‹ La Morale de Félix Le DantecChapitre 24 sur 25 · S. V. 239. GE) SV · texte numérisé non relu

S. V. 239. GE) SV

Id 238-254-9280. () Eg 218.

ouvrages : dans « La lutte universelle », qui porte en épigraphe cette devise éloquente : « Etre c'est lutter, vivre c'est vaincre ! », Le Dantec accuse la civilisation d'entraîner fatalement l’abâtardissement de l'espèce ! ; en évitant à l’homme les efforts ancestraux qui, chez nos ancêtres, développaient la résistance, en vertu du principe lamarckien, elle lui enlève petit-à-petit la résistance aux intempéries : « nous sommes élevés dans du coton par des parents ? », puis, les maisons confortables ?, « les paletots et les calorifères feront de nous une race d’enrhumés et de grelottants ». C’est notre intelligence qui nous a fait perdre ainsi des caractères utiles en nous permettant de refuser le combat : nous sommes « des dégénérés habiles * », plus semblables à l’industrieux Ulysse qu’au bouillant Achille ÿ, à La Balue en cage plutôt.

Enfin, « L’Egoïsme » tout entier est une apologie de l’héroïsme et de la guerre, « fonction la plus naturelle de l'homme f »; c’est sur l'appréciation de la capacité de nuire d'un individu que reposait jadis son honneur ? : pendant des siècles, la guerre était l'occupation quotidienne, les Northmanns se faisaient gloire de mourir en riant ‘, tandis qu’aujourd'hui, « chez les bons bourgeois vivant en paix dans un endroit abrité, la lâcheté prend un développement naturel, en vertu de la loi de Lamarck qui veut quela bravoure s'atrophie par désuétude * ». La société, en échange du confort qu’elle nous procure, nous prive de toute liberté, '! «nous sommes enrégimentés, domestiqués » par des siècles de vie sociale “ », la notion de l'obéissance passive a envahi nos cerveaux dégradés ‘? » alors que le courage est tout : « mille hommes courageux et déterminés valent plus que cinquante mille lâches » ; dans la sécurité de la paix, nous avons peur de la mort et de la douleur ‘*...

(t) Lutte 985-Eg 993 EN

(2, Eg. 222. (?) 116.

(BAS MVNO (10) 222-298.

(1) S. V. 251-259-Eg 290, (ARNO CSV 05 (2) 205.

Fo) (11) 299.

Cependant, l'instinct primitif de la lutte est tellement fort que les vertus viriles de nos ancêtres sont encore celles que nous prisons le plus : « Il plait à nos veuleries de rencontrer des héros ! », aussi, les guerres entre nations et, à défaut, les guerres civiles, demeurent-elles inévitables et le pacifisme est illusoire ?.

Au point de vue pratique, une conclusion, digne de la sagesse antique, se dégage de ces considérations diverses : « Le Sage, soucieux de sa liberté et de sa dignité. réduit au minimum ces entraves du bien-être : il s’étudie à diminuer le nombre de ses besoins, pour diminuer l’odieux de son esclavage * >». De plus, comme on ne saurait entièrement y parvenir actuellement pour soi-même, on pourrait du moins élever les enfants, en les prenant très jeunes, de manière à se passer de presque tous les produits de la civilisation‘.

La Solidarité

À en croire Durkheim, &« la morale commence là où commence l'attachement à un groupe ». Or, la lecture desouvrages de Le Dantec ne donne-t-elle pas l'impression, en maint passage, que ce penseur est un individualiste farouche ? Il en a en effet le ton et souvent les arguments. Cependant, s’il a pu ambitionner un moment de réaliser les rêves de sa pensée, affranchie de toutes les normes vulgaires, ses conclusions dernières sont modérées, au moins dans leur ensemble, malgré l'excès de sa franchise parfois un peu brutale : « Avouons donc hardiment, écrit-il en 1911, qu'il y a en nous des tendances individuelles qui sont contradictoires des tendances résultant d’une vie sociale prolongée, et ne considérons pas les unes comme plus mauvaises que les autres > *. Quel partisan de l’ordre, refuserait de reconnaître la vérité de cette

