yoy(V5, en outre, Rousselot, pages
2. Étonnez-vous après cela que ceux qui s'imprègnent de. cette morale arrivent aux plus monstrueux résultats. J'ai établi dans mon Rapport sar la proposition de loi de M. Barodet (Instruction primaire), que dans ces deux dernières années, nos tribunaux, peu suspects cepen-' dant, ont condamné pour . crimes et délits d'attentats aux mœurs, environ quatre fois plus (proportion gardée) d'instituteurs congréga* niâtes gne laïques.
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cerveau du jésuite, qu'il se laisse dominer par elles en maints sujets où elles semblent n'avoir absolument que faire. S'agit-il de Tignorance invincible, il prend comme exemple les enfants ce qui egerunt de se illicita » (p. 6) ; de la volonté indirecte, c^est Lubain et ses tentations charnelles (p. 15) ; d'un effet de la violence, c'est Suzanne (p. 7), ou Bertine et son maître (p. 17) ; de la conscience erronée, c'est Ferdinand, George, Gustave, enfant de dix ans, et ses « tactus turpes » sur sa cousine germaine (p. 38), etc., etc. (Voir surtout les Cas sur la confession.) S'agit-il de la théorie générale du péché par intention, le seul exemple qui lui vienne à l'esprit, c'est que « en confession, lorsqu'on s'accuse du désir de fornication, il faut déclarer les circonstances de parenté, d'affinité, de mariage, de chasteté, qui sont relatives à la personne désirée », (Comp. t. I, n®167). Puis, avec quelle richesse d'invention il détaille les cas réservés (p. 385 et suiv.), et les empêchements au mariage (p. 463 et suiv.), avec l'immonde roman de Ludimille (p. 464), et des cas par centaines, qui sautent aux yeux dans toutes les régions du livre. Et de quelle façon bassement lubrique il envisage toujours la question du mariage ; devoir conjugal, consommation du mariage, reddition et pétition du devoir, il ne pense qu'à cela. Et quelles solutions habiles, faites pour avoir toute maîtrise sur la femme, partant sur le mari.
Mais le fait le plus intéressant qui se dégage de cette partie de notre étude, c'est le mépris profond que le
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jésuite a pour la femme. Dans la pratique quotidienne delà vie, il n'est sortes de caresses mystiquea, d'on-^ dulations câlines de la Yoix et au geste qu'il n'invente pour la séduire. Ici ce sont les assemblées mystérieuses et nocturnes, où l'on va, yeux baissés sous.le voile et rasant les murs, avec soupirs, prédications, musique, encens, enivrement des sens inférieurs, au fond des chapelles obscures et sonores où le pas se fait furtif, où le lustre haut placé hypnotise ; ailleurs, les sociétés de propagande ou de bienfaisance, confréries où le jésuite sait mettre en œuvre depuis les côtés les plus étroits de la vanité, du désir de jouer un rôle, mal satisfait par la société actuelle, jusqu'aux plus nobles élans de la bonté, de la générosité féminines; partout, ce sont manifestations de respect, de reconnaissance, d'amour : ils ont mis la femme sur l'autel, et ont exempté la Mère de Dieu non seulement de tout péché, mais de la tache originelle elle-même. La Mar riolâtrie domine le Christianisme, et cela d'après les fils de Loyola.
Fort bien, voilà pour le monde, pour le dehors, pour la politique, pour la domination, car le maiti'e de la femme est le maître de l'homme. Mais écoutez comme ils en parlent lorsqu'ils sont entre eux, loin des mystiques oreilles des zélatrices et des porte-bannières. Us prennent à leur compte les brutales paroles de l'Ecclésiaste : « Du vêtement vient la teigne, de la femme le mal de l'homme (p. 551) ». « Gravez-vous dans l'esprit cette vérité, dit Gury : Mieux vaut la
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Biéchancelé de rhomme que le bienfait d'une femme » (p. 419). Dans toutes leurs dissertations, le profond i^é pris qu'ils ont pour la filled'Eve, la première corruptrice^ se manifeste, souvent sous la forme la plus grossière. J'en pourrais citer cent exemples que le lecteur rencontrera en route ; qu'il me pardonne d'en rapporter un, bien curieux à plusieurs points de vue. Le casuiste se demande s'il faut baptiser les enfants nés du commerce d'une bête, et d'un être humain : Oui, répond-il, s'il s'agit du produit d'un homme et d'une bête-; non, s'il s'agit de celui d'une femme et d'une bête, car dans le premier cas seulement il peut être réputé un descendant d'Adam! (p. 546).
