‹ La morale de SocrateChapitre 24 sur 60 · LE BEAU CONDUISANT AU BIEN · texte numérisé non relu

LE BEAU CONDUISANT AU BIEN

Avec ce sentiment profond du beau qu'on pourrait ppeler le souvenir vivant de la beauté divine, on omprend que Socrate se soit fait de la poésie l'idée i plus élevée : « Quiconque, dit-il, se persuade que art suffira pour le faire poète, restera toujours ien loin de la perfection ; et toujours la poésie des âges sera éclipsée par les chants qui respirent une ivine folie. » Les poètes sont pour lui « les linistres de Dieu «, ainsi que les prophètes inspies. Ils doivent être si bien pénétrés de la grandeur

de leur mission qu'ils fassent sentir à ceux qui le : entendent que la divinité parle par leur bouche! De même Socrate veut que le statuaire et le peintr expriment par les formes toutes les impressions d • l'âme, tous les reflets divins qui transfigurent l! forme et le visage humains. « Mais quoi! dit-il ai i peintre Parrhasius, ce qu'il y a de plus attrayant i de plus ravissant, de plus aimable, de plus dési' rable, de plus séduisant, l'expression morale di l'âme, vous ne l'imitez point? ^ Le culte des arts es' pour Socrate un véritable sacerdoce qui doit éleve,| à la fois l'âme de celui qui s'y adonne, et de ceuii qui ont le privilège de contempler ses œuvres. C'est ainsi que l'admiration du beau devient un puissam

moyen de faire aimer et réaliser le bien. '

Il est une troisième espèce de possession et d^ délire, celui qui est inspiré par les Muses ; quand i.^ s'empare d'une âme naïve et vierge encore, il L transporte et lui inspire des odes et d'autre poèmes qui servent à l'enseignement des généra tions nouvelles, en célébrant les exploits des ancien héros. Mais quiconque ose, sans être agité par c< délire qui vient des Muses, approcher du sanctuaire de la poésie, quiconque se persuade que l'art suffiri pour le faire poète, restera toujours bien loin de 11 perfection ; et toujours la poésie des sages sera éclipsée par les chants qui respirent une divine foliej (Phèdre ou de la beauté, p. 329.) i

Le but pour lequel le Dieu se sert des poète^ comme de ministres, ainsi que des prophètes et

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dos autres devins inspirés, c'est qu'en les entendant, ikjus sachions que ce n'est pas d'eux-mêmes qu'ils disent des choses si merveilleuses, puisqu'ils sont liors de leur bon sens, mais qu'ils sont les organes i(3 la divinité qui nous parle par leur bouche. Tynnichus de Chalcide en est une preuve sensible. Nous n'avons de lui aucune autre pièce de vers que l'on (l.iigne apprendre par cœur, si ce n'est son Péan, que tout le monde chante, la plus belle ode peutêtre qu'on ait jamais faite, et qui, comme il le dit lui-môme, est réellement une production des \Iases. Il me semble que la divinité a voulu nous montrer en lui un exemple frappant, afin qu'il ne nous restât plus aucun doute si tous ces beaux ])oèmes sont humains et faits de main d'homme, mais que nous fussions assurés qu'ils sont divins et l'ouvrage des dieux, et que les poètes ne sont que leurs interprètes, quel que soit le dieu qui les possède. C'est pour nous rendre cette vérité sensible que Dieu a chanté tout exprès la plus belle ode du monde par la bouche du poète le plus médiocre. (Ion, ou de la poésie, p. 226.)

Quand il lui arrivait de converser avec des artistes vivant de leur travail, il leur était encore utile. Il entra un jour dans l'atelier du peintre Parrhasius, et eut avec lui cette conversation : « Dis-moi , Parrhasius , la peinture n'est-elle pas une représentation des objets visibles ? Ainsi les enfoncements et les saillies, le clair et l'obscur, la dureté et la mollesse, la rudesse et le poli, la fraîcheur de l'âge et sa décrépitude, vous les imitez à l'aide des couleurs ? — Tu dis vrai. — Et si vous voulez représenter des formes parfaitement belles, coimn§ il n'est pas facile de trouver uu homme qui

n'ait aucune imperfection, vous rassemblez plu- i| sieurs modèles, vous prenez à chacun ce qu'il a de Ij plus beau, et vous composez ainsi un ensemble j d'une beauté parfaite ? — C'est ce que nous faisons. :

— Mais quoi ! ce qu'il y a de plus attrayant, de plus ; ravissant, de plus aimable, de plus désirable, de \ plus séduisant, l'expression morale de l'âme, vous i ne rimitez point? ou bien est-elle inimitable? — ■ Mais le moyen, Socrate, de l'imiter? elle n'a ni pro- ' portion, ni couleur, ni aucune des qualités que tu ,1 as détaillées ; en un mot, elle n'est pas visible. — il Et ne voit-on pas chez l'homme les regards ex- J primer tantôt l'affection, tantôt la haine? — Je le v| crois. — Ne faut-il donc pas rendre ces expressions ]i des yeux? — Il le faut. — Quand des amis sontj heureux ou malheureux, la physionomie est-elle la J même chez ceux qui s'y intéressent ou chez les • indifférents ? — Non, ma foi ! Dans le bonheur des jj amis, la joie, dans leur malheur, la tristesse est i peinte sur les visages. — On peut donc repré- ^ senter aussi ces sentiments ? — Oui, certes. — Il en i est de même de la fierté et de l'indépendance, de < l'humilité et de la bassesse, de la tempérance et de , la raison, de l'insolence et de la grossièreté ; c'est j par la physionomie et par l'attitude des hommes, i debout ou en mouvement, que ces sentiments se ; produisent. — Tu dis vrai. — Il faut donc les imiter ? j

— Et qui crois-tu donc qui agrée le plus à voir, ou ' les hommes qui manifestent des sentiments beaux, i honnêtes, aimables, ou ceux qui n'en font voir que | de honteux, pervers et haïssables ? — Par Jupiter! ^ il y a bien de la différence, Socrate ! » i

Il entra un jour chez Cliton, le statuaire, et, s'en- i tretenant avec lui : « Te voilà, Cliton, lui dit-il, en < train de faire des coureurs en pierre, des lutteurs, des pugiles, des pancratiastes, je le vois et je 1^ ,

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!<:. Mais ce qui ravit le plus l'âme des hommes

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