‹ La morale de SocrateChapitre 1 sur 60 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Parler de Socrate après tant de grands esprits, qui ont interprété sa philosophie, ce serait de la présomption, si nous ne nous étions proposé de le faire connaître et aimer des petits, e)i le leur monrant parle côté accessible à tous, sa morale aussi simple qu'élevée. Cette morale, nous ne la recevons pas directement du maître, puisqu'il n'a laissé aucun écrit ; elle nous est transmise par ses fidèles disciples, Platon etXénophon,avec le caractère qui leur est propre. L'historien rapporte surtout les faits avec la précision d'un annaUste ; le philosophe les juge à travers ce qu'il voit dans l'âme de Socrate. L'un s'attache à ce que dit et fait le maître ; l'autre, à ce qu'il est. Socrate ne nous semble pas plus diminué par le vulgaire bon sens deXénophon, qu'il ne nous paraît agrandi par l'enthousiasme sublime de Platon : il est ce qu'il est, entre la courte vue de l'un et la haute et profonde vue de l'autre qui contemple l'essence même de l'être. Sa vie nous

M™* JULES FAVRE. — Sooratc 1

parle avec plus d'éloquence encore que la grande voix de Platon. Aussi dit-il lui-même à ceux qui le pressent de songer à son apologie : « Ne vous semble-t-il pas que je m'en suis occupé toute ma vie ?» Et que nous dit sa vie, et sa mort, sanction suprême de sa vie et de ses enseignements ? Qu'il est l'homme le plus juste et le citoyen le plus parfait qui ait jamais existé. Détaché de toutes les vaines apparences, maître de ses désirs et de ses passions, il n'est soumis qu'à la loi de sa raison et de sa conscience. Fidèle au Dieu qui l'inspire, il ne vit que pour le servir en se dévouant à sa patrie et à l'humanité qu'il rappelle à la haute vocation de cultiver et perfectionner 1 ame, et de se rapprocher ainsi de Dieu. Cet homme accompli est le type de la perfection à laquelle peut atteindre l'homme, grâce à a la lumière qui est donnée à chacun en venant au monde». La splendeur qui l'environne n'est surpassée que par le divin éclat de « celui qui est doux et humble de cœur » et dont l'irrésistible attrait s'exerce, non sur quelques esprits d'élite, mais sur tous ceux « qui sont travaillés et chargés », c'està-dire sur toutes les âmes qui luttent et souffrent ici-bas.

Nous n'avons pas à comparer ici la morale de Socrate avec la morale chrétienne. Ce qui nous frappe, c'est que l'étude de son âme conduit Socrate au principe même de la doctrine chrétienne, au sen-

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liment d'une déchéance morale et à la nécessité de créer de nouveau et de perfectionner la nature divine de l'âme dont il ne voit la vie et le bonheur que dans sa ressemblance avec Dieu. Ainsi parait dans toute son évidence l'unité de la loi morale à laquelle Socrate rend le plus irrécusable témoignage. Et le maitre vénéré de l'antiquité nous semble être un précurseur du maître parfait qui, à la sainte majesté de la loi, unit la puissance infinie (le la miséricorde et de la charité.

Veuve Jules Favre, née Velten.

Sèvres, ce 24 août 1887.

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