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est-il valable et utile aux hommes dans leurs relations d’af-
faires 2°, Le silence est préférable à la parole ?!.
Partant de ces principes, au lieu de renoncer à écrire ou de s'appliquer à employer au mieux le langage courant pour éviter toute méprise sur sa pensée de la part de ses lecteurs, Le Dantec entreprend de donner aux mots usuels une acception nouvelle que, malheureusement, il ne définit pas suffisamment'et qu'il modifie souvent.
Il emploie déjà avec peine le langage courant: « Nous devons, écrit-il, nous résigner à (l'} employer si nous voulons exprimer des idées et être compris >°. « Tout ceci est très difficile à exprimer... mais il ne faut pas se laisser décourager par des difficultés de langage »‘. Il confesse son « impuissance à parler des choses qui n’ont pas avec la Scienceun rapport direct »* : « Je suis obligé de faireeffort pour préciser . dans le langage, des considérations que j'eusse trouvées suffisamment claires dans la solitude et pour mon usage personnel ».. Ainsi, il en vient à greffer sur le vocabulaire usuel, plusieurs vocabulaires originaux qu'il désigne aussi sous le nom de «langages », ce qui complique singulièrement la tâche du lecteur.
Le langage humain est un langage de la qualité : Le Dantec prétend lui substituer un langage de la quantité, celui de la mécanique générale 7, s'appuyant sur l'autorité de Kant dont il cite cette phrase : « Il n'y a de science proprement dite dans les sciences physiques, que ce qui s'y trouve de mathématique » *. Or, toute science se réduit à la Physique, selon lui.
Notre auteur ne trouva un style qu'après avoir « longtemps
tâtonné >» * : « J'ai commencé, écrit-il, par appliquer à (1) Sav. 145. | (5) L. N. 248.
() Eg. 160. (7) L. N. 227-Sav. 232.
() L. N. 236. (5) Qq. la Sc. 41, etc, (t) Prob. 92° (°) S. V. déd. 2:
(5) Qq la Sc. Préf 6.
l'étude des phénomènes vitaux, le langage analytique des sciences chimiques (qui)... n’est pas d’une grande fécondité... l'étude des phénomènes pathologiques m'a tardivement mis sur la voie du langage synthétique » ‘, prodigieusement difficile ?. Dans ce langage interviennent des notions nouvelles: notions d'échelle *, de résonnance *, d'imitation ÿ, de liaison ; c’est le langage de l'équilibre T qui « renverse et remplace les vieilles philosophies » 8 ; c’est le langage de la lutte *, qui englobe le pain, par exemple, dans le groupe des ennemis de l’homme, parce que la digestion est une lutte !° ; c’est le langage biologique qui comporte des expressions de ce genre: « l’hérédité et l'éducation d’un cristal »!! ; c'est le langage du calcul intégral ‘? ; c'est le langage de Lamarck * et le langage Darwinien ‘*; enfin le langage psychologique au pis aller, « fissure par laquelle l’erreur peut s'introduire subrepticement » li.
On conviendra que il ne serait pas inutile, pour comprendre les œuvres de l'auteur, de constituer un lexique de ces diverses terminologies, mais ce travail n'entre point dans notre plan : voulant seulement faire ressortir ici l’une des causes qui ont pu nuire à l'intelligence d’un système valeureux, nous nous sommes contenté d'indiquer, par nos références, les passages où l’on distingue le mieux le sens des expressions nouvelles.
Quoi qu’il en soit, cet amalgame est du plus bizarre eflet : tandis qu’un Bergson, lorsqu'il est obscur, produit au moins un certain effet artistique, Le Dantec, peu soucieux du succès, ne tire pas profit de cet appareil d'innovations verbales qui aurait pu, comme tant d’autres, impressionner les amateurs: il y mêle des gaudrioles et des négligences de style.
(:) Méta. 169-180. Cf. aussi Stab.
(5) S. C. épig 293, note. Tr. introd., etc, (°) Eg. 109.
(2) Sav. 146. (10) Eg. 62.
{) Prob. 22. L. N. 227, etc. {1} Chaos 35.89 (‘) Méc. 179. (2?) Chaos 89.
