‹ La morale de SocrateChapitre 23 sur 60 · LE BEAU · texte numérisé non relu

LE BEAU

A l'instinct du vrai se joint celui du beau pour diriger l'âme vers le lieu de son origine. Socrate^ nous fait comprendre que c'est tout autre chose quetj le goût ou l'amour des objets qui flattent notre vuej

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! 1- la beauté de leurs formes ou l'éclat et l'harmonie

leurs couleurs. Il distingue entre la beauté en l(3-même, ce type éternel de la perfection, et les

ses belles qui s'en rapprochent plus ou moins II' certaines qualités, sans que nulle d'entre elles

réunisse jamais toutes. Confondre ces objets avec

beauté, c'est, dit Socrate, « prendre laressem- ,irice d'une chose pour la chose même. » Et, pour i, c'est rêver, non vivre en réalité. La vraie vie, c'est de contempler le beau, soit en lui-même, soit 1 ce qui participe à son essence. » Ce sentiment ulTable qui cause à l'ame de divins ravissements, (3st, selon Socrate, que le souvenir des « essences u'faites, simples, pleines de calme et de béatitude 1 elle était admise à contempler quand elle était ire, libre encore de ce tombeau que nous appelons )lre corps. » Ce souvenir est plus ou moins distinct Ion que l'âme est plus ou moins détachée des coriptions de la terre. Grâce à la douce chaleur qu'en-

' ient sans cesse en l'âme l'émanation de labeauté, lo sent renaître ses ailes et s'élève vers l'infinie rfoction. Tout ce qui la lui rappelle ici-bas l'attire,

captive et la remplit de saints désirs, mêlés iieffables espérances et d'exquises tristesses : c'est

nostalgie du ciel que Socrate a exprimée avec ute la poésie de ce divin sentiment : « Quand un Hume aperçoit les beautés d'ici-bas, et qu'il se s souvient de la beauté véritable, son âme prend s ailes et désire s'envoler; mais, sentant son ipuissance, il lève, comme l'oiseau, ses regards

vers le ciel. » Tout ce que nous admirons ici-bail les splendeurs de la nature, l'harmonie de la forml humaine, les rayons célestes qui éclairent le visag! de l'homme de bien, la force calme et souverain! du génie, le pouvoir irrésistible et doux de la charitl et du dévouement, tout ce qui ravit et transport! notre âme, n'est qu'une faible image des choses d^ ciel qu'elle a contemplées avant sa chute et qu'ell contemplera encore après avoir retrouvé sapuretj primitive. Le saint enthousiasme que fait naître el elle la contemplation du beau est un sentimen! fécond qui produit en elle le désir et lui commu! nique la force de le reproduire dans ses œuvres ej surtout de le réaliser en elle-même par la justice ei la sagesse. S'il n'est pas donné à tous les hommes d'être les organes de la divinité, par le don de l'élo^ quence ou de la poésie, ni de rappeler à leurs semi blables la beauté idéale par des œuvres de génie^ tous peuvent et doivent s'efforcer de perfectionnai leur âme et de la rendre semblable au modèle divinj qu'elle voit plus distinctement à mesure qu'ell'j devient plus pure. j

Ne sont-ils pas ravis ceux qui peuvent s'élevet; jusqu'au beau en soi, et le contempler en lui-même li Qu'est-ce que la vie d'un homme qui, à la vérité.i connaît de belles choses, mais qui n'a aucune idé«^ de la beauté en elle-même, et qui n'est pas capabhi de suivre ceux qui voudraient la lui faire connaître "^i Est-ce un rêve, est-ce une réalité ? Prends garde 11 Qu'est-ce que rêver? N'est-ce pas, soit qu'on dormeti

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nt qu'on veille, prendre la ressemjjlance d'une

lose pour la chose même ? Celui, au contraire, qui

Mit contempler le beau, soit en lui-même, soit en

qui participe à son essence, qui ne confond point

beau et les choses belles, et qui ne prend jamais

s choses belles pour le beau, vit-il en rêve ou en

ilité ? Les connaissances de celui-ci, qui sont

iidées sur une vue claire des objets, sont donc une

•aie science ; et celles de celui-là qui ne reposent

le sur l'apparence, ne méritent pas le nom d'opi-

on. (République, livre V, p. 283.)

