PRÉLIMINAIRES
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Notoriété de Le Dantec
« Le métier des savants n'apparait pas comme assez immédiatement indispensable, écrivait Le Dantec en ro Et cela diminue leurs droits »!. Il prétend aussi n’avoir obtenu, du moins auprès de la majorité compacte ?, aucun succès de sympathie *, ce dont il n'a cure du reste.
Cependant, « on a fait attention à ce que je disais », dit-il ailleurs *, constatant lui-même sa notoriété avec bien de la modestie. En effet, s’il n’eut point toutes les sympathies, il eut du moins pour quelques uns de ses ouvrages, un joli succès de scandale : la presse de l’époque en témoigne.
Professeur à la Sorbonne, auteur d'ouvrages de propagande aux titres retentissants : « l’Egoïsæ» », « l’Athéisme », « Savoir » etc., lu par les princes et les grands politiques (linfante d’Espagne Eulalie le lisait lorsqu'elle rompit avec son neveu le roi Alphonse XIII) 5, journaliste à ses heures, il fut l’objet des jugements les plus contradictoires. Comparse des plus grands génies, selon les uns, généralisateur superficiel selon d’autres, métaphysicien imbécile f, matérialiste cynique 7, athée par simple forfanterie, selon ses amis pieux, sectaire et maçon militant d’après quelques uns, rêveur inoffensif $, anarchiste dangereux au contraire ?, homme loyal et généreux selon tous ses intimes, apologiste scélérat !° de l’égoïsme et du crime selon d’autres, il inspirait cette phrase à un journaliste bien doué pour les jeux de mots faciles : « À l'Enfer du Dante a succédé l'Enfer de Le Dantec »!!, tandis qu’un prêtre catholique libéral, l'abbé Naudet, déclarait à l’Université populaire que Le Dantec irait avec lui au paradis ‘?. Le dilemme est en effet la forme ordi-
1) Eg. 270. (8) Méta. 63, Prob. 25.
bi Méc 8, (?) Prob. 165.
(3) Méc. 20 (1°) Prob 7. de
(‘) Sav. 216. (1) Valabrègue, Tribune de Lau- (5) Le Temps, Déc 1911, sanne, 16.6. 1917. :
(& Prob. 7. (?) Ath. 18.
(?) Méta. 3, Sc. Vie 294.
or —
haire de nos jugements et chacun rougirait de ne pas porter instantanément, sur un homme en vue, un jugement définitif. |
Autre criterium de notoriété : il n’est point de parti qui n'ait revendiqué l’honneur de le compter parmi ses adeptes : les cheminots révoltés lui demandent un article politique, un journaliste original le déclare sérieusement « confirmateur de Moïse» et, partant, « auxiliaire, allié des catholiques »!. Le Dantec l'avait lui-même prédit avec malice : « Je ne désespère pas de vous voir un jour... déclarer que Moïse a été un précurseur de Darwin » ?. Il n'est pas jusqu'aux spirites qui n'aient invoqué son haut patronage, curieuse mésaventure *. En fait, nous établirons plus loin qu’il fut justement remarquable par une impartialité monstrueuse, cause essentielle de ces ennuis.
Devons nous choisir parmi des opinions si nombreuses et si contradictoires ? Nous rangerons nous dans l’un des camps adverses comme on le fait d'ordinaire, ou aurons nous l’amusante prétention d’ajouter la pierre de notre avis à cette tour de Babel ? Nullement : nous nous contenterons d'examiner les œuvres de Le Dantec, tous ses livres, minutieusement et sans passion ; c'est au lecteur qne nous laisserons le soin délicat de conclure.
Le Dantec est surtout apprécié comme biologiste. Sur ce point, son œuvre rigoureusement technique est exprimée*en quatre mémoires, résultats de recherches faites au laboratoire. Le premier en date, sa thèse de doctorat, qui contientl’essence de son œuvre scientifique révéla des faits confirmés depuis et qui demeurent.
Les réflexions que ces faits lui suggérèrent, l’amenèrent à exprimer dans « La matière vivante », en 1895, et dans la « Théorie nouvelle de la vie », l'année suivante, des idées
(!) Péladan, Le Soleil, 8. 8. 1912, (2) Conf. 62, (®) Prob. 65.
que ses contemporains soupçonnaient et dont ils acceuillirent avec joie la synthèse. Ces idées sont devenues aujourd'hui monnaie courante, mais les jeunes gens ignorent qui les exprima le premier.