298, etc. ES,

proposition ? Or, malgré certaines phrases tapageuses, là se borne tout son anarchisme et son individualisme. Il énonce un peu plus loin cette formule, dont la modération n'est pas douteuse : « Ce qui fait l'homme sain, c’est un heureux équilibre entre les tendances contradictoires : l'excès de l'individualisme rend l’homme socialement impossible ; il en faitun monstre ou un criminel que ses congénères sont forcés de supprimer. L’exagération de la notion de devoir (par contre), conduit à un renoncement excessif, à un ascétisme mystique qui est incompatible avec la vie. Medio stat virtus. » ‘ Pas plus que les « bons bourgeois » qu'il raille ?, Le Dantec ne semble admirer « les individualités insubordonnées (comme le Rolla de Musset qui) sont plus agréables à rencontrer, selon lui, dans les livres que, dans la rue »*. Par ailleurs, il constate que de nos jours, l’homme adulte est rivé à ses congénères par,ses besoins d'homme social *; que l’ouvrier, entr'autres, est contraint à une æabdication totale » par la «tyrannie svndicale » 5; que « tout être qui ne nous est pas indifférent empiète sur notre vie individuelle » f. Enfin, pour entretenir cette ardeur à la lutte qui est la source de tout bonheur humain, l’homme a besoin de croire à un certain avenir ; or,s'il croit à la mort totale, « (son) grand ressort est cassé » en approchant du terme, et Le Dantec voit - dans ce fait « la condamnation de l'individualisme » ?: « il n'est pas bon que l’homme soit seul » à. + L’emprise sociale, malgré ses inconvénients, doit donc être utilisée comme un facteur précieux pour parer à cette dépression qui menace l'individu: « Puisque nous ne saurions atteindre personnellement le but dont nous avons dû nous imposer la poursuite pour survivre, « il faut donc que nous nous inféodions à une agglomération qui dure plus que nous et qui poursuive le même but que nous » ”, agglomération

() Êg- Fe (S) S. V. 280.

ki) Tr. 527, el à Vos. | (+) Eg. 225. +) 1d! 301.

restreinte de la famille, qui prépare àses descendants une grande situation dans le monde ; agglomération plus vaste de la patrie, qui tend à assurer sa grandeur et sa durée, quitte à nous faire sacrifier notre vie avec joie, le cas échéant ; associations confessionnelles, du même ordre que l'agglomération nationale; enfin, association la plus vaste, l'humanité,

qui nous offre le mode de collarabotion supérieur del’œuvre scientifique.

Pour profiter vraiment de la solidarité qu'offrent ces agglomérations, il faudra nous attacher à l’une d’elles « par des liens affectifs assez solides »: alors seulement, « nous nous réjouirons du succès futur de son effort, comme si nous devions continuer (toujours) à y collaborer effectivement en personne » ‘. Pour accepter ses imperfections, il nous suffira de nous dire qu’elles sont dûes à ce que nous sommes nous-

mêmes des animaux sociaux imparfaits ». ?

Ainsi, la pauvre humanité ne connaîtra jamais de jouissance supérieure à celle de « se sentir une famille qui monte » *, stimulée par le mobile le plus noble qui puisse exciter l’activité des hommes : l'envie *.

Telles sont, condensées et ordonnées, les diverses suggestions que nous rencontrons dans les œuvres de Le Dantec, relatives à l'attitude morale pratique. Il nous faut examiner en dernier lieu, pour compléter, ses considérations originales relatives aux questions de morale sexuelle.

(2) Prob 187.

(‘) Il est curieux de remarquer que, la même annee, Le Dantec écrivait daus un autre ouvrage (« Contre la Métaphysique » p.

98, : « Je ne me soucie guère de

tude par la force extraordinaire de sa curiosité: ne devrait-il point alors ajouter à la théorie morale que nous venons de rapporter, que la soumission à un idéal collectif suppose et exige l'absence ou le sacrifice de la curiosité des résultats, et le renoncement à

travailler à une œuvre qui ne prendra de l'intérêt que longtemps après ma mort ».1l prétend légitimer, il est vrai, cette atti-

jouir de ces rés:uitats, renoncement auquel il ne sut lui-mêmese résigner ?

Morale Sexuelle

Les questions relatives à la morale sexuelle sont ordinairement considérées comme les plus délicates à traiter, et ceux qui les abordert abandonnent alors,le plus souvent,par précaution, délicatesse ou timidité, leur méthode critique, pour se soumettre aux convenances pudiques : telle n’est pas l'attitude de Le Dantec, sincère de caractère et positif par habitude professionnelle. « On m'a vivement reproché, avoue-t-il lui-même, cet essai d'explication biologique, et l’on a traité de cynisme un effort désintéressé vers la vérité: c'est que la vérité, dans les affaires sexuelles, ne plait pas à notre hypocrisie naturelle » ‘. L'espèce humaine a unetendance générale à se cacher pour accomplir l'acte sexuel que les animaux exécutent sans mystère, et pour parler des choses qui y ont trait : cette pudeur instinctive, conservée et développée par la tradition,vient sans doute de ce que l'homme, à partir du jour où il s’est attribué la dignité d'être raisonnable, a été humilié de ces mouvements passionnels qui le rendaient momentanément semblable aux autres animaux dont il s’étiat séparé fièrement ?.

