PRÉFACE DE LA DEUXIÈME ÉDITION
Il y a cent ans que Kant est mort, et l'œuvre morale qu'il a laissée derrière lui est de telle nature qu'il est encore difficile d'en parler sans soulever des clameurs, quelquefois des colères.
Un certain nombre de philosophes qui se croient rationalistes parce qu'ils répètent à tous propos les mots de « raison pratique » sont, en effet, disposés à penser que discuter l'œuvre morale de Kant, c'est blasphémer la raison.
Nous ne croyons nullement, quant à nous, que les conclusions naturelles d'une philosophie vraiment rationnelle soient celles que Kant a défendues.
Assurément, Kant a cru travailler pour la raison, et contre le mysticisme1. Est-il bien certain qu'inconsciemment et malgré lui il n'ait pas fait le jeu de ce mysticisme même qu'il prétendait combattre ?
Est-ce développer l'homme dans un sens rationaliste que de l'habituer à considérer comme rationnelle une conduite qui consiste à obéir à un ordre qui se donne sans raison, et à courber la tête devant un « sic volo, sic jubeo » ? N'est-ce pas bien plutôt