U DÉBAUCHE, L'AVARICE ET LUMPOSTURE
à partager enfin tonte la vie et tous les crimes de don Juan , (c parce qu'un grand seigneur méchant homme est une terrible chose : il faut qu'on lui soit fidôle^ en dépit qu'on en ait^ et la crainte réduit d'applaudir bien souvent ce que l'âme déteste (1); » ce valet ^ nous le voyons se gâter, s'endurcir, imiter l'escroquerie du maître (2), engager le Pauvre à jurer un peu (3) ; et enfin , après le châtiment de don Juan y n'avoir d'autre sentiment en face .de cette mort effrayante , que le regret des gages qu'il perd (i) : ah ! que Thomas Corneille est loin de son modèle quand il l'envoie se faire ermite (5) !
Surtout, quelle hardiesse et qnelle vérité dans la leçon, venant de tout en bas au grand seigneur si haut placé, par la bouche du mendiant contre qui sa corruption échoue ! U a bien pu parler en l'air , comme tant d'autres, de l'enfer, à son valet; se moquer des croyances vulgaires en les assimilant aux superstitions , et mettre en avant son bel article de foi que deux et deux sont quatre (6) ; mais voilà un argument qui renverse tout cela : nn homme qui
(1) Le Festin de Pierre^ act. 1 , se. i.
(2) /d., ad. IV, se. iv.
(3) Id.j act. m , se. II.
(4) /d.,act. y, se. yii.
(5) n est englonti : je cours me rendre hermtte. L'exemple est étomiant à tons les scélérats . Malheur à qai le voit et n'ea profite pas I
(Th. Corneille , Le Festin de Pierre, act. V , se. iv.)
(6) Le Festin de Pierre , aet. III , se. i.
« aime mieux moarir de faim que de commettre un péché (1). »
Il y aura lieu de revenir sur dm Juan considéré comme esprit fort (2). Ici, c'est assez de montrer que Molière^ en nous divertissant^ pense et nous fait penser qu'il faut être vertueux , non-seulement par intérêt y mais pour la vertu même et pour Dieu qui nous la commande ; non-seulement pour nous y mais pour tous ceux qui nous entourent et dont nous sommes responsables.
C'est au même titre qu'on doit ici louer te Tartaffe (3) : nulle part un moraliste n'a mieux montré cette sorte d'air funeste que le vice répand autour de soi et fait respirer à ceux qui l'approchent. Si jamais l'adultère a été peint tel qu'il est, et non tel que le poétise M™® George Sand , c'est dans les scènes inimitables de Tartuffe suborneur (4). Voilà là luxure dans toute sa hideur morale, escortée par la cupidité et par l'hypocrisie. L'hypocrisie , Molière l'avait en horreur (5) : c'était pour lui le comble de la scélératesse (6) ; et il était d'avis sans doute que,
(1) Le Festin de Pierre, act. 111 , se. ii.
(2) Voir plus loin , chap. XI.
(i) Le Tartuffe, act. III, se. m ; ael. IV, se. iv.
(5) « Pour le faux dévot, Molière en a peur, il en a horreur du moins. » D. Nisard , Histoire de la Littérature française , liv. III , chap. ix , g i , Tartuffe.
(6) c Totius autem injustitise nulla capitalior est quam eorum qui , cum ma-