Quoiqu'ilen soit, le but de Le Dantec n'était point de froisser en rien la pudeur (ne se refuse-t-il pas quelquefois, par réserve, à citer Rabelais? *), mais uniquement de souligner deux choses : d’une part, l'illogisme des conventions et des préjugés traditionnels relatifs à la morale sexuelle, car «l'acte sexuel est une nécessité physiologique comme le boire et le manger et il n'a pas plus d'importance philosophique » #, et d'autre part, les cruelles conséquences de ces préjugés ou de la sévérité qu'ils engendrent : «cela me serait bien égal, dit-il, sicela ne conduisait pas tant de malheureuses victimes au désespoir et à la mort » *. Il a voulu montrer enfin, accessoire-

() S. V. 294. (+) Sav. 76.

t) Eg. 174. (5) Sav. 65-69-234,

EN est)

ment, « que l’on peut parler des manifestations les plus élevées de l'activité humaine, dans le langage ordinaire de la pathologie cellulaire ». !

Ainsi, envisageant d’abord et surtout la question au point de vue du biologiste, il est amené à formuler cependant des thèses psychologiques sur « l'amour », et en même temps, des conclusions morales : c’est même le seul sujet sur lequel il donne quelques conseils positifs, au lieu de laisser seulement entrevoir les conséquences logiques de ses théories. Il aborde la question plus spécialement en quatre passages : dans « Les influences ancestrales »(p. 284 à 288),

« L'Egoïsme » (p. 167, à 183),

« La science de la vie » (p. 287 à 299),

« Savoir >» (p. 63 à 83, 92 à 95). 1

Nous avons cru logique d’ordonner les remarques sans suite rigoureuse contenues dans ces chapitres, selon le plan suivant :

1° Biologie de l’amour ;

2° Psychologie de l’amour ;

3° Le problème de la reproduction;

4° Le mariage,

Biologie de l’amour

Deux éléments de sexe opposé et de même espèce sont complémentaires et se complètent en effet dans l'acte de la fécondation : telle est l'hypothèse qui permet de concevoir par de simples comparaisons physiques l'attraction sexuelle quise manifeste dans toutes les espèces vivantes entre éléments de sexe contraire ?, attraction qu’on peut presque identifier à celle des électricités de nom contraire ?.

Chez les animaux les plus élevés en organisation, les pro-

(2) 1nfl. 285-Tr. 134, etc.

(3) Eg. 169. é

duits mâles sont déposés dans une cavité spéciale où ils ont des chances de rencontrer les produits femelles plus facilement que s'ils étaient épandus, même en grand nombre, dans l'ambiance, comme cela arrive dans certaines espèces. « Quelle est l’origine ancestrale de cette particularité ? Mystère » !. Une seule chose est certaine, c'est que l’habitude de la copulation n’est pas générale, donc qu’elle n'est ni fondamentale n1 obligatoire, bien que les appétits copulateurs et les mouvements qui réalisent la copulation soient devenus naturels chez les individus : l'amour se trouve être aujourd’hui « affaire d’épiderme et de contact voluptueux » ?.

Cependant, tout en considérant comme un mystère l'origine de l'habitude de la copulation et des organes qu'elle suppose, Le Dantec s'efforce de l’éclaircir et propose à ce sujet une hypothèse originale. La glande génitale, où se produisent les éléments sexuels mûrs, se comporte comme un parasite à l’égard de son hôte * : la présence d’une accumulation de produits sexuels dans un individu lui est douloureuse et nuisible‘; « ces pauvres choses incomplètes que sont les gamètes mûres >» répandent dans l'organisme où ils sont logés, des poisons particuliers qui donnent à cet organisme « la sensation bizarre d'être quelque chose d’incomplet » 5 : il y a rupture de l'équilibre général, état morbide f, empoisonnement”, tant que les gamètes ne sont pas expulsés de l’organisme.

Or, l'évacuation salutaire ne se faisant pas naturellement, mais se trouvant aidée par l'attraction des produits de sexe opposé, le mâle, chez certaines espèces ancestrales, cherchait peut-être un soulagement dans le voisinage de la femelle, voisinage qu'il s'efforçait de rendre plus immédiat, en se servant des organes qu'il avait à sa disposition. C’est ainsi que, vraisemblablement, les « caractères sexuels secondaires » (organes génitaux) des espèces copulatrices ont pris peu à

() Infl. 286. (5) Eg. 169.

(:) Infl. 288. (5) Id. 174.

() Infl. 285. (7) Id, 71.

(‘) Id. 286, note.

Peu cette apparence d'instruments complémentaires‘ au point de vue morphologique ? : les structures du mâle et de la femelle se sont modifiées de façons correspondantes ?, grâce à la sélection naturelle *.

C'est aussi grâce à ce processus devenu habituel que le malaise primitif du mâle, lors de la maturation sexuelle, a pu se transformer, par évolution, en une attraction régulière vers la femelle, l'instinct sexuel, attraction qui a quelque chose de commun avec les notions métaphysiques nées des habitudes sociales 5.

