CAS DE CONSCIENCE SUR TINJUSTICE ET LE VOL
.Les théologiens prétendent communément, dit saint Liguori, qu'il y a matière grave lorsqu'on vole une somme suffisante pour nourrir un jour un individu et sa famille, selon leur condition, en comptant la nourriture, l'entretien et le logement. Mais cette règle très obscure et très vague ne pouvant être appliquée à tous les vols, il faut fixer une matière relativement grave dans les vols, relativement aux différentes conditions des hommes. Il faut exiger, ce semble, vingt sous par rapport aux pauvres, et quelquefois moins s'il s'agit de gens tout à fait nécessiteux; deux ou trois francs relativement aux ouvriers, qui gagnent leur vie en travaillant ; quatre ou cinq francs relativement aux gens aisés ; six ou sept francs à l'égard des riches ordinaires, et un peu plus à l'égard des gens très riches. C'est la doctrine commune.
B. à la 2® D. On peut fixer d'après cela la gravité des jpéchés de Nestor. 11 a commis un péché mortel toutes les fois qu'il a volé six ou sept francs, même chez un riche, et dix ou douze francs chez un prince. Pour ses autres vols, il faut l'interroger afin d'éclaircir la chose, et appliquer les règles exposées tout à rh«3ure pour la matière grave. D'ailleurs, en pratique, souvent cette gravité ne peut être déterminée, et le confesseur ne peut «avoir si le péché du pénitent est grave ou léger. Il faut alors s'en remettre à la justice divine.
CAS II
Des petits vols
Damase, paysan vivant dans le domaine de Gérard, lui a volé depuis plusieurs années, et à plusieurs reprises chaque année, soit un peu de blé pendant la moisson, ^oit quelques raisins à l'époque des vendanges. Ce-
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pendant/ il n*a jamais eu Tintention de continuer ; mais remarquant que ces petits vols forment une matière grave, il demande à son confesseur s'il a péché gravement, et s'il doit re3tituer la valeur sous peine grave.
D. Que décider au sujet de Damase?
jR. U n'a pas pcché gravement, s*il n'a pas songé à causer un préjudice grave ; mais il doit restituer sous peine grave, parce qu'il a causé un détriment grave, à moins qu'il n'y ait eu de Tinlervalle entre chacun de ces vols, qui ne seraient pas censés former une matière grave : c'est ce qu'on peut supposer dans ce cas.
CAS III
Toi des enfants» des domestiques
L Romaricus, fils de famille, a volé à son père, homme assez riche, huit francs une fois, et après un intervalle notable dix francs, dans différents petits vols ; il a dépensé tout cet argent à jouer et à boire.
H. Quirinus, domestique,avolésixfrancs à son maître, homme riche, et apiès plusieurs mois il a encore fait différents petits vols de victuailles et de boisson dans le même mois, pour la valeur de huit francs.
D. Romaricus et Quirinus ont-ils péché gravement?
11. Pour Romaricus, il ne faut pas l'accuser d'un péché grave, ni dans le premier ni dans le deuxième cas : pas dans le premier, parce que, selon l'opinion plus commune, la matière grave, pour un enfant de famille honorable, doit s'élever à dix francs ; ni dans le deuxième cas, parce que, s'il faut environ dix francs pour un péché grave de Romaricus, lorsqu'il vole cet argent en une seule fois, il faut environ une valeur de quinze francs dans les petits vols.
CAS DE CONSCIENCE SUR L'INJUSnCE ET LE VOL. 219
Quant à Quirinus, il a péché gravement en volant six francs à son maître, c*est Topinion commune des théologiens; mais non pas en faisant de petits vols de provisions, en principe, comme il résulte de ce qui a été dit.
CAS IV
Toi» des épouses
Gerasine, épouse de Ludomire, homme riche mais dur çt serré, pour ne pas dire avare, vole souvent de petites sommes à son mari pour nourrir sa mère pauvre ^t malheureuse, bien qu'elle sache que son mari se fâcherait s'il en avait connaissance. Elle vole aussi pour pourvoir à ses besoins futurs. Car, comme elle a apporté tttie très petite dot, et qu'elle n'a pas d'enfants de Ludomire, elle prévoit bien que si son mari vient à Courir, elle manquera de l'argent nécessaire pour garder ^^ distinction de sou rang.
D. Gerasine a-t-elle gravement péché?
R. Cette épouse prévoyante ne doit pas être excusée facilement, car elle a dépassé les Ijmites de la prudence humaine, et n'a pas eu assez de confiance dans la Providence divine. Car pourquoi ces calculs en vue d'un temps incertain? Pourquoi amasse-t-elle des biens qui ne lui appartiennent pas ? Comment sait-elle qu'elle mourra non pas avant son mari, mais longtemps après? Cependant, il faut lui pardonner jusqu'à un certain point, si son mari était vieux, infirme, et s'il était évident qu'il ne laisserait rien à son épouse sans fortune, parce que, dans ces circonstances, un mari doit songer à sa femme. A plus forte raison, il ne faudrait pas condamner une épouse qui, pendant que son mari dissiperait son patrimoine, déroberait de l'argent qu'elle réserverait
pour ses fils ou pour elle-même, s'il y avait eoirnnunauté de biens avec le mari.
CAS V
Habileté d'an tallleor
Genesius, tailleur très habile dans sa profession,
connaît le moyen de faire les vêtements avec moins de
drap que les autres, et garde ce qui lui reste comme
bénéfice de son adresse. Chargé, par un homme de
famille noble, d'acheter dix aunes de drap pour faire
un vêtement, il va trouver le marchand, et convient du
prix avec lui. Mais ayant découvert en déployant le
drap quelques déchirures, et remarqué en même temps
qu'il pouvait s'y prendre assez habilement pour ne pas
les employer dans les vêtements, et cependant faire
ceux-ci très convenables, il obtient du marchand un
rabais d'un tiers et n'en demande pas moins le même
prix à son client.
D. Que doit-on penser de Genesius ?
R. Notre tailleur peut se féliciter de son adresse sans aucun remords de conscience, car il a obtenu un juste rabais du marchand, et c'est grâce à son adresse que, malgré les déchirures du drap, il a pu faire un vêtement convenable. Il ne cause aucun préjudice à son client, puisqu'il emploie une marchandise solide et de belle qualité dans ses vêtements.
CAS VII
Ii*innooeii( condamné pour un antre
Audifax, en l'absence de Rodolphe, pénètre en secret dans sa maison, brise le coffre-fort, s'empare de trois