En philosophie, il est surtout connu par sa théorie de la conscience épiphénomène, renouvelée de Maudsley et Huxley, ainsi que par son néo-transformisme : il fut en France le diffuseur des théories de Cope. On l’a aussi comparé, non sans raison, à Bergson et il se plait lui-même à souligner les analogies des deux doctrines, sans se montrer en rien avide de partager la vogue alors naissante de cet auteur: leurs thèses ne diffèrent, dit-il en son style imagé, que « par l’enveloppe de papier qui dissimule chaque bonbon !.
Par contre, on le connait fort mal comme moraliste : Salomon Reinach est peut-être le seul critique qui ait formulé à son sujet quelques aperçus judicieux mais qui se limitent à une seule page. Or, curieux paradoxe, c’est la découverte de la vérité morale qui fut toujours le but-dernier du grand biologiste dans toutes ses spéculations, et il formule, en de nombreux passages, ses réflexions à ce sujet.
Sa Méthode
Comment donc expliquer cette méconnaissance de la partie capitale de son œuvre, surtout à une époque où la morale, incertaine, cherche fébrilement sa voie, utilisant les moindres indices d’une pensée utile ?
Le Dantec avait lui-même prévu l’oubli dans lequel tomberaient ses idées : « Je ne me formaliserai pas, écrivait-il avec ironie en 1909, Si les savants sérieux me traitent d’amateur > (nous verrons ce qu'il appelle « savant sérieux »), et il déclare que sa seule ambition est d’être utile à quelques personnes qui lui ressemblent assez pour se poser les problèmes comme il se les est posés”.
(1) Stab VI11.
Mtoue —
S'il dédie « Savoir », en 1917,à#un frère intellectuel », c’est qu'il espère, dit-il avec modestie, en avoir « au moins un » !. Il en eut plus d’un mais il en aurait découvert davantage si plusieurs facteurs accessoires n'avaient rebuté la majorité des lecteurs et engendré des interprétations erronnées de sa pen sée, au moment où une réputation se consacre et revêt une forme ordinairement définitive,
Nous ne ferons que rééditer un lieu commun en disant que tout succès, s’il dépend de la valeur de l'œuvre et de son mérite réel, dépend aussi de contingences moins nobles : forme, style, présentation, conformité aux normes et aux goûts du milieu auquel l’auteur s'adresse, etc. Or, s'il satisfait une minorité par quelquesidéesaudacieuses, Le Dantecchoque un peu les intellectuels par son mépris non dissimulé de tout ce que nous nommons les « convenances » : mépris de la politesse, du langage châtié, des opinions religieuses, morales, politiques, artistiques qu'il attaque sans aucune précaution, mépris enfin des procédés logiques d'exposition eux-mêmes, ce qui est peut-être le plus grave, car la cohérence des développements, la concision, le choix des titres, la répartition harmonieuse des parties ne sont pas à négliger.
Le Dantec qui, doué d’un esprit critique intense, n’est pas plus indulgent pour soi que pour les autres, n'hésite pas à reconnaître lui-même ces imperfections. D'abord, le ton agressif et parfois subversif : « J'étais parti pour la bataille, écrit-il, avec une attitude de pourfendeur », « J'ai rompu bien des lances» ?. Rompant en visière avec les habitudes ?, il raille, il insulte, il écume et ne se dissimule point l'effet de cette attitude : « Je ne déguiserai aucune conséquence de celles que je connais, et il en est quine sont pas pour plaire à tout le monde »*, « Je m'attends... à faire bondir d’indignation les gens vertueux qui me feront l'honneur de me lire » *, « Je suis bien sûr que je choquerai presque tout le
Sav. 2. (MAR M6 éta, 233. (5) Eg. 155,
monde » ‘, on le considérera comme un « savant grincheux » ?, bien plus, comme un « dangeureux iconoclaste » 5, etc.
Savant révolutionnaire, comme il s'intitule lui-même ‘, ne parle-t-il pas en effet de « ruiner » la croyance à l’immortalité, chère à tous les hommes *, de « saper » par la Science l'édifice social f, expressions inquiétantes ? Il semble parfois : s'en repentir quelque peu :« Peut-être ai-je dépassé la saine mesure... »", mais le plus souvent, il semble plutôt s’en faire une gloire et exagérer même un peu la portée de ses assauts littéraires : « Je vais dire des choses qui scandaliseront les plus intrépides, déclare-t-il pompeusement dans « Savoir » (p.27)... mon livre est profondément immoral » (p.31); Il nomme &viélente satire. cri d'alarme» #, des articles d'un genre assez répandu, comme s’il était le seul contempteur de la morale traditionnelle. Ignore-t-il donc toute la critique méthodique des sociologues et savants moralistes de son siècle, lui qui est mort la même année que Durkheim ? Quoi qu’il en soit, il peut en effet se considérer comme le champion de la critique violente, familière, impatiente, telle qu'on ne la pratique guère dans le monde universitaire.