En effet, cette attraction est, en soi, parfaitement inutile à l'individu, ou du moins, elle a revêtu un caractère despotique, tyrannique, qu’elle ne méritait point, en devenant le « désir >°, et elle a engendré une regrettable concurrence entre les mâles : « la lutte pour les femelles »7. Au fond, le seul fait primitif important, donc le seul souci de l'individu mâle, est l'expulsion des gamètes et nullement la fécondation des gamètes de sexe opposé * : l'existence de l'homosexualité, les ardeurs désespérées du berger Corydon de Virgile, uniquement en mal de contact voluptueux, en sont une preuve ?. De même, les mâles ignorent, dans la plupart des espèces animales, que la copulation désirée sera suivie d'un effet reproducteur !°; si l'attraction sexuelle s’est généralisée chez quantités d’espèces, c'est donc uniquement parce que la sélection naturelle fixe les caractères utiles à l’espèce. C'est seulement à une période relativement récente que quelques espèces ont compris, grâce à leur intelligence particu-

(!) Infl. 287.

(2) Eg. 171.

(3) Id. 172.

(*) Anfl. 287.

(5) Eg. 171.

(f) Eg. 171-S. V. 294. ne

() Eg. 176. — L'auteur fait à ce sujet les remarques suivantes :

Pour l'attribution de la récompense auprès de laquelle pâlissent toutes les autres récompenses, c’est la jolie femme, non la femme vwertueuse qui est choisie comme juge, d’après sa Capacité

d’excitation sexuelle. Il est donc naturel qu’à son tour elle choisisse d'après l'appétit sexuel qu'elle éprouve en présence des candidats (Eg 178, (car, si une femme s’éprend d'un homme, cen’est pas en effet, parce qu'il est bon et honnête, citoyen) ainsi (Prob. 171 Eg. 182.) la vertu est ordinaire ment méconnue des deux côtés,

(5) Id. 171.

(?) Infl. 288-5. V, 282,

(9) Eg. 173.

lière, l'inutilité individuelle de l'accouplement, et elles auraient pu s'adonner au péché d'Onan si l'instinct sexuel n’était fixé profondément, grâce à son ancienneté, engendrant chez nous un dégoût profond pour cette pratique‘.

Psychologie de l'amour

Ainsi, ni l’onanisme, ni la chasteté mystique qui engendre une folie plus durable que celle de l'excitation sexuelle ?, n’ont pu détourner l’homme de la femme : « malgré des siècles de vie sociale, malgré la Science qui est la gloire de l'humanité, notre pauvre espèce est restée soumise à cette folie sexuelle plus forte que tout »*. Nous avons beau savoir quelle est l’origine ancestrale de l’amour, cela ne nous empêche pas d'être amoureux, et la logique n’y peut rien‘: l'excitation sexuelle est « un état morbide qui annihile provisoirement le gouvernail de la raison » *.

Ce trouble se trouve aggravé par suite de plusieurs complications : de même que les déformations sentimentales de la conscience morale se sont greffées sur l’égoïsme primitif, de même à l'instinct sexuel se mêlent aujourd’hui, par suite d'une évolution sociale prolongée, d’autres déformations sentimentales qui ne présentent avec lui aucun rapport originel 5, et qui le rendent méconnaissable 7 : sentiment moral, sentiment religieux, sentiment du beau, etc. Ces sentiments réalisent, « indépendamment de toute consécration reproductrice ou même voluptueuse, la plus haute chimère dont s'enorgueillisse la folie humaine : l'amour pur, l'amour céleste des nonnes et des saints » ‘, l'amour piatonique qui peut se manifester très violemment, même chez des enfants impubères , l’amour maternel aussi qui oublie son origine

() Eg. 172-H. S. 201. (5) S. V. 294, (2) Eg. 175. (7) Eg. 183.

1 Eg. 175. (8) Infl. 288.

Ath 100-Sav. 82, (P} S. V. 293, 5) Eg. 174.

OT

première, le souci qu'avaient les femelles de mammifères de se débarrasser de leur lait‘.

Ainsi, loin de se refuser à reconnaître l'existence des formes nobles de l’amour, loin de les réduire aux formes inférieures de l'instinct, comme on pourrait s'y attendre et comme le laisse croire parfois la forme équivoque de son exposé, Le Dantec s'inscrit en faux contre la confusion qui s'est établie progressivement dans la mentalité des hommes, entre deux phénomènes essentiellement différents : le désir sexuel et « la possession par l’image » ?, c'est-à-dire « la possession... de la mentalité d'un corps vivant par l'image visuelle, tactile ou auditive d'un autre être également individualisé » ?, (cette définition n'est point donnée dans le développement principal, mais au hasard des développements d'un autre volume), par son geste, son caractère, sa tournuredesprtiete.;,

Il analyse cette dernière manifestation, à part et en véritable psychologue dans « La science de la vie »: la possession par l’image est l’une des maladies les plus graves et les plus douloureuses que puisse éprouver un homme, surtout lorsque l’image est celle d’un de ses congénères, d’une femme comme cela a lieu d'ordinaire. Cette possession « commence le plus souvent par une série d'’impressions agréables, qui la rendent plus redoutable parce qu'elles empêchent de faire un effort pour l'éviter »“. Ces impressions agréables qui sont également à la base de la haine, nous mènent le plus souvent à la forme amoureuse : elles n’en engendrent pas moins, comme la haine, des drames terribles, parce que les cas de possession réciproque, tels que celui de Tristan et d’Yseult, sont infiniment rares .

