‹ La morale des jésuites. Avec une dédicace à m. FreppelChapitre 50 sur 270 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

Des péchés capitaux

On les appelle ainsi parce qu'ils sont comme les têles ou les sources des autres péchés. Considérés en général, ils sont plutôt des vices que des péchés proprement dits.

Il y en a sept : Forgueil, Tavarice, la luxure, Tenyie, la colère, la paresse, la gourmandise.

CAS I

Sar la gravité du péché.

Mœvius, homme de bonne volonté et assez pieux, inquiété la nuit et le jour par diverses tentations dont il est la victime, ne sait souvent s'il a donné son consentement. 11 est particulièrement inquiet à cause de certaines hallucinations, ou même d'actions indécentes dont il a été victime pendant un léger sommeil, à ce qu'il lui semble.

D. Mœvius a-t-il gravement péché?

R. On lui enjoindra d'être sans inquiétude. Car il ne paraît pas avoir donné son consentement, du moins d'une manière parfaite, à la tentation.

CAS n

Distinction spéciflque des péchés

Alexandre se confesse d'avoir eu des désirs mauvais, mais sans en indiquer l'objet, ni la condition des personnes.

D, Devait-il confesser toutes ces circonstances ?

R. Oui, Sa confession est incomplète... Si la femme qu'il désirait était mariée, ou àa parente, ou liée par le vœu de chasteté, il aurait dû le déclarer.

CAS m

Distinction spécifique des pécliés

Nicolinus a péché le dimanche, et même un jour qu'il a communié, avec Berthe, sa servante, qui est sa cousine au troisième degré ; dans sa confession il dit seulement qu'il a eu des rapports [rem inhabuisse) avec une femme.

D. A-t-il péché contre l'intégrité de la confession?

R. Sa confession est mauvaise en ce qu'il a omis la circonstance spécifique du péché commis avec sa parente. Mais il n'était pas tenu de déclarer qu'il s'agissait de sa 'Servante; parce que le péché ne devient pas ainsi uoe espèce nouvelle, à moins qu'il ne s'agît d'une adolescente confiée par ses parents au soins du maître, auquel cas il serait intervenu un quasi-contrat.

CAS IV

Distinetion numérique des péchés

Basile, poussé par une grave tentation contre la chasteté, donne son consentement intime à un mauvais désir; il se propose de pécher réellement (efficaciter) ^ et en cherche l'occasion toute la journée, renouvelant mille fois son désir sans jamais le chasser. Enfin, profitant d'une occasion, après avoir tenu des propos obscènes et fait des gestes indécents, il accomplit l'acte externe du péché. Poussé par le repentir, il fait cette confession : ce J'ai commis une fois le péché de fornication. »

D. Basile s*est-il confessé correctement ?

R. Il a fait une confession complète, car il n'a commis qu'un péché. En effet, les actes antérieurs n'ont eu qu'un même but mauvais, et se confondentavec lui en uû même objet.

n LA MORALE DES JÉSUITES.

CAS YI

Distinction numérique des péchés

Delphin, voulant séduire une jeune fille, emploie dif- Jtérents moyens dans ce but : des propos peu chastes et caressants, des lettres d'amour, des gravures obscènes, des. attouchements déshonnétes; mais, au moment d'accomplir son péché, par un hasard fortuit, il ne peut le consommer.

D* A-t-il commis plusieurs péchés ? ''y

R. — Il a commis autant de péchés qu'il y a 4-'f^<b8 mauvais d'espèces différentes.... Car, le péché Q^Ufa|t pas été consommé, tous ses divers moyens, mjamais chacun en soi, ne peuvent pas être rapportés à une Sa commune, et se confondre avec la consommation du péché.

CAS YIII

Des péchés Internes

Biaise, qui a- la joie facile, éprouve de grands plaisirs pour plusieurs motifs. D se réjouit :

1** De la mort de son frère, parce qu'il reste seul héritier.

2^ De la mort de son fils âgé de cinq ans, à cause da bonheur de celui-ci, et de la diminution de charges qui en résulte pour la famille.

5® De ce que la veille, ignorant qu'il y avait jeûne et abstinence, il a échappé à cette obligation pénible sans pécher.

4° En entendant des femmes du peuple se disputer

entre elles, en redoublant d'injures et de coups. 11 se réjouit aussi d'entendre raconter un vol fait habilement.

D. Que penser de la joie de Biaise dans chacun de ces cas?

R. Biaise, dans plusieurs cas, doit avoir regret de sa joie, si cette joie n'a pas été spontanée , mais bien le résultat d'un acte pleinement délibéré; dans presque tous les cas il faut l'excuser.

