CHAPITRE PREMIER
C'est par l'étude de l'âme, par la recherche constante de la vérité et de la justice, par la soumission parfaite aux injonctions de sa conscience, que Socrate s'est élevé à des notions religieuses plus pures que celles du paganisme grec. Tout ce que ses disciples, Platon et Xénophon, nous rapportent de ses paroles et de sa vie, nous prouve que l'observation fidèle des principes d'une morale supérieure lui a donné le sentiment, plutôt que la connaissance, du Dieu unique, parfait, créateur et maître souverain de l'univers, juste juge de toutes les actions et de toutes les pensées des hommes. La contem-
plation de « l'être qui éclaire toutes choses, qui est l'essence du bien», est, selon Socrate, «le terme pour ceux qui se sont distingués dans la conduite ». Mais, après l'avoir contemplé, ils doivent le suivre comme un modèle pour régler leurs mœurs. C'est donc par l'amour du bien que l'âme s'élève par degrés à l'intelligence de la vérité divine qui réagit à son tour sur l'âme pour la transformer à la ressemblance de Dieu par la pratique d'une morale plus pure et plus parfaite. A l'intégrité de la conscience correspond une illumination supérieure qui, pour se^maintenir et se perfectionner, doit produire sans cesse une vertu plus haute. Ainsi les révélations de Socrate sur Dieu, sur la nature et la destinée de l'âme, s'expliquent par la sainteté de sa vie, qui est la condamnation des méchants et le guide des gens de bien. Eclairé par la lumière divine, Socrate la transmet à son tour et nous montre par ses enseignements et son exemple l'harmonie parfaite de l'intelligence et de la volonté, de la science et de la vertu, transfigurant la vie publique et la vie privée.
Il sera temps de conduire au terme ceux qui à cinquante ans seront sortis purs de ces épreuves, et se sont distingués dans les sciences et dans toute leur conduite, de les contraindre à diriger l'œil de l'âme vers l'être qui éclaire toutes choses, à contempler l'essence du bien et à s'en servir après comme d'un modèle pour régler leurs mœurs, celles de l'Etat et de chaque citoyen, s'occupant presque
toujours de l'étude de la philosophie, mais se chargeant, quand leur tour viendra, du fardeau de l'autorité et de l'administration des affaires dans la seule vue du bien public et dans la persuasion que c'est moins une place d'honneur qu'un devoir indispensable. (République, livre VII, p. 381, traduction Chauvet et Saisset.)
Une des plus belles connaissances n'est-elle pas celle qui a pour objet les dieux, et ce que nous avons démontré avec tant de soin touchant leur existence et l'étendue de leur pouvoir ; en sorte que l'on sache, en ce genre, tout ce qu'il est permis à un homme de savoir ?
Sais-tu que deux choses nous conduisent à croire ce qui a été exposé plus haut touchant les dieux ?
La première est ce que nous avons dit de l'âme, qu'elle est le plus ancien et le plus divin de tous les êtres à la génération desquels le mouvement a présidé et à qui il a donné une mobile essence. L'autre est l'ordre qui règne dans les révolutions des astres, et de tous les autres corps gouvernés par l'intelligence qui a arrangé l'univers. Il n'est personne, quelque ennemi qu'on le suppose de la Divinité, qui, après avoir considéré cet ordre avec des yeux tant soit peu attentifs et instruits, n'entre dans des sentiments contraires à ceux que le vulgaire attache à cette considération.
Il n'est pas possible qu'aucun mortel ait une solide piété envers les dieux, à moins qu'il ne soit convaincu des deux choses dont nous parlons, savoir, que l'âme est le plus ancien de tous les êtres qui existent par voie- de génération, qu'elle est immortelle et commande à tous les corps ; et de plus, comme nous l'avons dit souvent, qu'il y a
dans les astres une intelligence qui préside à tous les êtres. Il faut encore qu'il soit versé dans les sciences nécessaires pour préparer à ces connaissances ; et qu'après avoir saisi le rapport intime qu'elles ont avec la musique, il s'en serve pour mettre de l'harmonie dans les mœurs et dans les lois. {Lois. XII p. 344.)