Dans une analyse biologique « cruelle » 7, Le Dantec compare cette « intoxication » *, cet envahissement d’un indi-

(‘) Infl. 288, note. Eg. 78-186. (5) S. V. 281-291. {, S. V. 293. (6) Id. 285.

() Méta. 101. (1) Id. 292.

4 SV. 282; (5) Id. 285

vidu par l’image précise d’un autre être, au rayonnement diastasique de la levure de bière attaquant les bactéries logées dans le moût qu’elle envahit! ; làaussiilya «immunité » ou, au contraire, « réceptivité » de l'individu à l'égard de l’image, comme dans les luttes entre microbes. Un sujet peut fréquenter longtemps un autre de son espèce (état d'immunité) et se trouver, un jour, brusquement envahi par l'image de cet être (état de réceptivité) : il est alors immunisé pour un certain temps, par saturation, contre toute possession par un congénère autre que le premier ?. L'homme jeune en particulier, lorsqu'il n’a encore jamais été envahi, sera saturé par sa première infection : l'amour est alors pour lui une question de hasard, de premier occupant. En fait, les premières possessions sont les plus durables et peuvent parfois être définitives, hantant douloureusementleur victime jusqu’à la mort.

Une première conclusion morale se dégage de ce fait : « Dans la crainte d’un sort pareil, tout homme qui se sent capable d'éprouver pour une femme une de ces passions mortelles, devrait la fuir dès la première rencontre et ne plus la TéVOIL. >.

Enfin, Le Dantec remarque un autre fait : c'est par erreur que nous confondons, lorsque nous les subissons à la fois, les deux intoxications absolument distinctes : l’intoxication sexuelle par maturité des gamètes, et la possession par l’image‘; la première nous est personnelle etdépend de nous seuls ; nous pourrions donc la guérir logiquement avec n’importe quelle personne, si nous ne commettions cette seconde erreur de considérer la volupté comme secondaire par rapport à la possession par l’image, qui nous porte à l’exclusivisme sexuel et à la jalousie ‘.

Quoi qu'il en soit, il faut, en dernier ressort, nous résigner a l'amour |?

‘} Id. 276-283. (*) Id. 296

S. V. 981. (5) S. V. 296. Sav. 82.

S. V. 291. (6) Eg. 175.

Le problème de la reproduction

Le Dantec reconnaît que toucher, par ailleurs, au problème de la reproduction, risque toujours de soulever la colère des « honnêtes gens »et des « gens à courte vue »'. Il entreprend cependant d'en discuter l'énoncé en tenant compte de ce que la guerre nous a appris touchant la non valeur de la morale ».

Deux sortes d'arguments sont invoqués par les partisans de la reproduction à outrance; arguments religieux d'abord : humiliés des mouvements de l’amour sexuel, « ils ont trouvé une sauvegarde de leur dignité dans la noblesse du résultat obtenu », la procréation ? ; le mysticisme des anciens biologistes a mème conduit à attribuer aux éléments reproducteurs, une noblesse particulière ? ; on a fait une loireligieuse du mot de Moïse : « croissez et multipliez », considérant comme un péché l'acte sexuel qui n’a pas pour but la reproduction *. En second lieu, ils font dépendre la question d’un problème afional: « Sinous n'avons pas beaucoup d’enfants, nos voisins en auront plus que nous, donc, plus de chair à canon et il nous battront »*.

Le Dantec prétend n'avoir aucune réponse à proposer, le problème étant trop complexe à ses yeux 5, mais il n’en formule pas moins, çà-et-là, des idées qui tiennent lieu de réponse. Quoiqu'en aient pu penser les philosophes, la conservation de l’espèce est, selon lui, nous l'avons dit, le moindre souci des individus 7. N'est-il donc point dangereux pour la conservation de l'espèce, que les hommes soient au courant de la manière dont l'espèce se conserve ? 8 Vaudrait-il mieux que les enfants, qui ne l’apprennent que grâce à la tradition, l'ignorâssent toujours ? *. En effet, « connaître

Eg. 175. Sav. 93.

QE Jane (2) £g. 175. cu

(3) SV. 186. Méc. 129. N Id 174.

une loi naturelle, c'est apprendre le moyen de la tourner, en évitant les conditions dans lesquelles elle s'applique » f.