Au mépris de toute courtoisie envers les personnes et de tout égard pour leurs opinions les plus chères, Le Dantec, nous l’avons dit, joint délibérément le mépris d'une autre convenance capitale en matièrescientifique: lasévérité duton.
Là encore, il ne pêche point par ignorance mais par esprit d'indépendance puisqu'il formule lui-même cette remarque : « La Science ne sera bienvenue que si elle a la pudeur de voiler, sous des apparences de politesse mondaine, la merveille de sa nudité resplendissante » *. Loin d'ignorer les
1) Prob. 25 (5) Méc. 21 ù Sav. 182. (7) Ath. IL.
(?) Sav. 62. cl MAcTAsE Ten.
‘) Infl. 496. ‘) Sav. 1.
belles-lettres, il s'oublie fréquemment à citer les latins et à évoquer la mythologie : facit indignatio versus! Un de ses ouvrages, « Le conflit», contient même quelques tableaux pittoresques et poétiques de sa chère Bretagne.
Cependant, il fait ordinairement profession de mépriser lés littérateurs, z amuseurs destinés à nous faire passer le temps pendant lequel nous ne voulons pas penser » ! l'Oceano nox de Victor-Hugo, par exemple, ne contient que des mensonges ? ; l’art littéraire est le plus imparfait de tous * et nous verrons bientôt, plus en détail, le cas qu'il fait de tout langage humain.
Estimant que les pensées d’un auteur valent plus que la façon dont il les habille, il se propose simplement d'exprimer des vérités au moyen des mots les plus frappants, pour les faire pénétrer dans l'intelligence du lecteur avec le plus petit effort et la plus grande joie possible *. Or, un de ces moyens semble être, selon lui, l'emploi d'un style facétieux, et le réalisme même ne l’effraie pas.
N'appréciant en poésie que les vers de Villon’, nourri de Rabelais, si l'on en croit les citations qu'il aime à faire de cet écrivain, il souligne lui-même qu'il parle « en termes crus » 7 et ne s'embarrasse guère des «conventions du protocole » Ÿ ; il s’en excuse ironiquement en déclarant que l’argot est devenu aujourd'hui le langage de la bonne société.
Hélas, ce n’est point là le ton de la Sorbonne où il professe ; ce n’est pas non plus celui de la majorité des intellectuels qui, habitués pour la plupart au ton sérieux des ouvrages qu'on leur présente sous des rubriques scientifiques, se sentant peut-être quelque peu dignifiés par là-même, ne comprennent pas que l'on puisse adopter décemment un autre ton. Ainsi, cette familiarité, ce manque de /enue littéraire, n'ont peut-être pas peu contribué à lui aliéner le suffrage
() Sav. 240, note. (5) Sav. 239.
à et (5) Tr. 487, 529. Eg. 299, etc.
3, Sav. 240. Gi Sav, 45. ;
() Sav. 238. () Méc. 169.
que bien des prudes lui eussent accordé pour une forme plus bienséante.
Enfin, Le Dantec n'est pas de ceux qui se fixent d'avance un but exact, délimité, et chaque jour équarissent laborieusement une pierre qu'ils ajoutent avec tranquillité aux précédentes, jusqu’à ce qu’ils jugent le mur assez haut ; il n'est pas non plus de ceux qui savent ordonner, condenser, abréger pour faciliter la tâche du lecteur. Souvent, il l'avoue, il écrit pour soi-même !, pour se faire une opinion ?, il suit son fil d'Ariane ?, il conçoit dans l’insomnie “.
Ecrire est aussi pour lui une distraction de sédentaire : c'est un moyen d’épancher sa rancœur contre l'illogisme et la sottise humaines qu'il rêve en vain de corriger. Chaque Jour contrarié, son besoin de persuader s'intensifie d'autant plus etil ne trouve toujours qu'une issue : écrire, écrire, répéter au papier, comme à un confident fidèle, les thèmes favoris.
S'il néglige la composition, c'est aussi qu'il est pressé Ÿ par sa curiosité qui le mène toujours plus loin sans revenir en arrière ni même s'arrêter un instant ; il l’avoue encore, avec sa modestie et sa clairvoyance constantes : ses efforts furent hâtifs et caducs f et il confesse «le négligé indiscutable d'ouvrages écrit à la hâte » 7 : «l'Egoïsme »aété écrit en six semaines ! Il publie vingt-neuf ouvrages en seize ans, de 1891 à 1917, sans compter un grand nombre d'articles dans les revues les plus diverses, avec quatre ans seulement d’un répit relatif occasionné par la maladie et la guerre.
