui revient à lady Macbeth dans son somnambulisme, c'est l'impression désagréable du sang chaud sur les mains, ce sont des impressions toutes physiques du toucher, de la vue et de l'odorat.
Richard III est un pire criminel que Macbeth ; sa langue morale est plus savante pourtant. « lâche conscience, comme tu me tourmentes! » s'écrie Richard s'éveillant du songe où les spectres de ses victimes lui sont apparues pour lui souffler le désespoir. — Ma conscience a mille langues, dit-il, et chaque langue raconte une histoire qui me condamne. Parjure, meurtrier, coupable ! Pas une créature ne m'aime! et si je meurs, pas une âme n'aura de pitié pour moi! Et pourquoi en aurait-on, puisque moi-même je ne trouve pas en moi-même de pitié pour moi-même ? — 11 se cabre jusqu'à la fin : « Que le bégaiement de nos songes n'effraie point nos âmes! La conscience n'est qu'un mot à l'usage des lâches, inventé tout d'abord pour tenir les forts en respect. Ayons nos bras forts pour conscience, nos épé.es pour loi^ » La vision du