1^ Il pèche gravement en se réjouissant de la mort de son frère, s'il se réjouit de cette mort en elle-même, bien qu'il ne le fasse pas en haine de la personne, mais parce qu'il doit recueillir seul l'héritage paternel ; parce qu'il n'est pas permis de se réjouir du mal d'un autre, finrContd'un frère, à cause de l'avantage qui en résultera. G^srt œ qu'établissent la treizième et la quatorzième ]|^rii^sition condamnées par Innocent XI ^ Carilnepour-

: ' 1 . Ces propositions, condamnées le 2 mars 1679, sont ainsi conçues : - 13. — ce Si on le fait avec modération on peut, sans péché mortel, s'affliger de la vie et se réjouir de la mort naturelle d'une personne, la demander et la souhaiter avec un désir inefficace, non par haine pour la personne, mais en vue d'un avantage tempcNrel. » .

14. — <E II est permis de désirer la mort de son père, non en Tue du mal qu'il en éprouvera, mais en vertu de l'avantage qui en résultera, c'est-à-dire d'un riche héritage. »

n y avait en outre une proposition :

■ 15. — a Un fils peut licitement se réjouir d'avoir, étant ivre, tué son [ière, à cause des richesses que lui procurera son héritage. >

Cette dernière monstruosité émanait du jésuite Fagundez (Lib. IX in JDecalogum). Le^ jésuite Gobais qui l'accepté, s'explique fort longuement à ce sujet :

« Gomme on suppose, d'une part, que le parricide a été fait innocemment par le défaut de délibération causé par l'ivresse, et qu'il n'a point été prémédité auparavant, et que d'ailleurs ce parricide a pour effet de grandes richesses, effet qui est bon,. ou du moins qui n*est certainement pas mauvais, il s'ensuit que cette doctrine du P. Fagundez, qui pourrait parùtre paradoxe, est vraie dans la spéculation, quoiqu'elle puisse être dangereuse dans la pratique. » (p. 437.)

Tambourin multiplie les espèces, et fait un tableau plus complet :

« Un fils peut-il souhaiter la mort de son père...., pour jouir de son hérédité ?

«"Une mère peut-elle désirer la mort de sa fille pour n'être point obligée

rait désirer la mort de son frère pour cette raison, donc il ne peut s^en réjouir. Il en serait autrement s'il ne se réjouissait pas de la mort de son frère, mais seulement de ses suites, c'est-à-dire de l'héritage qui lui revient.

de la nourrir et de la doter? Un ecclésiastique peut-il souhaiter la mort de son prélat dans la vue de lui succéder ou d'être délivré de ce prélat qui lui est contraire, et autres choses semblables? Si vous désirez seulement ou que TOUS appreniez avec joie ces événements , savoir, une sucoenûm, la fin de vos chagrins, une prélature, etc., la réponse est facile, car il vous est permis de désirer ces choses et de les recevoir, parce que vous ne vous réjouissez pas du mal d'autrui, mais du bien qui vous airive. » (p. 429.)

La Croix : « Il est permis de désirer 1» mort du prochain, ou de s'en réjouir, lorsqu'il en résulte un très grand bien, même temporel, pour le public ou pour l'Église, d

Cardenas : « Il sera permis à un fils de se réjouir de l'héritage qui lui vient par la mort de son père, sans se réjouir de la mort même. J> (p. 4-22.)

Ceanedi : a Je puis souhaiter la mort de mon père ou comme mau» vaise pour lui, et cela n'est pas permis.,... ou bien comme m'étant avantageuse, et alors il faut distinguer : car, premièrement, je puis me complaire, tant dans le bien qui m'arrive de la mort de mon père, que

dans la mort même de mon père, qui est la cause de ce grand bien

Secondement, je puis me réjouir pleinement du bien qui m'arrive par la mort de mon père, et non de sa mort, qui me procure ce bien. De la

première manière, cela n'est pas permis c'est permis de la seconde ;

caralbr» je fais abstraction, mais je me réjouis uniquement du bien.

(( Il faut se rendre familière cette doctrine ; car elle est utile à tous ceux qui désirent quelque bien, et qui ne peuvent l'avoir que par la mort d'auhui, comme s'il s'agit de qucli[]ues emplois ou charges de paix ou de guerre de dignités ecclésiastiques ou séculières 9 (p. 458). '-

On voit, par ces extraits, et par le Cas même de Gury, que la condamnatien prononcée par Innocent XI a été aisément tournée par les jésuitea.

