‹ La morale de SocrateChapitre 26 sur 60 · LE BEAU MORAL · texte numérisé non relu

LE BEAU MORAL

Mais pour que la contemplation du beau dans 'le onde viî^ible ait sur l'âme cette puissante influence lorale, il ne faut pas qu'elle se laisse captiver par :s belles images, au point d'oublier qu'elles ne sont ii'un moyen de nous rappeler l'idée, le souvenir de i beauté absolue. En perdant cette pure notion, l'âme, ainsi qne nous le dit Socrate, a peine à élever des choses d'ici-bas jusqu'à la parfaite 3auté par la contemplation des objets terrestres

qui en portent le nom; si bien qu'au lieu de se sentiij ! frappée de respect à sa vue, elle se laisse dominerij par l'attrait du plaisir. » Mais il n'en est pas ainsi, de celle qui est parfaitement initiée : « elle regarde j la beauté de l'âme comme plus précieuse que celle { du corps; en sorte qu'une belle âme, même dansi un corps dépourvu d'agréments, attire son amour!

et ses soins Ainsi sera-t-elle nécessairement!

amenée à contempler la beauté qui se trouve dan^ les actions des hommes et, après avoir parcouru dans l'ordre convenable tous les degrés du beau^l elle apercevra la beauté éternelle, incréée, impérisJl sable. » Mais ce serait se faire une idée bien fausset: de la contemplation de Socrate que de croire qu'ell^j consiste dans une simple vue de l'âme, plus oi^;^ moins distincte : pour le plus parfait des philoso^; phes, voir le beau, c'est l'aimer, c'est le réaliser | « Il pourra, nous dit-il, engendrer, non pas de| images de vertu, puisqu'il ne s'attache pas à de^^ images, mais des vertus véritables, puisque c'est à[j la vérité qu'il s'attache. » Ainsi la contemplatiorlj implique pour lui la vie, l'action ; car on ne réahse^ la vertu qu'en y pensant toujours : il faut l'enfantetj

douloureusemnt et la nourrir sans cesse. |

L'homme doit regarder la beauté de l'âme comme plus précieuse que celle du corps ; en sorte qu'une? belle âme, même dans un corps dépourvu d'agréj ments, suffise pour attirer son amonr et ses soins, et pour lui faire engendrer en elle les discours le^ plus propres à r6ndre la jeunesse meilleure. Par I^

CULTURE DE l'aME 141

il sera nécessairement amené à contempler la beauté qui se trouve dans les actions des hommes et dans les lois, à voir que cette beauté est partout identique à elle-même, et conséquemment à faire peu de cas de la beauté corporelle. Des actions des hommes il devra passer aux sciences, pour en contempler la beauté; et alors, ayant une vue plus large du beau, il ne sera plus enchaîné comme un esclave dans l'étroit amour d'un homme ou d'une seule action; mais, lancé sur l'océan de la beauté, et repaissant ses yeux de ce spectacle, il enfantera avec une inépuisable fécondité les discours et les pensées les plus magnifiques de la philosophie jus([u'à ce qu'ayant affermi et agrandi son esprit par cette sublime contemplation, il n'aperçoive plus qu'une science, celle du beau.

Celui qui, dans les mystères de l'amour, se sera élevé jusqu'au point où nous en sommes, après avoir parcouru dans l'ordre convenable tous les degrés du beau, parvenu enfin au terme de l'initiation, apercevra tout à coup une beauté merveilleuse, celle qui était le but de tous ses travaux antérieurs : beauté éternelle, incréée et impérissable, exempte d'accroissement et de diminution ; de laquelle participent toutes les autres beautés, sans que leur naissance ou leur destruction la modifie en quoi que ce soit. Si quel([ue chose donne du prix à cette vie, c'est la contemplation de la beauté absolue

Que penser d'un mortel à qui il serait donné de contempler la beauté pure, simple, sans mélange, non revêtue de chairs et de couleurs humaines et de toutes les autres vanités périssables? Penses- tu que ce serait une destinée misérable que d'avoir les regards fixés sur elle, que de jouir de la contemplation et du commerce d'un pareil objet?

Ne crois-tu pas, au contraire, que cet homme,

étant le seul ici-bas qui perçoive le beau par l'oragne j auquel le beau est perceptible, pourra seul engernj drer, non pas des images de vertu, puisqu'il ne! s'attache pas à des images, mais des vertus véri- 1 tables, puisque c'est à la vérité qu'il s'attache ? Or, i c'est à celui qui enfante et nourrit la véritable i vertu qu'il appartient d'être chéri de Dieu ; et si I quelque homme doit être immortel, c'est celui-là. surtout. [Banquet, p. 403.)

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