‹ La morale de la FranceChapitre 41 sur 60 · BERNADOTTE · texte numérisé non relu

BERNADOTTE

et capitaine au bataillon des chasseurs républicains, Gouvion Saint-Cyr acceptait alors la pairie royaliste. Le maréchal Mortier se ralliait au nouveau pouvoir en même temps que le maréchal Oudinot, duc de Reggio, et que Dupont de Lélang, héros de Valmy. L'exemple de la défection avait été donné par Marmont,duc de Raguse, qui, oublieux d'avoir servi devant Toulon, en 1793, parmi les officiers terroristes, livrait, en 1814, son armée d'Essonnes à Talleyrand, et, avec elle, l'Empire, transformation militaire de la Convention nationale. Gorgés par Napoléon, ils le trahissaient à la façon de tous les prétoriens historiques.

On justifierait ces volte-face, en alléguant le réel désir d'une Charte constitutionnelle que refusait Napoléon, que concédait Louis XVIII, désir évidemment très sincère chez un La Fayette, chez un Fouché. Ils vouaient moins leur loyalisme à un parti qu'à l'idée libérale. C'était bien l'esprit de la Révolution. D'autre part, on tuait, on pillait, depuis dix-huit ans. Les peuples étaient las de mourir et les généraux de faire massacrer. Les défaites de 1813-1814 paraissaient aux maréchaux mêmes la punition attendue. Ils avaient en outre acquis du bien. Ils n'étaient plus les gueux de 1792, mais chamarrés, dotés et rentes, ducs, princes, rois. Les imaginations de leur adolescence famélique les intéressaient moins. A la guerre, les droits de l'homme sont quotidiennement piétines. Agissant comme des leudes mérovingiens, ils devaient en venir à souhaiter la forme sociale que fondèrent les barbades de Chilpéric. Ni Bernadolte en Suède, ni Murât dans Naples, ni Bonaparte à Paris, ne songèrent à régir leurs Etats selon les écrits de Jean-Jacques Rousseau, de Voltaire ou les visées de Danton qu'ils aimaient, autrefois. Soldats, ils

restaurèrent le pouvoir autocratique propre aux meneurs d'invasion.

Cela se put accomplir très simplement, très naturellement. Tels actes entraînent telles conséquences, d'après les lois . sociologiques. En 1830, on verra Marmont, ancien officier de la Convention, réprimer au nom du roi l'émeute de bourgeois parisiens réclamant le respect de la Charte.

Ces militaires professaient sur la conscience du citoyen des théories confuses qui s'adaptèrent à leurs besoins du moment. Après s'être tous alliés au comte de Provence, lorsque le sort de leur maître parut définitivement compromis, quelques gens ne s'étonnèrent point de s'offrir à Napoléon, puisqu'au retour de l'île d'Elbe il semblait reprendre du prestige. Murât tenait à son royaume. Ney se vengea d'humiliations subies à la Cour. Soult accepta de V Usurpateur, de V Aventurier, malmené dans sa proclamation royaliste, le titre de Major Général, et jDublia tout à coup un ordre du jour vilipendant les Bourbons. Les malins suivirent Louis XVIII à Gand. Ils devinèrent l'inutilité d'une lutte contre le monde excédé de meurtres, désireux de paix, surtout déçu dans ses espoirs de liberté par le monarchisme absolu de Bonaparte, l'ancien capitaine jacobin, l'ancien ami des Cabouvistes. Sauf Murât et Ney, qui périrent de leurs étourderies, ces braves maréchaux s'éveillent, après les Cent Jours, pairs de France, ultras, ministres. Gouvion Saint-Cyr a le portefeuille de la guerre. En 1819, Soult reçoit de la caisse royale 200.000 francs. Dupont de l'Estang, le jacobin de Valmy, énonce à la Chambre d'outrecuidantes propositions ultra-réactionnaires, de 1815 à 1830. Oudinot, qui, en 1791, avait été chef du bataillon des volontaires de la Meuse, se retire

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