Mais ce qui dépasse l'imagination, c'est de voir une aussi infâme dOç^ trine prêohée, en plein dix-neuvième siècle, aux petits enfants. Ouvrez le. Petit Gaiéchimîe deMaroUe (4* édition, 1870, p. 181). Yoict ce que à vous y lire* :

« D. Bst-il permis de désirer une mauvaise action ou de s'en réjouii*, à cause de l'avantage qui doit en résulter?-

« R. Il n'est jamais permis de désirer une mauvaise action ni de s'en réjouir, quel que soit l'avantage qui doive en résulter ; ainsi un fils ne peut se réjouir du meurtre de son père, à cause de la riche succession qu'il en retire. Mais il est permis de se réjouir d'un avantage, quoi qu'il résulte d'un mal; par exemple, un fils peut recueillir avec plaisir la succession que lui procure le meurtre de son père. »

CAS BE GONSICENGE SUR LES PÉGHÉS 75

2^ Il faut excuser Biaise dans le deuxième cas, parce que le motif qui le pousse ne porte pas atteinte au principe de charité , puisqu'il ne songe qu'au bien de son fils et à celui de toute la famille. Mais il ne faut pas Texcuser pour la joie qu'il ressent de cette mort à cause du soulagement qui en résulte pour la famille ; car ce serait en réalité contraire au principe de charité.

CAS XV

Sar l'iYresse

Gaudiosus, homme habile à vider les bouteilles, a coutume de boire des heures entières avec des camarades. Le dimanche surtout, lorsque, pendant la nuit, il hante les cabarets» déiiant les autres ivrognes à boire. Mais lui, qui porte supérieurement le vin, ne perd jamais l'usage de sa raison, bien qu'il ait la tête lourde et les pieds titubants. Tout en buvant, il blasphème, profère des mots et des chants obcèncs, comme font les buyeurs.

D. Gaudiosus a-t-il gravement péché?

R. Les théologiens admettent communément qu'il n'y a pas de péché mutuel par ivresse, s'il n'y a privation volontaire et totale de la raison. Donc, en principe, Gaudiosus n'est pas incriniinable dépêché mortel, bien qu'il ait bu plus que les autres. Je dis en principe, car il pèche gravement, s'il provoque tellement les autres à boire qu'il coopère ainsi gravement et efficacement à leur ébriété.

CAS XVI

Sur riwresse

Gaudeatius s'enivre en buvant fort peu. Trou vaut sou-

vent l'occasion de boire dans les tavernes, il est sourent: ivre. La plupart du temps, lorsqu'il est pris de vin, il a l'habitude de s'endormir; maisun jour, devenu furieux, il brise un vase en cristal fort précieux, appartenant à Titus.

D. 1'®. Gaudentiuspèche-l-il gravement? ^

D. 2. Est-il tenu de réparer ce dégât ?

R. à la V^ D. Gaudentius ne peut être excusé d'un grave péché, car il sait, par une longue et triste expérience, qu'il lui faut peu de vin pour s'enivrer dans ces sortes de fréquentations; il aurait donc dû, ou bien s'abstenir tout à fait de vin, ou bien y mettre une quantité notable d'eau, ou bien fuir ses fréquentations habituelles. 11 en serait autrement s'il s'enivrait rarement, comme par hasard, contre son attente.

jR. à la 2® D. Mais on ne peut l'obliger à réparer sa faute, car il est évident qu'il n'a pas prévu le mal qu'il a fait dans son ivresse. Donc ce mal n'a été volontaire ni dans son acte ni dans sa cause; donc il n'y a pas de faute théologique; donc, en conscience, on ne peut le forcer à réparer le mal.

CAS XVII

Snr riwresse.

Hypacus, médecin, toutes les fois qu'il fait une opération difficile, par exemple une amputation, administre au malade une forte dose d'une liqueur enivrante ou une quantité notable d'opium ou d'éther, afin de l'insensibiliser et de lui enlever toute douleur.

D. Que penser dllypacus?

R. Hypachus pèche gravement, selon saint Liguori, et

généralement les autres théologiens, en faisant boire au malade une liqueur €;nivrante, parce qu'il cherche directement Fébriété comme un moyen pour opérer, de sorte qu'un bien résulte d'un mal : or, il ne faut jamais faire le mal pour en retirer du bien. — Mais, selon quelques-uns, Hypachus ne pèche pas, parce qu'il ne cherche pas directement Tébriété : car l'effet visé directement est l'engourdissement des sens, et l'effet permis purement est la suppression de la raison ; or la suppression de la raison pour un temps court et à cause d'un motif grave, ne paraît pas un mal intrinsèque. Et, en réalité, comme on emploie l'opium et l'éther en pareil cas, on peut aussi employer le vin.

185. — La vertu est Thabitiide d'agir honnêtement selon le bon ordre. On distingue des vertus :

1. Naturelles ou surnaturelles, selon qu'on les acquiert et qu'on les conserve par ses forces naturelles ou par le secours de la grâce surnaturelle.

2. Innées ou acquises, selon qu'elles sont données par Dieu ou acquises par des actions répétées.

3. Théologiques ou morales, selon qu'elles ont rapport immédiatement à Dieu, ou qu'elles ont l'honnêteté pour objet immédiat.

Il y a quatre vertus morales cardinales, qui sont la prudence, la justice, la fermeté, la tempérance.

Mais nous parlerons surtout ici des vertus théologales : la foi, Y espérance^ la charité.

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