‹ La morale de la concurrence [microform]Chapitre 4 sur 9 · L’ALTRUISME PROFESSIONNEL · texte numérisé non relu

L’ALTRUISME PROFESSIONNEL

Dans les civilisations les plus avancées en évolution, la France, l’Angleterre, les États- Unis, la grande majorité des individus est employée à des fonctions productrices: agriculteurs, industriels, banquiers, commerçants; je comprends, dans ces fonctions, les médecins, qui produisent de la santé ; les avocats et autres gens de basoche, qui produisent de la sécurité dans l’exécution des ro ntrats.

L(j prod im/Ipii r ne jiroduit pas jMUir lui. il produit pour les autres. Doue, sa première Abligalion est de elieretier, non ee <jui Halte ses goûts, ses fantaisies et ses caprices, mais ce que désirent ceux à qui il s’adresse

et dont il veut conquérir la clientèle.

11 n «I donc pas besoin de se faire altruiste par obli^-ation pénible ei par effort. Il n apas l)esoin de se répéter : « Ton obligation morale t’ordonne de penser aux autres. »

Son propre intérêt l’oblige d’y penser. II ne peut faire de bénéfices qu’à la condition de leur donner le plus de satisfactions possibles. Il se préoccupe de leur bien-être à tout instant, et il ne demande même pas à l’humanité la moindre reconnaissance pour le mal qu il se donne pour elle.

Bien plus. Il ne trouvera pas mauvais qu’un concurrent essaye de faire mieux que lui; et d s eflorcera de le surpasser en qualité et en bon marché, pour le plus grand profit de tous les inconnus qui ont besoin du produit qu’il fabrique à leur intention.

Son sentiment embrasse l’humanité tout entière. Il ne se borne pas seulement à e.ssayer de faire jouir de ses produits ses compatriotes, il s efforce de les envoyer, sur tous les j)oints du globe, à des peuples dont il ne connaît même pas le nom et qu’il élève, par

cet échange, d’un degré dans la civilisation.

A côté de l'industriel, altruiste par nécessité, se trouve un autre altruiste qui n’agit que pour les autres, c’est le commerçant. Souvent il suggère à l’industriel telle ou telle nouvelle production. Il cherche sur tous les points du monde, tous les désirs auxquels il peut répondre. 11 n'attend pas même qu’ils se soient manifestés, il les provoque.

Le marin, qui part par la brume, par la tempête, qui passe ses nuits sur le pont ruisselant sous les embruns glacés, ne voyage pas pour son agrément, mais pour fournir à des populations, séparées par les mers, les objets que les uns veulent vendre et que les autres désirent acheter, ou pour transporter des voyageurs que leurs plaisirs ou leurs intérêts engagent à se déplacer d'un point à un autre.

Des gens ont travaillé et, au lieu de dépenser tout ce qu’ils gagnaient, ils se sont privés et ont fait des épargnes; ces épargnes, ils ne les gardent pas chez eux, dans la cassette d’Harpagon; ils les prêtent à un indus-

gatoire. Elles ne peuvent vivre qu’à la condition de le pratiquer avec une ardeur constante. Si l’une d’elles oublie un moment son devoir, elle est frappée d’une sanction immédiate : car, à côté d’elle, il y a des concurrents qui, plus pénétrés de leurs obligations, plus actifs, ne se relâchant pas, prennent l’avance; et elle doit disparaître ou faire de nouveaux efforts de sacrifice et de dévouement pour les rejoindre et les dépasser. Mais la plupart de ces concurrents continueront aussi leurs efforts; et tous ces efforts combinés ont toujours, de la part de chacun de ceux qui les font, pour résultat, l’avantage des clients.

Il y a un fait, dont beaucoup de ceux qui se sont engagés dans cette action, ne se rendent pas bien compte. Dans un régime de liberté économique, le producteur et le commerçant ont toujours plus besoin du client que le client n’a besoin d’eux.

Le client peut aller chez le voisin ; ils doivent employer toutes les séductions pour le retenir chez eux. Le client peut renoncer à tel

triel, à un commerçant, à un constructeur de navires. Au risque de les perdre, ils les confient à des tierces personnes pour qu’elles en fassent elles-mêmes usage au profit d’autres personnes, en les transformant en instruments de production et en produits.

Toutes ces personnes sont à la recherche de ce qui pourrait le mieux convenir aux gens pour qui elles travaillent et épargnent. Le transporteur maritime s’ingénie tonslesjours à assurer à ses passagers plus de sécurité et de confortable. Le capitaliste cherche tous les jours les moyens de permettre aux gens qui ont besoin de capitaux de les obtenir de la manière lapins avantageuse. Le négociant cherche par quelles combinaisons il pourrait bien trouver de nouveaux clients, c’est-à-dire rendre service à plus de personnes. Le prodiictfMir chen-he à produira toujours à meilhmr marché et mieux, de manière à roiirnir aux hesf.uus d un plus grand nombre de ]>ersouues. dans tle lueilleiii'es coiiditioiis.

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Il y a un fait, dont beaucoup de ceux qui se sont engagés dans cette action, ne se rendent pas bien compte. Dans un régime de liberté économique, le producteur et le commerçant ont toujours plus besoin du client que le client n’a besoin d’eux.

Le client peut aller chez le voisin ; ils doivent employer toutes les séductions pour le retenir chez eux. Le clientpeut renoncer à tel

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OU tel achat. Diogène lui prouverait que rien n’est indispensable ; il peut toujours remplacer les objets les plus nécessaires à la vie par des équivalents : à défaut de blé, il peut manger du riz, des pommes de terre, des châtaignes, du seigle ; à défaut de souliers, il portera des sabots; son vêtement, il le raccommodera et en prolongera la durée. Le producteur et le commerçant, eux, doivent toujours écouler leurs produits, sous peine de ruine. Il faut que le fermier se procure des ressources en vendant sa récolte, dont la garde est onéreuse, encombrante et sujette à des aléas, pour pouvoir payer son propriétaire, labourer sa terre, la fumer, l’ensemencer et vivre en attendant de nouvelles récoltes. Il faut que l’industriel vende pour amortir le capital qu’il a emprunté, afin de construire son usine, pour payer les intérêts du capital de ses commanditaires, pour payer à échéance les engagements qu’ils a pris envers ses fournisseurs de matières premières, pour payer chaque semaine ou chaque quinzaine ses ouvriers; et sa grande préoccupation est

de toujours avoir un débouché assez grand pour alimenter son outillage et entretenir son personnel.

A certains moments, il travaillera à perte, il mangera une partie de ses gains antérieurs, pour continuer à fournir à des clients des produits au-dessous de leur prix de revient, afin de ne pas transformer son outillage en vieille ferraille et de garder les ouvriers elles employés qui, quelquefois, se comptent par milliers, et qui seraient ruinés s’il ne faisait pas ces sacrifices, dont ils profitent en même temps que les consommateurs.

Cet industriel qu’on représente comme féroce, ce bourgeois qu’on représente comme

Sî^.-ï

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