Théoriquement, la reproduction n'est pas une loi naturelle puisqu'elle n'est pas inélectulable : « reproduisez vous, et vous aurez des descendants; ne vous reproduisez pas, et vous n’en aurez pas : c’est à celà que se résume la loi de reproduction. » « Je ne vois pas là, conclut-il théoriquement, quelque chose qui puisse donner naissance à cette nécessité métaphysique, à ce devoir de reproduction » ?.

Pratiquement du reste, les effets dangereux de cette « science de la reproduction » ne se sont pas fait sentir jusqu'à présent : le nombre des hommes n'a point cessé de s'accroitre, le jour où l’homme a appris que sa copulation était reproductrice ; c’est que la sélection naturelle fixe fortement les caractères utiles à l'espèce, et que la folie sexuelle est toujours la plus forte *. 11 naît à chaque instant, bien plus d'êtres qu'il n’en peut vivre ‘, la terre entière est couverte d'hommes, et les autres espèces animales n’ont plus de domaine * : leur nombre menace même de déborder les capacités alimentaires du globe f.

Cependant, cette échéance redoutable reste éloignée, car il y a encore de vastes territoires à mettre en valeur ? : il n’y a donc pas lieu de limiter et de réglementer, comme le prétendait Malthus, la procréation des hommes 5, car leur multiplication prépare des guerres prochaines, et la guerre est indispensable, rappelons-le, pour entretenir la vie.

Par contre, il n'y a pas lieu non plus, comme le veulent les nationalistes, de repeupler à outrance, systématiquement, car sitous les ménages de chaque nation « se mettent à avoir six enfants, la vie sera impossible pour tous les hommes avant peu »°. Ainsi, Le Dantec ne sait quel parti prendre et il déclare que « tout cela est bien compliqué » !° ; il n’ose point

() H S. 201 (‘) Eg. 100 (1) S C. 201 (1) Id. 231 (3) Eg. 218, (8) Id. 218 (*) Infl. 47. (°) Sav. 94 (5) Sav. 93 (ENS Co E

prendre parti contre l'intérêt national; qui se trouve être celui de son pays, victime de la dépopulation!, et il ne veut point cependant abandonner les conclusions que lui impose sa logique scientifique.

Heureusement, la nature se charge de nous imposer ellemême, comme toujours, sa solution : cette affaire ne ressortit point à la morale, c’est une question de fait économique et biologique ? d’une part, nous l'avons dit; la force de l’instinct est assez grande pour assurer la pérennité de l’espèce dans son ensemble. D'autre part, la paléontologie nous fournit un curieux exemple de ce qui arrive aux espèces trop prolifiques : à toutes les époques géologiques, nous constatons leur disparition brusque, sans la moindre descendance, tribolites, blastoïdes et cystides à la périodé primaire, ammonites, bélemnites, grands sauriens à la période secondaire, etc... « Aujourd'hui, ce sont les hommes qui encombrent le monde: vont-ils disparaître à leur tour... en s’entretuant comme ilssemblent avoir commencé à le faire, {c’est en 1917!) ou sous l'influence d'une maladie mortelle pour leur espèce ? Voilà une possibilité à laquelle n’ont sans doute pas songé les gens qui préconisent la repopulation à outrance » *.

Le mariage

Le mariage est, selon Le Dantec, une des déformations sociales les plus primitives de toutes. « D'abord, le mâle a été attiré vers la femelle par un appétit sexuel et, si cet appétit sexuel a été réciproque, si surtout il a été durable, comme cela a lieu dans l'espèce humaine qui n’a pas une période annuelle de rut, mais qui fornique en toute saison, une première association a été réalisée entre le mâle et la femelle »‘. Tels sont les termes positifs dont se sert notre auteur en abordant la question de la famille, type de toute société®. Si

1) Sav. 94. Eg. 217. (t, Eg 78.

ke Sav. 94. F5, Eg. 126 {

deux conjoints s'unissent, c'est avant tout « parce qu'ils ont besoin de satisfaire l’un et l’autre, sous l'égide des lois, le besoin sexuel qui naît en eux après la puberté ». Cependant, ils n’avouent pas ce véritable motif, déclarant au contraire, nouvelle forme de l'hypocrisie universelle, qu’ « on se marie dans le but sacré de fonder une famille, et (que) c’est sur la famille, chose respectable entre toutes, que repose... la société »!.

