‹ La morale de MolièreChapitre 9 sur 31 · LA DÉBAUCHE , L'AVARICE ET UIMPOSTURE · texte numérisé non relu

LA DÉBAUCHE , L'AVARICE ET UIMPOSTURE

par sa cassette (1) , qu'il chérit trop pour faire un présent à sa maltresse (2) ou lui donner honnêtement à dîner (3) I C'est le tableau de Tavarice , non pas chez le pauvre qui enfouit furtivement quelques pièces d'or sous son foyer sans feu (4) y mais chez le riche bourgeois, dans sa grande maison^ où il pourrait vivre avec aise et honneur ^ entouré d'une heureuse et aimante famille^ dont il devient la honte et presque la perte (5),

Donc l'honnête homme de Molière déteste d'abord ces deux sources- fécondes de vice et de malheur : la luxure et l'avarice. Il ne les déteste pas seulement comme fait le monde , en admettant de temps en temps une trêve à la guerre^ et en signant quelque traité furtif avec l'ennemi : il les hait pour elles-mêmes , pour être honteuses et dégradantes , pour leurs suites inévitables , pour conserver à son cœur cette sensibilité de vertu qu'elles émoussent promptement ; il les hait pour sa famille, pour ses enfants et pour ses serviteurs ; il les hait pour Thonnmr, et pour n'être pas réduit par elles à revêtir la robe de Tar^ tuffe ^ et à se perdre absolument par l'hypocrisie ^ ce dernier et irréparable vice après lequel on ne peut plus se repentir. Car la passion qui a conduit Tartuffe

(1) V Avare f act. II , se. vi.

(2) /d., act. III , se. xu.

(3) Id., act III, se. I, II, m, v.

(4) Plaute , Aulularia, init. .

(5) Voir encore sur l'Avare , plus loin , chap. X.

LE SDICiDE ET LE DUEL. 37

à jouer 8on rôle scélérat , est autant cupidité que luxure : chez Harpagon j Tamour de l'argent n'aboutit qu'à la honte ; chez Tartuffe /\\ atteint au crime; et la pente est facile, de Tusurier qui prête au denier trois (1), à Fimposteur qui capte le bien des famil< les (S) ; aussi facile que celle qui entraîne don Jvun de la débauche à la mort.

Ces trois caractères du débauché , de l'imposteur et de l'avare y qui à eux trois offrent la réunion de presque tous les vices, prouvent que Molière observait lliumanité avec un sens moral. Dans ces peintures, son influence sur les spectateurs est évidemment utile, parce qu'il ajoute au tableau artistique des vices le tableau plus instructif de leur enchaînement et de leurs conséquences. Cette influence est bonne encore , à cause de la saine raison qui règne dans son esprit et dans son œuvre , sans que jamais l'art lui serve de prétexte ou d'excuse pour en violer les lois. Jusque dans les conceptions les plus hardies et les situations les plus hasardeuses, il garde un bon sens qui l'empêche de mettre sur la scène ces accouplements monstrueux de vice et de vertu , ces criminels sublimes , ces brigands héroïques qui remplissent tant de drames modernes, et habituent nécessairement le spectateur à s'imaginer que, même dans l'excès des passions les plus funestes , il peut y

(1) V Avare f act. II , se. i.

(2) U Tartuffe, act. III , se. th.

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