ART. I. — NATURE DD VOL
605. — Le vol consiste à enlever ce qui ne vous appartient pas, malgré la volonté raisonnable du maître.
On distingue :
Le vol simple, ou fait en secret; La rapine^ s'il y a violence ouverte ; Le vol sacrilège, s'il s'agit d'une chose sacrée. Le vol est un péché grave de son espèce, parce qu'il est tout à fait contraire en principe à la loi naturelle. . . .
606. — D. Quand y a-t-il matière grave dans un vol ? A. Elle ne peut être rigoureusement déterminée....
607 . — R. Pour qu'il y ait matière regardée relativement comme grave..., il faut : 1<^ Une valeur d'un l'ranc pour les pauvres, et un peu moins pour les très-nécessiteux; 2^ environ 2 ou 3 francs, pour les ouvriers, qui vivent au jour le jour; 3® environ 4 ou 5 francs, pour les gens médiocrement riches; 4^ environ 6 ou 7 francs, pour les gens riches.
Pour qu'il y ait matière absolument grave, il faut, suivant Topinion commune, deux ou trois pièces d'or, valant environ £ francs chacune. Mais il faut bien se rappeler que plus l'argent est rare, plus il prend de valeur *.
1. De tout temps, les jésuites ont établi le degré de criminalité du Tol, non d'après ses circonstances, comme le fait le droit laïque, mais d'après le montant de la somme volée et Tétat de fortune du volé. C'est la théorie de Tolct, Navarre, Solus, Gordon, etc., pour ne citer que le^ •plus anciens.
Cette préoccupation de la somme volée les a môme menés à une bien bi2arre conséquence.
Vasquez dit que c le vol de trente pièces d*or est un péché plus grave que la sodomie », ce que Gutmeniu$ explique fort doctement ainsi : < Le plus grave péché est celui qui viole la plus grande vertu. Or, le vol est l'opposé de la justice qui est une plus grande vertu, la
182 Li MORALE DES JÉSUITES.
608. — D. Quand y a-t-il matière grave pour les vols des épouses, des enfants et des domestiques?
JR. Il est certain pour tout le monde qu'il faut davantage pour constituer la matière grave dans les vols des épouses ou des enfants que dans ceux des étrangers
Plus probablement, la somme doit être double ; mais on ne peut donner de règle générale
Pour les domestiques, cela dépend aussi de la libéralité ou de la sévérité des maîtres, de la qualité et de la nature de l'objet enlevé, par exemple, s'il est comestible ou non, gardé sous clef ou non ; suivant beaucoup d'auteurs, les petits vols de nourriture et de boisson ne deviennent jamais mortels
609. — D, De petits vols peuvent-ils, en se réunissant, constituer une matière grave?
JR. Oui absolument, s'il s'agit de petits vols au détriment de la même personne «
Oui, selon l'opinion commune, s'il s'agit de petits vols au. détriment de différentes personnes. . . . . . .
610. — D. De petits vols s'unissent -ils pour former tout , s'il y a entre eux un grand intervalle de temps ?
R. Non, selon l'opinion commune; parce qu'après ungran<
intervalle de temps, de petits vols ne sont pas censés s'unir, d'après Topinion commune des hommes, et par suite n(
sodomie de la chasteté, qui en est une plus petite. Donc j> (p. 365.J
Cette doctrine est acceptée et enseignée aux petits enfants : « D. Quelle quantité est requise en matière de vol pour un mortel ?
c R. Il est diflicile de déterminer, avec une exacte précision, la valeur" ^^ requise pour un péché mortel ; cela dépend non seulement de la chc volée, considérée en elle-même, mais encore de la condition et de besoins de la personne à qui elle appartient, du dommage que cette personne souffre, etc. Ainsi, un vol de dix francs, même au préjudice^^^ des plus riches, est toujours péché mortel ; mais à l'égard des pauvres, des ouvriers, de ceux qui sont dans Vaisance, un vol d*un franc, d( deux ou trois francs^ de quatre à cinq francs estaussi péché mortel.
« D. Plusieurs petits larcins peuvent-ils faire une matière grave et snffisnnte pour un péché mortel?
a R. Oui, et il en C8< ainsi lorsque ces petits larcins sont moralemeoi unis entre eux, et qu'il en résulte un dommage notable. »
{Petit catéchisme de Marotte,)
constituent pas un seul objet en morale. En outre, ou ne voit pas de grave préjudice fait au propriétaire, puîsqu'il peut à peine s'en apercevoir, et il n'est pas censé gravement oppose à la chose.
D. Quelle est la durée d'un grand intervalle ?
R. Selon l'opinion plus probable, il ne faut pas plus de deux mois, selon d'autres il faut un an