Ainsi, les conventions humaines relatives à la question sexuelle se trouvent au premier plan dans toutes les législations ?, d'autant plus que les douleurs qui viennent des accidents rencontrés dans ce domaine sont les plus terribles. « Les hommes, plus intelligents que les coqs, aiment à jouir en paix de leurs conquêtes »?: et ils ont «le désir de la perennité dans la possession » ‘; aussi, considérant qu’une victoire momentanée lui donne des droits définitifs sur la femme qui l’a jugé digne de faveur un jour, un individu se fait le propriétaire d’un autre individu, réalisant ainsi « une monstruosité biologique ». De plus, le mariage, né d’une attraction sexuelle momentanée, est devenu une association d'intérêts quand il a fallu nourrir les enfants et les défendre contre l'ennemi commun. Lorsque l'amour continue à exister entre le père et la mère, les liens sociaux en sont resserrés d'autant, mais le fait est rare car « le sentiment amoureux qui résulte de l'appétit sexuel s'émousse par l'habitude de la possession »f. Ils pourraient, il est vrai, « rester d’excellents associés » si un danger ne les menaçait : l'attraction sexuelle affaiblie en eux peut se réveiller chez l’un d'eux pour un individu étranger au ménage, entraînant diverses conséquences fatales, négligence des devoirs familiaux de la part de l'amoureux adultère 7, jalousie de la part de l’autre con- Joint*. C'est pourquoi les législations ont condamné l’adultère.

(1) Sav. 73-64. (5) Eg. 180.

(1) Sav. 65. (Qi) Id. 181.

(3) Sav. 66. 47) Eg. 180.

(:) Id. 68. (Say. 32,

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Cependant, cet état de choses entraine d’autres conséquences pénibles : d’abord, si les deux conjoints, doués de l'illusion de la liberté, ont foi en la perennité des « conventions librement passées entre animaux »!, ils resteront « rivés à une chaîne détestée » et se haïront secrètement avec hypocrisie, tout en sauvant les apparences, et en se livrant à l’adultère en cachette ?. Si au contraire, affranchis des préjugés moraux, deux divorcés se remarient sans le concours du prêtre, « ils sont montrés au doigt et tenus à l'écart », en dépit de leur vie peut-être irréprochable 3.

Enfin, considérant le mariage comme la seule forme légale de l'amour et la plus sainte de nos institutions morales, « nous mettons au ban de la société des hommes, les gens les plus inoffensifs » 5 et les traitons de façon impitoyable : c’est ainsi que les malheureuses filles-mères ® en arrivent parfois au désespoir et à la mort 7. Ce n’est pas là le seul illogisme de cette institution : des nécessités d'ordre financier $ présidant à la conclusion de ce contrat d'association sexuelle ?, par ailleurs, le nombre d'hommes ayant diminué considérablement par suite de la boucherie de la guerre ‘°, des milliers de jeunes filles se trouvent privées de conjoint officiel. De là découle le désespoir et la misère physiologique des jeunes filles privées d’un facteur vital indispensable t!, et qui deviennent, par une dégénérescence monstrueuse, les « vieilles filles », les vierges rances et vindicatives qui passent leur vie dans les églises et jettent la pierre à tout ce qui fait la vie normale, la vie physiologique de la jeunesse » t?.

Tel est le bilan de cette belle institution sociale, et Le Dantec peut conclure avec humour : dans la société des abeilles, « les ouvrières ne font pas l'amour, cela simplifie bien les choses ! » ‘* Cependant, malgré tousses vices, le ma-

(:) Sav. 67. (@) Id. 53.

(2) 1d. 68-69. (°) Eg. 122.

(5) Id. 69. (10) Sav. 75.

(+) Sav 72. (1) Id. 73.

(5) Id. 224. (#) Id. 74 (5) Id. 71. (3) Eg. 128

(1) Id. 65.

rate —

riage « continuera sans doute tant qu'il y aura des hommes », en dépit des ratiocinations philosophiques *. Ce que désire notre moraliste, du reste, ce n’est point sa suppression, mais seulement que l’on « desserre l'étau cruel » des lois*, que l’on devienne indulgent * non seulement pour l’adultère, comme le voulait le Christ, mais pour les jeunes filles comme on l’est pour les garçons *.

En particulier, on ne saurait reprocher à la jeune fille qui n'aura pas trouvé de conjoint pour lui donner l'anneau conjugal assurant un foyer reconnu par la loi, de prendre un conjoint « temporaire et profiteur » pour calmer des besoins dont elle n’est pas responsable *. Le Dantec, qui ne va pas jusqu'à préconiser l'emploi d'engins anti-conceptionnels, regrette seulement la grossesse qui peut s'ensuivre, accident dont la gravité pourrait se trouver atténuée, il est vrai, par l’indulgence de la société et la faculté pour la femme de jouer dans la société un rôle analogue à celui de l'homme.

Quant au régime intérieur du ménage, il ne peut être bon (ce qui arrive, quoi qu’en ait pensé La Rochefoucauld), que moyennant certaines conditions : la communauté d’orientation de deux êtres « faits pour vivre ensemble éternellement », ou alors la simple communauté d'intelligence résultant soit d’un hasard heureux, soit d'une étude judicieuse antérieure au mariage ?.