5) Méc. 99, etc. Méta. 155, etc. (13) Ath. 133. Méta 106. (4) Darw. ch. 1.
{ (9 FESAC 3165.98 etc (fi) Eg. 112.
Lui même le remarque encore et le confesse, toujours avec la même bonne grâce naïve et charmante : j'ai mal exposé, « on nem'a pas compris et l'on s'est moqué de moi»!; «jene me dissimule pas que mon langage paraîtra incompréhensible à beaucoup de gens »*?; “je m'efforcerai d'être plus clair » * ; vers le milieu d’un ouvrage : «le lecteur est invité à prendre quelque repos >» (sic) “. Faisant lui-même ça-et-là le procès de chacun de ces ouvrages *, il ne se montre vraiment satisfait que d’un seul, # La science de la vie », parce qu'il est vraiment synthétique f. Une seule fois, il se déclare parfaitement clair ‘.
Parfois, il mélange l'humour à ses aveux: « Je suis peutêtre, comme Hegel et James, un artiste producteur car J'ai écrit des choses que j'ai été à peu près seul à comprendre... (cependant) J'aimerais avoir été toujours clair » $.
En résumé, on peut conclure avec lui, sans le moindre parti pris et même en conservant de l'admiration pour ses idées, qu’il est un « individu aberrant » *, expression qui n’est péjorative que pour ceux dont l'idéal est le nivellement. C’est un « daltonien » ‘ dans le monde des idées, son esprit est une cloche qui ne peut donner qu'un: son ‘!; son diapason donne le mi au milieu de cent mille donnant le /a !?.
« Rat retiré du monde » !°, il juge des choses du monde d'un point de vue extra humain, ce qui peut contribuer à expliquer que les techniciens de la morale et de la philosophie l’aient laissé évoluer seul, librement, puisqu'il méprisait leurs habitudes communes, leurs goûts-collectifs et leurs méthodes régulières.
Si les écrits moraux de Le Dantec semblent avoir été jusqu'ici négligés. ce n'est donc point pour son incompétence mais bien pour son originalité peu commune.
JS RC AL (S) Méta. 24.
} Méta. 169. BIErob26 SHC (0) Ath. 27.
) Qq la Se. 60, (MMA ER!
) S. CG. 65-93. Ath. 243-293, etc. (?} Conf. 148-203. } Mée. 190. ($) Eg. 18.
) Mé
Justification de notre méthode.
Dans ces conditions, nous avons estimé qu'il ne serait pas inutile de dégager de leur gangue, des idées de valeur aussi intéressantes pour le dilettante qu'utiles à l’histoire de la pensée morale et même peut-être à l'avancement de la Science des mœurs.
Nous avons donc tenté de contribuer, pour une modeste part, àjdonner à cette œuvre un peu de « cette belle unité qui a tant de charme pour les esprits synthétiques », selon la propre expression de notre auteur !. En condensant, en ordonnant, en analysant avec méthode, nous avons voulu non point nous substituer à lui, mais éviter au lecteur, en le guidant, une perte de temps considérable. Peut-être aussi cette mise au point réhabilitera-t-elle une œuvre qu'on a pu juger défavorablement (d’après les trois ou quatre volumes de propagande que Le Dantec a eu l’imprudence de publier, comme si le gros public avait connu le reste de l’œuvre technique), et préviendra-t-elle de nouveaux malentendus.
« Je n’ai d'autre mérite, écrivait Lavoisier [parlant de son interprétation des expériences.de Priestley), que de les avoir rangées dans un ordre propre à présenter des conséquences > ? : cette phrase décrit notre propre entreprise. Des critiques sans bienveillance pourraient attribuer l'adoption d'une telle méthode, à un manque d'idées personnelles : un coup d'œil rapide jeté, en feuilletant, sur nos citations et nos références nombreuses, pourrait les encourager à ne voir là qu'une compilation stérile, plus ou moins laborieuse.
Nous conseillerions à ceux-là de bien vouloir prendre la peine de lire attentivement les trente-huit ouvrages de l’auteur, de collectionner ses articles de revues, puis de lire alors notre modeste travail. Ils comprendront alors que l’ordonnance des parties incohérentes suppose la reconstitution,
{!) Sav. 200.
(2) Méta, 70 note.