Ainsi la femme n'est, aux yeux du jésuite, qu'une sorte de terrain où peut germer la plante humaine ; elle n'appartient à l'espèce de l'homme que par cette réceptivité nourricière. Aussi ne demandez pas au casuiste de comprendre quoi que ce soit aux nobles sentiments qui sont l'honneur de Thunianité. Il ne sait ce qu'est l'amour, il ne connaît que la fornication. Il souille de ses rêveries malsaines tout ce qu'il y a de plus saint, de plus pur au monde. Ce n'est pas seulement le lit des jeunes époux, dont il scrute les mystères avec une lubricité insatiable, au fond de laquelle frémit la jalousie ; ce sont les chastes entretiens des fiancés qu'il surveille obliquement; les baisers de la sœur et du frère, du père et de la fille, de la mère et du petit enfant (p. 521), qu'il flétrit de ses impurs soupçons, et aussi les premiers frissonnements de l'âme qui s'é-
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veille, les jeux de renfance qu'il hait et calomniô (p. 539). Sur toutes ces joies, sur toutes ces tendresses, sur toutes ces grâces exquises, on retrouve sa trace visqueuse, comme la bave du limaçon sur les plus brillantes fleurs.
S'il ne sait ce qu'est l'amour, ni même la pudeur * il ne sait pas davantage ce qu'est la délicatesse, la génè rosité, le dévouement S l'amitié, la dignité personnelle, le devoir civique, l'amour de la patrie ; il ignore si profondément ces nobles choses qu'il n'en connaît pas même le nom. Vous ne trouverez pas un sçul de ces mots dans la Morale de Gury. Tout ce qui fait battre le cœur de l'humanité le laisse froid. Ne lui parlez pas de progrès, de fraternité, de science, de liberté, d'espérance : il ne comprend pas ; il hache menu, dans son coin obscur, les consciences erronées, les compensations secrètes, les rectrictions mentales, les péchés honteux, et de tout cela il essaie de composer je ne sais quel électuaire pour abrutir et asservir l'humanité.
Car il abaisse tout ce qu'il touche. Supprimant la conscience, livrant le libre arbitre aux mains d'un directeur, faisant de la délation — même envers le confesseur, qui lui est suspect comme généralement séculier — un moyen de gouvernement des âmes, rétré-
1. Voyez l'incroyable thèse soutenue par le jésuite, que se livrer à d'autres, en avoir des enfanls, n'est pas porter préjudice à son fiancé, (p. 454.)
2 Ni pour son pays, dont il n*cst jamais question chez les jésuites, lesquels n'ont point de patrie; ni pour ses semblables, car nul n'est tenu de se dévouer pour autrui ; ni même pour son époux malade, dont l'abandon est excusé, ordonné même, lors du danger, (p 529.)
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eîssant les horizons, coupant les ailes, éternisant autour de la pensée et de la conscience le crépuscule, pire que la nuit, car tout y devient douteux et prend des aspecta de fantôme : voyez ce qu'il a fait de tous ceux sur qui il a mis la main. Je ne dis rien du clergé français, dont les représentants actuels prendraient en mauvaise part Tantithèse à établir entre eux et leurs prédécesseurs. Mais la noblesse française, si vive, si fière, si généreuse malgré sa légèreté, cherchez-la, tout affadie, sans res« sorts, bardée non plus de fer, mais de scapulaires et dé cordons bénits. Et cette bourgeoisie au robuste et sage esprit, amoureuse de travail, de progrès et de liberté, voyez-là, impuissante, épeurée, livrée à toutes les réactions. Et ils allaient saisir la magistrature, ils élendaient la main vers Tannée, ces deux sauvegardes d'une nation ! Âh ! il était temps vraiment qu'on ouvrit les yeux; car plus habiles encore que Simon, le magicien maudit, ils ne vendaient plus seulement à prix d'argent les choses saintes, mais ils vendaient aussi les biens matériels au prix de quelque mômerie pieuse.