En l'occurence, l'intelligence consiste à «comprendre que la loi morale est toute de surface, et que le lien matrimonial ne crée d'obligations entre les conjoints qu'autant qu’ils trouvent plaisir et avantage à être ensemble $ ». Cette déclaration, qui ressemble assez à un précepte moral, est confirmée par cette autre, formulée quelques pages plus loin * : « Pourquoi ne pas apprendre aux enfants qu'un étre ne peut se considérer, même à la suite d'un consentement momentané, comme le pro-

(H}MSav. 73: (5) Tr. 540, (?) Id. 64. (T Sav. 67-70.

(3) Id. 72-83. ClEd 167 : 71) (*) Id. 80.

priétaiïre d’un autre être ? » et que l'acte sexuel est «la satisfaction d'un besoin naturel qui #’engage à rien aucun de ceux qni s'y livrent par consentement réciproque »?

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& Il n'y a dans tout cela rien qui choque une raison avettie, et Voltaire n'aurait pas refusé d'écouter un Le Dantec » : tel est le jugement que formule le seul critique connu qui semble avoir vraiment compris la pensée de notre moraliste : Salomon Reïnach ‘. Son avis pourra être, croyons nous, celui de bien des savants, s’ils prennent la peine d'approfondir, comme nous avons tenté de le faire dans cet ouvrage, le sens de textes ambigus et mal coordonnés.

Ces défauts secondaires, nous l'avons dit, lui-même les reconnaît loyalement et il ajoute, à la fin de son dernier ouvrage, embrassant toute (son œuvre) comme s’il eût pressenti l'approche de la mort:« on m'a suivi jusqu’au bout, malgré le négligé indiscutable d'ouvrages écrits à la hâte... La notoriété que j'ai acquise par des œuvres absolument sincères, est indépendante de la valeur même de ces œuvres: elle tient uniquement à l'attitude que mon tempérament m'a imposée ? ». Nulle définition ne semble plus exacte et, à tout prendre, outre la valeur incontestable de ses idées, l'attitude dont il parle ne saurait manquer d’être sympathique puisqu'elle s'inspire toujours de la bonté. Répétons le : il n'aurait point critiqué avec tant d’âpreté les notions que nous vénérons, Justice, Egalité, Amour, etc., si lui-même ne les avait vénérées avec une passion exceptionnelle, si forte qu’il souffrait de-voir prostituer leur nom à des sentiments affectés ; comme le dit M. Bouglé : ? «le citoyen... ne Jouit pas de la paix intérieure si la collectivité est malade, là où il entend faire vivre son idéal ».

« Toutes les morales se ressemblent, écrit un autre moraliste contemporain ‘, parce qu'elles ont toutes profité de l'expérience de l'humanité et qu'elles sont le fruit d'un certain état de la civilisation » : Le Dantec en effet est bien dans le courant de la pensée du xx siècle et son système, trop peu connu des savants moralistes, se place honorablement à côté de celui d’un Guyau.

(i) Cf. notre bibliogr. (3) Op. cit. 197. à (2) Sav. 216-227. (‘) M. Delacroix, op. cit. p. 7,

On a pu lui reprocher d’enfoncer des portes ouvertes, par exemple lorsqu'il dénonce l’universelle hypocrisie ou l'inégalité universelle : nous pouvons au contraire le féliciter d'avoir mis l'accent sur certains aspects de la moralité courante, que les savants moralistes et les sociologues ont pris l'habitude de négliger, sous prétexte que ces aspects sont familiers à tous : hypocrisie, injustice, mensonge, etc. La vérité de la plupart de ses remarques a été du reste illustrée par les événements mondiaux qui se sont déroulés depuis sa mort, et elles présentent, de ce fait, un intérêt d'actualité : n'est-ce pas lui qui écrivait cette phrase qui en dit long (pour n'en citer qu'une entre mille) : «la guèrre se terminera par un transport d'or'»?

Lui reprocherait-on enfin son originalité, sa désinvolture familière et parfois brutale ? Nous répondrions avec Jacob ? que « quelque répugnance que nous inspire l’insociabilité intellectuelle, le parti-pris de ne pas penser comme Îles autres, la société gagne à laisser se produire les originalités vraies. Elle ne s'améliore jamais... que par l'audace des esprits libres qui se détachent de la pensée et de la pratique commune pour les modifier et les redresser. C’est à des indépendants que la morale, la religion, la science, l’art, l’industrie doivent toutes leurs grandes créations ; ce sont des originaux qui meuvent le monde »…

Du reste, malgré des allures anarchistes, Le Dantec restaure, en dernier ressort, les valeurs essentielles de la morale sociale, ce qui constitue un gros échec pour les contempteurs de l'ordre qui auraient pu fonder quelque espoir sur ses doctrines peu sujettes à caution. Loin d'exalter les tendances subversives, tout au plus est-il capable au fond, d'apaiser, comme il le propose #, les scrupules de conscience excessifs des sujets timorés et doux : c'est là encore une œuvre de bonté !

.(9 « L'Homme enchaîné » art. (?) « Devoirs » XI-Rieder. cité. (#) Ath. 219.

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