‹ La morale des jésuites. Avec une dédicace à m. FreppelChapitre 115 sur 270 · CAS DE CONSCIENCE SUR LUNJDSTICE ET LE VOL · texte numérisé non relu

CAS DE CONSCIENCE SUR LUNJDSTICE ET LE VOL

cents louis et s'enfuit. Rodolphe^ à son retour, reste d'abord étonné en constatant que son coffre-fort est ouvert et que l'argeat manque, puis il entre en fureur. 11 crie, il se lamente. Mais quel est le voleur, il rignore. Enfin, il soupçonne de ce vol son domestique Titius. Celui-ci est arrêté, emprisonné. Par un hasard malheureux, de graves présomptions pèsent sur lui. Car il y a des témoins qui rapportent qu'en l'absence de son maître, il est resté seul dans l'endroit du vol. Titius, épouvanté, fait au juge des réponses incohérentes et même contradictoires. Accusé du vol, il est condamné aux travaux forcés à perpétuité. Audifax, à cette nouvelle, tourmenté par la conscience de son crime, va trouver un prêtre, lui avoue tout, et lui demande ce qu'il faut faire dans un si grand embarras.

D. j". Audifax doit-il se livrer, devait-il le faire avant le jugement ?

D. 2«. Est-il tenu de réparer le préjudice fait au domestique?

D. 3®. Que doit répondre le confesseur?

jR. à /a 1" D, Que penser d' Audifax? Le voici amené par le repentir aux pieds de son confesseur, attendant sa sentence, tout en larmes. Que fera le prêtre ? Forcera-t-il son pénitent à réparer intégralement le mal ? Lui ordonnera-t-il non seulement de rendre l'argent dérobé, mais de se livrer au juge? Pas du tout. Il suffit qu'il indemnise en secret Rodolphe, et qu'il fasse pénitence de son péché. Je dis donc que notre Audifax n'est pas tenu de se livrer, même avant la condamnation du domestique, quand même il aurait pu par ce moyen empêcher la sentence injuste qui frappe Titus. C'est qu'Audifax n'a pas été la cause efficace de la condamnation, mais simplement Voccasion, ou la cause occasionnelle^ ou la cause éloignée. Or, nul

n'est tenu à réparer un mal, s'il n'en a été la cause véritable et efficace; donc... Le malheur du domestique doit être imputé à l'erreur des témoins et du juge ; mais Audifax n'en a pas été la cause efficace : donc il n'est pas tenu de se livrer pour prévenir ou réparer ce mal. Excepté le cas où Audifax aurait prévu ce résultat malheureux dans de telles circonstances, que l'accusation et la condamnation dussent atteindre très probablement le serviteur, ce qui n'arrive pas ordinairement.

R. à la 2* D. Non , ce qui résulte de ce qui a été dit. Ce n'est pas Audifax qui a été la cause des malheurs du domestique, mais c'est la seule erreur du juge. Donc il n'est pas tenu de les réparer. Cependant, la charité l'obligerait à délivrer un innocent d'une peine grave, s'il pouvait le faire facilement sans se livrer.

R. à laZ^ D. Généralement, dans un si grand embarras, les conseils du confesseur serviront peu; mais il faudrait l'engager à faire des domarches par lui-même ou par d'autres, près d'un personnage influent qui, sans divulguer l'affaire, s'emploierait près du chef de l'Etat et obtiendrait la grâce de Tinnocent.

CAS IX

Habileté d'nne senrante

Ursain exige pour sa table lesplats les meilleurs, mais aussi les denrées les moins chères; homme impatient, il a l'habitude de s'emporter et de blasphémer, si on ne lui obéit pas avec zèle. Que fera la servante, placée entre le marteau et l'enclume? Elle trouvera un moyen d'arranger la chose et d'avoir la paix avec son maître. Yoici. Elle achète les meilleures denrées au marché ou

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dans les magasins, au prix ordinaire, et feint de les acheter moins cher. Pour agir ainsi, elle a soin, à l'insu de ^n maître, de garder toujours de l'argent sur elle.

D« Suzanne a4-elle agi injusten^ent vis-à-vis de son maître?

jR. La servante Suzanne n'a commis aucune injustice à l'égard de son maître, parce qu*elie ne pouvait pas faire autrement. Placée enlre Tenclume et le marteau, pouvait-elle éviter les coups? Cependant, qu'elle cesse d*agir ainsi lorsqu'elle le pourra, car la chose n'est pas sans péril et semble trop séduisante ; et surtout, qu'elle se garde de mentir.

CAS X

Compensation €»ccnlte

I. Augustin e^st condamné par le juge à payer Antoine, qu'il a déjà certainement payé. Il obéit à la sentence ; mais à l'occasion il use d'une compensation occulte à l'égard d'Antoine.

II. Albert, serviteur, est engagé par Médard à entrer à son service ; il accepte, mais sans faire aucune condition pour le salaire, s'en remettant à l'appréciation de Médard. Un an après, Médard lui donne des gages inférieurs à ceux des autres domestiques de cette espèce. Aussi Albert, sans aucun scrupule, juge bon d'avoir recours à une compensation occulte, pour compléter le gage le moins élevé des autres serviteurs.

in. Marc, autre serviteur, en servant son maître, brise, par inadvertance, un vase de cristal. Son maître, irrité, lui en retient la valeur sur ses gages. Marc s'indemnise par une compensation occulte.

D. 1'®. Augustin a-l-il pu avoir recours à cette compensation ?

D. 2®. Et Albert, pour compléter les gages les moins élevés qu'on donne d'habitude aux domestiques ?

D. 3®. Et Marc a-t-il pu reprendre par une compensation occulte la partie de ses gages qu'on lui relient ?

R. àla V D, D'après le droit naturel , Augustin peut avoir recours à une compensation occulte, s'il n'a pas d'autre moyen de reprendre ce qui lui appartient. Il ne cause aucun préjudice à Antoine, puisqu'il ne fait que reprendre ce qui lui appartient. Et n'objectez pas la sentence du juge. Le juge n'a pas le pouvoirde donner à quelqu'un ce qui ne lui appartient pas, et sa sentence, fondée sur une erreur de fait, est matériellement injuste ; or, le droit ne peut venir de l'injustice, quoique matérielle.

R. à la 2^ D. A parler juste, Albert ne doit pas être condamné ; parce que, s'il n'y a pas de convention, il a le droit implicite de toucher au moins les plus faibles gages que reçoivent les autres domestiques. Ainsi ce serviteur ne réclame que ce qui lui est justement dû.

R. à la 3*^ D. Que penser de Marc? Il ne faut pas le condamner s'il a eu recours à cette compensation occulte pour s'indemniser, dans le cas où il a brisé ce vase précieux involontairement, sans commettre de faute théologique ; parce que nul n'est tenu de réparer un malheur involontaire, si ce n'est dans le for extérieur, après la sentence du juge, comme on le dira plus bas à propos d'une injuste condamnation. Donc, le maître ne peut exiger la réparation du malheur, et le serviteur a pu reprendre ce qu'il n'était pas tenu de payer ; car Marc ne pouvait être obligé que par sa conscience ou par un jugement. 0r, il n'y a aucune obligation juridique dans cette hypothèse, puisqu'il n'y a pas eu de jugement, ni aucune obligation venant de la conscience.

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