Heureusement, parmi ceux qu'ils abêtissent, il faut les citer eux-mêmes, en première ligne. En trois siècles, on Ta remarqué souvent, ilsn'ont pas produit un homme de premier ou même de second rang; mais, ils ne semblent pas s'en apercevoir : à Richelieu ils opposent tranquillement Bellarmin, Suarez à Pascal, Rapin à Corneille, et Nonotte à Voltaire.
Ah! ce n'est pas impunément qu'on soumet son cœur et son esprit à une telle discipline ! J'ai souvent.
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eû lisant les jésuites, éyoqué dans mon esprit l'image de ce que serait un produit bien complet de leur fabrircation intellectuelle et morale. Tenez, il me semble le Yoir, tandis que j'écris, glisser là-bas, discrètement, dans> l'ombre du mur. Non qu'il prenne toujours le masque humilié que lui donne 'la comédie : il a souvent le verbe haut et l'attitude arrogante. Mais vous le reconnaîtrez à ceci que vous ne verrez jamais ses yeux, car les Constitutions et ses maîtres lui ont enseis^né à tbu>-' jours « regarder plus bas que celui auquel on parle »; sa secrète pensée vous échappera et ses lèvres serrées ne le trahiront point. Mais tel qu'il est, jeune ou vieux, humble ou hardi^ s'il s'est bien imprégné de ses auteurs, de Gury seulement, défiez- vous de lui, défiezvous-en tous.
Défie-t-en d'abord, ô jeune fille ! Ne dis pas que tu es sans crainte, parce qu'il s'est uni à toi par les fiançailles, un demi-sacrement. Car si ta fortune disparait, ou si la sienne s'accroit, il t'abandonnera sans remords,, avec l'autorisation de son directeur (p. 418, 452). Il en aura même le droit, s'il y a entre toi et lui une notable différence de situation (p. 447) et cela quelles qu'aient été ses protestations antérieures (p. 525). Défie-toi de lui, car si, échauffé par ses lectures malsaines, il te conduit à mal, même après solennelle promesse de mariage, il pourra t'abandonner de même,, toi et ton enfant (204, 280, 470). Défie-toi de lui,, même s'il t'épouse, car d'abord il peut, par le plus simple des procédas, faire annuler au bout de deux
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mois ua mariage qu'il déclarera n'avoir pas consommé (p. 421), et te laisser, affolée et déshonorée* Dé(ie-toi de lui,. car si, en prononçant les paroles sacramentelles, il a eu très certainement l'intention de ne pas contracter mariage, ton mariage sera nul, entends-le bien (p. 458, 459). DéGe-toi de lui, comme il se défiera de toi, car il sait, si tu es élève des mêmes maîtres, que ta peux, sans remords, et persuadée que tu ne lui causes «c aupun préjudice », te livrer à d'autres avant ton mariage, et lui cacher TelListence d'enfants mis par toi au monde (p. 419, 454).
Défie-toi de lui, toi sa femme, si quelque maladie t'atteint qui se puisse communiquer, car sa loi morale ne Toblige pas à te donner des soins qui pourraient lui être funestes (p. 329). Défie-toi de lui, comme il se défiera de toi, car tu pourras l'abandonner aussi, et d'autre part le casuiste t'autorise à puiser dans sa caisse d'une façon inquiétante (p. 175, 219).
Défie-toi de lui, toi, son père ; car sMl n'ose plus, en plein dix-neuvième siècle, te dénoncer aux juges criminels lorsque tu deviens hérétique ou proscrit, il sera autorisé à violenter ta conscience à l'heure suprême (p.* 115) ; car pour se cacher en quelque couvent, et cela à ton insu ou malgré toi (p. 116) il t'abandonnera, vieux et misérable, persuadé qu'il fait une action agréable à Dieu (p. 346). Défie-toi de lui, car s'il ne peut plus se réjouir d'hériter de toi après t'avoir tué (p. 550), il lui sera du moins licite de « se réjouir de la succession que ton meurtre lui