Bien que la critique ait conquis des libertés traditionnelles, il y aurait peut-être quelque manque de courtoisie à relever ces défauts chez un penseur aîné et célèbre, s'il ne les reconnaissait lui-même : « J’ai écrit trop peut-être », dit-il dans
(1) Sav. 2, (5) Méta. 98.
(2) Eg. 287. (5) Saw. 230.
(8, Eu. 291. (?) Sav. 216.
(‘) Eg. 17.
— Do —
son dernier ouvrage‘, et il nous laisse voir, par une série d'aveux, l'instinct irrésistible qui l'y poussait.
Après l'ouvrage de 1896 : « Je m'imaginais que je n'aurais plus jamais à écrire »? ; en 1906: « J'ai tant écrit et avec tant de prolixité ! » *; en 1907: « Je crois utile, de m'arréter un instant et de reprendre haleine »‘ ; en 1908 : je ne veux pas enterrer (mes idées) sous le poids croissant d'une pile indigeste de volumes compactes. Ceux qui ont envie de me lire ont déjà fort à faire !... je renonce à écrire davantage » car c’est une « trop abondante production »*; en 1909, malgré cette résolution, ilse laisse décider à publier : «La crise du Transformisme » ; en 1910, il continue ; en 1911, ce sont les cheminots qui l’orientent dans une voie de réflexions nouvelles 5, et cela continue toujours : il peuts’avouer « bien doué pour le bavardage ».
Hélas, une telle prolixité entraîne un grave inconvénient pour l’étude méthodique de sa pensée et le discernement de ses idées maîtresses : non seulement il semble fastidieux, pour un lecteur moyen, d'analyser trente ouvrages disparates, mais il est presque impossible aujourd’hui de se procurer la totalité de ces ouvrages. Or, leur rapprochement est indispensable si l’on veut comprendre nettement la doctrine:
Les possède-t-on tous ? On est alors arrêté par une nouvelle difficulté que seul un ‘spécialiste peut tenter de surmonter : l’incohérence étonnante, la multiplicité des digressions, non seulement dans plusieurs ouvrages consécutifs, mais dans un même ouvrage ; il n’est pas rare de rencontrer plusieurs fois le même titre dans une même table des matiè-
es : quant au titre de chaque ouvrage, on dirait d’un procédé de reliure plutôt que d'une désignation adéquate des sujets traités.
Sav. 296. () ke a 4.
DU Cs-0: () E pan 292. () An tr: S. C. 304.
DE Nes
Les questions les plus hétérogènes interfèrent sans cesse : biologie, morale, psychologie, pédagogie, chimie, sociologie, mathématiques, théodicée, tout ce qu'une encyclopédie peut contenir. « Je n’ai pas encore rassemblé mes arguments en un seul faisceau » écrit Le Dantec en 1912 !, reconnaissant la nécessité d’une synthèse qu'il ne réalisa malheureusement Jamais.
La digression le tente constamment, il le confesse : «voici quelques lignes qui, si je ne me surveillais pas, m'amèneraient à écrire tout un volume » ?, « nous allons encore nous laisser attirer... évitons ces digressions prolongées » *. Lorsqu'il se laisse entraîner, parfois il s'en excuse : « je me laissais aller à des réflexions décousues » * ; parfoisils’en défend, les déclarant nécessaires, comme l'indique le titre même du deuxième chapitre de « Savoir ».
Ce quirisque encore plus de rebuter le lecteur, plus ou moins pressé, ordinairement avide de nouveauté, surmené aussi lorsqu'il veut se tenir un peu au courant des multiples œuvres de la pensée, passées et contemporaines, ce sont les répétitions. La fièvre de l'existence moderne ne permet pas d'appliquer à chaque idée que Le Dantec fait imprimer, le mot bienveillant d'Horace : « Haec decies repelila placebit. >» Outre les « dadas » favoris, un amateur pourrait s'amuser à compter combien de fois est employé, dans « l'Egoïsme », le mot « métaphysique », pour ne citer qu'un exemple.
Cela, l'auteur en convient encore : « on trouvera que j'insiste sur des choses enfantines »f, «je répète, au risque de me répéter trop »', et il s’en excuse : « J'ai répété les mêmes choses sous des formes différentes... parce que je ne me rappelais pas les avoir déjà dites »* ; au fond, il s'efforçait
(t) Méta. 1927. () Prob. 95.
(2) Ath. 292. (5) Sav. 104, note.
