Ou distingue la probabilité
1° Intrinsèque ou extrinsèque, selon qu'elle se fonde sur des raisons tirées de la chose même, ou sur lautorité ;
2® De droit ou de fait, fondée sur l'existence d'un droit et de son application, ou sur quelque fait ;
3** Spéculative ou pratique , suivant qu'on considère la chose d'une manière abstraite ou par rapport à l'action ;
4" Absolue ou relative, selon qu'elle apparaît telle à tous, ou à un seul, ou à un petit nombre ;
5° Solitaire ou comparative, selon qu'elle apparaît telle, considérée en soi, ou comparée avec l'opinion contraire ;
6° Certaine, douteuse ou légère, selon les motifs sur lesquels elle s'appuie.
On distingue trois sortes de probabilité comparative : i» majeure, 2° mineure, 3** égale. Toute proposition peut être plus, moins ou aussi probable que la proposition contraire, suivant les motifs plus, moins ou aussi solides sur lesquels elle s'appuie. Mais l'opinion plus probable admet différents degrés, car elle est un peu ou notablement plus probable que ceux de l'opinion contraire. On l'appelle très probable, si elle a pour elle un motif très sérieux. C'est celle, dit saint Liguori, qui s'appuie sur un fondement très sérieux. Aussi l'opinion contraire est dite probable d'une manière légère ou douteuse.
En outre, une opinion est sûre, plus sûre, ou moins sûre, selon qu'elle favorise simplement la loi, ou qu'elle la favorise plus, ou qu'elle la favorise moins. Donc, l'opinion plus probable n'est pas toujours plus sûre, puisqu'une probabilité plus grande peut être pour la liberté.
Différents systèmes sur la probabilité.
53. — ^ 1«^ Le tutiorisme absolu ou le rigorisme^ selon lequel il faut toujours suivre Topinion plus sûre, c'est-à-dire celle qui favorise la loi {legi favens), à moins qu'il n'y ait de certitude en faveur de la liberté. Celte opinion a été réprouvée par l'Église.
2® Le tutiorisme mitigé, d'après lequel il est permis seulement de suivre l'opinion la plus probable, qui favorise la liberté.
3® Le probabiliorisme, d'après lequel on doit suivre l'opinion favorisant la loi, à moins que l'opinion contraire ne soit plus probable.
5* Vd^quiprobabilisme^ d'après lequel il n'est pas permis de suivre l'opinion moins sûre, à moins qu'elle ne soit aussi probable, ou à peu près, que l'opinion contraire.
5® Le probabilisme, d'après lequel on peut suivre Topinion moins sûre et moins probable, pourvu qu e* sa p'robabilité soit vraie et solide.
6® Le laxisme, d'après lequel il est toujours permis de suivre les opinions légèrement probables ; mais ce système a été condamné, comme on le verra plus bas.
Les théologiens, selon leur opinion sur la probabilité, ont reçu différents noms : rigoristes, tutioristes, mitigés, etc.
54. — 1<> La probabilité, par sa nature, exclut nécessairement la certitude morale ; car c'est par là seulement qu'elle peut en diflérer.
2° Toute probabilité, si grande qu'elle soit, en présence de l'opinion contraire devenue certaine, est détruite.
3° On doit sûrement regarder comme probable une opinion regardée comme telle par la plupart des théologiens, ou même regardée comme vraie absolument par cinq ou six théologiens distingués par leur honnêteté, leur jugement et leur science, à moins qu'il n'y ait une raison certaine contre cette opinion.
4^ Un* homme savant et honnôle regarde comme sûrement probable une opinion qu'il a examinée avec soin, et qu'il croit vraie ou sûrement probable pour des motifs sérieux, lorsqu'il en juge en dehors de toute passion irrégulière.
5® Quant à la probabilité intrinsèque du droit, seuls les théologiens très savants et très versés dans la morale peuvent en juger, parce que seuls ils peuvent savoir qu'on ne peut leur objecter rien de certain.
6** Un homme médiocrement savant peut juger de la probabilité extrinsèque d'une opinion si, connaisant bien l'état de la question, il la voit affirmée par des autorités au-dessus de toute exception, c'est-à-dire très approuvées parmi les théologiens.
7® Dne seule autorité, au-dessus de toute exception, apportant une raison que les autres n'ont pas examinée ou sufBsamment expliquée, et expliquant bien elle-même les raisons des autres, peut rendre son opinion sûrement probable, quoique opposée à l'opinion commune.
8** Un homme ignorant entendant dire à un autre, qu'il regarde comme honnête, prudent et savant, qu'une opinion 1 est sûrement probable , peut la . considérer comme telle ; car il ne peut en juger par lui-même et il n'a pas d'autre moyen d'en connaître la probabilité extrinsèque.