Nous étions admis à contempler ces essences irfaites, simples, pleines de calme et de béatitude,

les visions rayonnaient au sein de la pure lumière ;

nous étions nous-mêmes purs, libres encore de ' tombeau que nous appelons notre corps, que )us traînons avec nous comme l'huître sa prison, louant à la beauté, elle brillait parmi toutes les lires essences, et dans notre séjour terrestre, où h; efface encore toutes choses par son éclat, nous ivons reconnue par le plus lumineux de nos sens. a. vue est en effet le plus subtil de tous les organes i corps. Elle ne saurait pourtaat apercevoir la Li^esse; car nous sentirions des amours incroyables, ,

son image et les images des autres essences unes de notre amour s'offraient à notre vue aussi stiuctes et aussi vives. Mais maintenant c'est la ■lie beauté qui a ce privilège d'être à la fois l'objet le us frappant comme le plus aimable. L'àme qui n'a is un souvenir récent des mystères divins, ou qui 3st abandonnée aux corruptions de la terre, a lue à s'élever des choses d'ici-bas jusqu'à la parité beauté par la contemplation des objets ter-

restres qui en portent le nom ; si bien qu'au lieu dd se sentir frappée de respect à sa vue, elle se laisse!

dominer par l'attrait du plaisir Mais l'homme;

qui a été parfaitement initié, qui a jadis contempl^j le plus grand nombre des essences, lorsqu'il a reçu; par les yeux l'émanation de la beauté, il ressent, cette douce chaleur qui nourrit les ailes de l'âme | cette flamme fait fondre l'enveloppe dont la dureté! les empêchait depuis longtemps de se développer! L'affluence de cet aliment fait gonfler la tige dea' ailes, et elles brûlent de se répandre dans l'âmel tout entière ; car primitivement l'âme était tout! ailée. (Phèdre, p. 339.) . !

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Il est juste que la pensée du philosophe ait seule] des ailes; car elle s'attache toujours, autant que) possible, par le souvenir, aux essences auxquelles! Dieu lui-même doit toute sa divinité. L'homme qui; sait se servir de ces réminiscence^^ est initié sans'i cesse aux mystères de l'infinie perfection, et seul devient lui-même véritablement parfait. Détaché; des soins qui agitent les hommes et n'ayant plusj souci que des choses divines, la multitude prétend] le guérir de sa foHe et ne voit pas qu'il est inspiré.,|

Quand un homme aperçoit les beautés d'ici-bas,' et qu'il se ressouvient de la beauté véritable, soni âme prend des ailes et désire s'envoler ; mais, sen- i tant son impuissance,, il lève , comme l'oiseau, ses:l regards vers le ciel ; il néglige les occupations dufj monde, et se voit traiter d'insensé... |i

Toute âme humaine a dû nécessairement con- j templer les essences; autrement, elle n'eût pu; entrer dans le corps d'un homme. Mais les souve- ;

irs de cette contemplation ne s'éveillent pas dans )iites les âmes avec la même facilité ; l'une n'a fait Il entrevoir les essences ; une autre, après sa chute ur la terre, a eu le malheur d'être entraînée vers injustice par des sociétés funestes, et d'oublier les stères sacrés qu'elle avait jadis contemplés. Il .^1 seulement un petit nombre d'âmes qui en con- 'Tvent un souvenir à peu près distinct. Ces âmes, Msqu'elles aperçoivent quelque image des choses Il ciel, sont remplies d'un grand trouble et ne cuvent se contenir, mais elles ne savent ce qu'elles prouvent, parce que leurs perceptions ne sont ;is assez nettes. C'est qu'en effet la justice, la igesse, tous les biens de l'âme, ne brillent plus ;ins leurs images terrestres du même éclat qu'autre- )i.s ; mais c'est à peine si la faiblesse de nos organes • ■rniet à un petit nombre d'entre nous, en présence ■ ces images, de reconnaître le modèle qu'elles [présentent. (P/ièdre, p. 338.)

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