‹ La morale de l'éducationChapitre 7 sur 45 · PRÉFACE . IX · texte numérisé non relu

PRÉFACE . IX

pital contestent timidement, le tailleur le nie avec une mirifique désinvolture. Préjugés vulgaires, partis-pris comiques, avis naïvement intéressés, simplifications puériles des problèmes considérables diminués à la mesure du pitoyable « bon sens », ignorance presque absolue de l'économie générale, de ses lois, de ses axiomes et de ses déductions célèbres : telles sont les tares. Joignez à cela la jactance d'une certitude extrêmement ferme ; et vous aurez l'ensemble des faiblesses qui desservent l'esprit d'une caste par ailleurs si respectable en sa probité, sa persévérance et sa prudence.

De toutes les enquêtes, il résulte que si les plus intelligents des Germains, des Anglo- Saxons, des Yankees s'occupent, à notre époque, de commerce, les médiocres s'adonnent, en France, à ces fonctions. Notre marchand est encore l'homme qui n'a pu subir les épreuves du baccalauréat ; et il sied bien d'avouer que le discrédit en lequel nos pères tenaient le négoce prépara cette infériorité. Officiers, magistrats ou fonctionnaires dédaignaient fort, au siècle dernier, le directeur de magasins. Tout fournisseur leur paraissait, en province surtout, une manière de valet.

Le mouvement nationaliste-antisémite fut une surprise indignée de l'aristocratie bourgeoise contre le succès des opulences acquises de 1875 à 1890 h l'ombre des comptoirs. Les demi-fortunes des* avoués, notaires, juges, professeurs et majors furent éclipsées soudain par la richesse du courtier qui soudoya le politicien radical, et

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