(3) Eg. 173. Cf. aussi Eg. 171-36- (7) Sav. 132. ; SAC TEtC: HS MereCPMauss nent
(4) Eg. 295. Cf. aussi Infl. 500. Ath. 292. Eg. 95, note, etc. Prob. 87. Sav. 170.
d’«éviter les longueurs et les redites » ‘et s'il « insiste si lourdement »?, c'est aussi « pour être sûr d'être compris » *.
En effet, la répétition, selon lui, n’est pas inutile‘ quand onse propose de combattre des idées ancrées dans notre physiologie : il faut « taper plusieurs fois sur le même clou »Ÿ ; ce serait donc dans un but partiellement didactique qu'il s’acharnerait f ainsi, pour imposer petit à petit la Mériten,
Cependant, il semble plus vraisemblable d'attribuer ce monoïdéisme, pour parler comme Ribot, au mécanisme ordinaire de l'obsession, mécanisme qu'il résume lui-même ences termes: une idée fixe incurable se crée, par assimilation fonctionnelle, des chemins persistants dans le cerveau , ce vaste cerveau dont on ne peut se défaire *.
Enfin, la richesse de sa pensée n’est-elle pas encore compromise par l’ambiguité de son style, son incorrection même, qu'il attribue à l'insuffisance et à la difficulté de notre langue !° difficulté qu'il ne fait rien pour surmonter ?
On ne cultive point ce que l’on méprise : la véritable raison de cette nouvelle négligence semble résider plutôt dans son vif parti pris contre le style, le langage courant, vainelogomachie !! anthropomorphique, véhicule des erreurs acceptées par nos ancêtres ignorants, avant l'avènement récent de la Science, et obstacle capital à la diffusion de cette Science.
Il n'est point d'institution humaine à laquelle Le Dantec s'attaque plus fréquemment qu’au langage et avec plus d’im patience, parce que, doué d'un esprit critique précoce, il n’a pas été dès l'enfance «intoxiqué par les explications verbales > et n'a point subi leur «charme émollient !?»., Moins élo-
(1) Se. vie. 114. (f) Se. vie 111.
1?) Méc. 49. (5) Sc. vie, 298.
(3) S. C. 4. {°) S. GC. 288, note.
(‘ Sav. 89. (1): Prob99:
(Lim. 5. (*') Lim. 1. Sav. 230, etc, (5) Sav. J45. (2) Sav. 146,
quent qu'Esope !, il ne se résigne à reconnaître au langage qu'un unique avantage (signalé en trois lignes, les seules favorables dans trente ouvrages) : celui d’avoir engendré la Science en permettant à chacun de nous de tirer parti de l’expérience des autres ?
Il est heureux de se rencontrer ici avec Montaigne dont il cite cette phrase: notre discours «bastitaussibiensurle vuide que sur le plain, et de l’inanité que de matière » *. Selon Le Dantec, « l'Homme est avant tout un animal bavard » * plus exactement « un cousin de singes devenu bavard » 5 « Déversoir de nos chagrins »,f le langage est aussi très «commode pour dire des sottises »'.…
Au fond, notre apparent besoin d'explication se réduit à une « démangeaison verbale »: « on a eu réponse à tout, du moment que l’on a su parler »*. « Du moment qu'une illusion a été représentée par un mot, elle prend corps, elle existe » (°. Ainsi, le langage permet de parler de ce qui n'existe pas et de ce que nous ne comprenons pas ‘!. Seul, il a permis d'aborder la philosophie !? qui ne subsiste que parce que ses expressions « nous semblent très claires quand nous n’essayons pas de les définir » : le langage est « la forteresse verbale du spiritualisme » l" parce qu'une « idée métaphysique amène les gens à croire qu'ils savent ce que les mots signifient » !*.
Ainsi, « quand un mot a une longue prescription, il est indestructible »!f ; « les phrases sont terribles »!7, surtout les phrases « ronflantes »!#, car le meilleur langage est celui qui nous donne le moins d'explications !. Tout juste le langage
MAL ANT235: (tt) Conf. 237.
(2) Eg. 225. (2) Confl. 147. Tr. 501.
(3) Infl. 3. (13) Lutte 212 (HASACAMESS (11}, Prob. 33.
(5) Conf. 137. (5) L. N. 126.
(6) Sav. 82. (16) Tr 493. Stab. 214.
(7) Confi. 141. (7 Prob. 150. Ath 214.
Li) Prob. 11. (8) Infl. 291. Eg, 209.
{(°) Prob 10. CL NAT:
(9) Confl. 447.-Prob 57-Tr. 502- Méc. 163 S. C. 215, etc.