‹ La morale de SocrateChapitre 19 sur 60 · DROITURE. — VÉRACITÉ · texte numérisé non relu

DROITURE. — VÉRACITÉ

« La pureté, la vérité, et ce que nous appelons'i sincérité, dit Socrate, ne se trouvent que dans cei| qui est toujours dans le même état, de la mêmel manière, sans aucun mélange, et ensuite dansj

DEVOIRS DE l'homme ENVERS SON AME 107

({ui en approche davantage. » S'il fallait en-

iidre ces paroles dans leur sens absolu, Dieu ;i'ul serait pur, vrai et sincère, car seul il est tou- Diirs le môme, infiniment sage, juste et parfait. *1ais l'homme peut approcher de Dieu en rendant

Il âme libre ; et, dans cet état de sérénité, elle le vient clairvoyante pour discerner la vérité, oiirageuse pour la confesser en toutes circon- Linces, et forte pour la faire prévaloir, malgré outes les résistances des passions. Ainsi la sincéité et la droiture sont intimement liées à la tiireté et à la tempérance : Celui qui garde son nue de la souillure, la garde aussi de la fausseté [iii est une des souillures les plus odieuses à Dieu t aux hommes, si odieuse et si méprisable même {lie tous s'en défendent plus que de toute autre nipureté. « Il n'est rien, dit Socrate, que nous •raignions et que nous détestions davantage que de ;iger le mensonge en nous-mêmes. » Et il admet lilïicilement qu'on puisse mentir autrement que par ,^:uorance : « Le mensonge, ajoute-t-il, est donc, à proprement parler, l'ignorance qui affecte l'âme de

olui qui est trompé ; car le mensonge dans les paroles n'est qu'une expression du sentiment que lame éprouve: ce n'est point un mensonge pur, niais un fantôme né à la suite de l'erreur. »

Socrate considère la vérité « comme le premier ilo tous les biens pour les hommes » ; et il nous montre quelle importance il y attache, en vue du salut de l'État, puisqu'il exhorte les magistrats à

punir sévèrement celui qui blesse la vérité, « comme introduisant dans l'État, ainsi que dans un vais-] seau, un mal capable de le renverser et de le i perdre ». La vérité est, en effet, le fondement de i toute association humaine ; là où elle manque, il \ n'y a plus ni vertu, ni grandeur. ]

L'amour de la vérité donne à l'âme une noble j indépendance, une intrépidité à toute épreuve pour i rendre témoignage à la vérité; une soumission libre* et prompte pour la recevoir dès qu'on la reconnaît, j alors même qu'elle est en contradiction avec nos j préjugés et nos passions : « Je sais, dit Socrate, de , ces gens qui aiment qu'on les réfute, lorsqu'ils ne disent pas la vérité, qui aiment aussi à réfuter le&i autres quand ils s'écartent du vrai, et qui du restefj ne prennent pas moins de plaisir à se voir réfutés! qu'à réfuter. » Et il nous montre qu'il avait le culteî de la vérité, et qu'il avait parfaitement disposé son: âme à s'y soumettre en toute humilité ; car il ajoute :i « Je tiens, en effet, pour un bien d'autant plus grand d'être réfuté qu'il est vraiment plus avantageux d'être délivré du plus grand des maux que d'enj délivrer un autre. » I

La stabilité, la pureté, la vérité, et ce que nous appelons sincérité, ne se trouvent que dans ce qui' est toujours dans le même état, de la même manière, sans aucun mélange, et ensuite dans ce qui enap-j proche davantage ; et tout le reste ne doit être mis^ qu'après etdansun degré inférieur. {Philèbe^ p. 539.f|

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Quoi! tu ne sais pas que le vrai mensonge, si je puis parler ainsi, est également détesté des hommes et des dieux? — Qu'entends-tu par là? J'entends que personne ne veut loger le mensonge dans la partie la plus noble de lui-même, surtout par rapport aux choses de la plus grande importance; qu'au contraire, il n'est rien que l'on craigne davantage. — Je ne te comprends pas encore. — Tu crois que je dis quelque chose de bien relevé. Je dis que personne ne veut être trompé dans son âme tou- ' liant la nature des choses, et qu'il n'est rien que nous craignions et que nous détestions davantage que de loger le mensonge en nous-mêmes à cet égard. Le mensonge est donc, à proprement parler, l'ignorance qui affecte l'âme de celui qui est trompé, o.ir le mensonge dans les paroles n'est qu'une expression du sentiment que Tâme éprouve; ce l'est point un mensonge pur, mais un fantôme né à i suite de l'erreur. Le véritable mensonge est donc -paiement détesté des hommes et des dieux. (Répudique^ livre II, 138.)

Si le magistrat surprend en mensonge quelque itoyen que ce soit de la, condition des artisans.

Soit devin, soit médecin, soit charpentier (Od^/s-

v), il le punira sévèrement, comme introduisant

lans l'État, ainsi que dans un vaisseau un mal

■apable de le renverser et de le perdre. (IcL, p. 147.)

La vérité, pour les dieux comme pour les hommes, ( le premier de tous les biens. Celui qui veut être ureux ne saurait s'attacher trop tôt à elle, afin passer avec elle le plus longtemps qu'il pourra ; r riiommo véridique est sur; celui à qui le men-

M""^ JULES KAvuE. — Socratc. 7

songe volontaire plaît est indigne de confiance; et' celui qui ment involontairement est un insensé. Nij, l'Un ni l'autre de ces caractères ne doit faire envie, I parce que le fourbe et l'ignorant n'ont point d'amis ; et lorsque avec le temps ils viennent à être connus ^ pour ce qu'ils sont, ils se préparent pour la plus i triste saison de la vie une solitude affreuse, et telle : qu'on peut les regarder comme abandonnés de tout ; le monde, soit que leurs enfants et les personnes i qui leur sont chères vivent ou non. [Lois, V, p. 259.) ;

Que personne ne se rende coupable, ni en parole^ i ni en actions, de mensonge, de fraude, d'altération,! prenant en même temps les dieux à témoin qu'il ne trompe point, s'il ne veut être pour ces mêmes; dieux un objet d'exécration; car c'est se rendre digne ; de toute leur haine que de faire de faux serments au mépris de leur autorité. C'est la mériter encore, j quoique un peu moins, que de mentir en présence! de ceux qui valent mieux que nous. Or les bons valent mieux que les méchants, et les vieillards, généralement parlant, mieux que les jeunes gens ; > c'est pour cette raison que les pères ont la supériorité sur leurs enfants, les hommes sur les femmes i et les jeunes gens, les magistrats sur le simple | citoyen ; et on leur doit à tous du respect en toute ] espèce de gouvernement. Quiconque expose sur le ' marché des choses falsifiées, est sujet à mentir et ai tromper; il prend les dieux à témoin; et sans i crainte pour eux ni égard pour les hommes, il viole i avec parjure les lois et les ordonnances des ago- ■ ranomes. (Lois, XI, p. 251.)

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