CHAPITRE H
De la diffamation ART. I. DU VICE DE DIFFAMATION
445. La diffamation est la violation injuste ou le denigrement de la reputation d'un autre par des paroles non publiques
La diffamation est dile simplement teUe, si la renommee
ment un mal, car ce ne serait qu'a raison du mensongc qu'il pourrait y avoir du mal. D'ou on conclut encore qa'il n'y a point de parjure a affirmer avec sentient cc qu'on dit de cette maniere, car par ce serment on ne prend pas Dicu a tSmoin d'un mensonge, puisqu'il n'y a point la de mensonge. (P. 500).
Si quelqu'un a promis ou contracte exterienrement sans intention de promettre, interroge par le juge, et somme de declarer sur la f'oi du serment s'il a promis ou s'il a contracte, il peut simplement dire que non ; parce que cela peut avoir un sens legitime, savoir : Je n'ai pas promis d'une promesse qui m' oblige. Et il a un sujet legitime de rdpondre ainsi, parce qu'autrement, ne pouvant prouver le deiaut d'intention, il serait condamne a payer ce qu'il ne doit pas en elfet, ou k cohabiter avec une personne avec laquelle il n'a pas veritablement contracte. C'est ce qu'enseigne au long Navarre.
Filliutius : a II faut distinguer deux manieres selon lesquelles Ics personnes quiont du jugement peuvent se servir de ramphibologie.- La premiere consiste a avoir intention de ne dire exlerieurement que des paroles malerielles ; et pour une plus grande sfirete lorsqu'on commence a dire : je jure, il faut ajouter tout has celte restriction mentale : qtfaujourdhui, et continuer tout haul : je n'ai pas mange telle chose; ou Lien : jsjure^ tout has, guejedis, et repondre tout haul, que je n'ai pas fait ceci ou cela; car tout le discours est vrai de cette maniere. *
La seconde fagon consiste a avoir 1'intention de ne pas achever la phrase par des paroles exterieures seulement, mais aussi avec une restriction mentale, car il est libre a tout le monde d'exprimer sa pcnsee en tout ou partie. Pour les ignorants qui ne savent pas concevoir en partieulier ce que c'est qu'ampHibologie, il suffit qu'ils aient intention d'aiiirmer ou de mer, dans un sens vrai en lui-meme, et pour cela il est ne"cessaire qu'ils sachent qu'ils peuvent aussi nier dans quelque sens veritable,
du prochain est violee par la revelation d'un crime vrai : on 1'appelle ca/omme, si Ton in verite un crime faux. Out peut la faire directement ou indirectement.
autrement ils ne pourraient pas parler dans un sens conforme a la verite.* (P. 309).
F. de Castro Palao montre en ceci un esprit de prevision etde prudence au-dessus de touteloge : Toutes les fois qu'il se presente un juste sujet de deguiser la verite, 1'onpeut sanspeche f'aire un serment amphibologique, comme les exemples cites et la raison alleguee le prouvent ; parce qu'un tel serment conlient justice et verite; et puisqu'il est utile de le preter, il ne met point le jugement en defaut : il n'est done vicious par aucun endroit.... Ainsi, quand meme celui qui interroge voudrait exclure toute equivoque, qu'outre le serment sur le fait, il demanderait un autre serment de ne point calomnier, et exigerait que vous jurassiez de dire la verite sincerement et sans equivoque, vous pourriez encore user d'un serment amphibologique et mele de restriction, parce que vous pouvez lous-enlendre que vous jurez sans aucune equivoque injuste. II n'est en ffet aucune proposition qui se puisse prendre d'une maniere si etendue qui ne soil susceptible de quelque restriction dans 1'esprit. (P. 313),
Busembaum : Ce n'est point une restriction menlalc, si quelqu'un repond suivant la pensee de celui qui rinterroge, quoique les paroles qu'il profere 'en repondant soient f'ausses en elles-memes , si elles n'elaient point dites en de telles circonstances. Par exemple, si quelqu'un medemande si j'ai tue Caius; je reponds : je ne 1'ai point tue, quoique je 1'aie tue. Je ne mens point, je ne peclie point, a (P. 339).
Mais la palme revient, ce semble, autant qu'en peut juger un humble laique, incompetent en morale, a Ckarles-Antoine Casnedi, qui a profile de 1' experience de ses devanciers.
Je vais mainlenant, dit ce grand homme, examiner une nouvelle maniere de ne point mentir, et cependant de cacher en meme temps la verile; et cela non en~se taisant, mais par le discours meme.
Cette maniere consiste a ne parler que materiellement, et a prononcer des paroles sans intention de leur faire rien signifier, comme si en effet elles ne signifiaient rien : tout comme lorsque je prononce le mot blictri, ou comme lorsque quelqu'un prononce des paroles qu'il n'entend point. Car les paroles, tirant pour ainsi dire leur vie de 1'intention qu'on a qu'elles signiiient quelque chose, il s'en suit que sans cette intention, les paroles qu'on prononce sont comme des paroles mortes, ou des especes de cadavrcs de paroles ; qu'elles n'ont alors aucun sens formel pour signifier les choses qaelles devraient signifier par leuv
institution. (P. 525). .
En supposant une fois que ce mot :je nesais , je ne I at- pas fait, ou d'autres semblables, ne ugnifient rien dans le cas ou il faut
TRAITE DU YIH PRECEPTE DU DECALOGUE. Ib
-446. Toute diffamation directe, simple ou calomnieuse, est mortelle en soi, car elle est un peche plus grave que le vol. Mais la graviteoula le'gerete de la diffamation doit etre appre'ciee surtout en consideration de la gravite du dommage cause, et noil de celle du crime attribue au prochain. On doit done tenir compte de la valeur du diffamateur et de celle du diffame.
4'47. Iln'est jamais permis d'attribuer a quelqu'un un crime sans cause, comme il resulte de la 44 e proposition condamneepar Innocent XI. Mais il est permis de reveler le crime vrai et each? de quelqu'un quand on a une juste cause.
Ces jusjes causes sont : 1 L'inte'ret notable du revelateur^ par exemple, pour demamler aide ou conseil en matiere grave, mais en prenant garde de ne pas avoir le desir de diffamer; 2 L'inte'ret du de'linquant, pour son instruction, sa correction, etc.; 3 L'interet public, pour empecher quelque mal menacant 1'etat, la religion, ou quelque communaute; 4 L'inte'ret grave, meme prive, de 'celui qui e'coute ou de quelque autre *.
parler, et cependant cachcr en meme temps le secret du coeur , on explique aisement comment : a Non seulement il n'y a point, mais meme il ne peut y avoir de mensonge dans celui qui parle, car personne ne ment que par des paroles qui signifient quelque chose d'opposea cequi est dans 1'esprit
<t Celui qui jure malerieliement ne jure point. Car pour jurer, il faudrait se servir de ce mot, je jure, comme significatif du serment. Done celui qui sesert de cc mot je jure, comme n'etant point significatif, ne jure point. -s> (P. 327).
Grfyoire de Valence, cct homme illustre ditle jesuite Glair, qui fut pris en flagrant delit de falsification de textes devant le pape Clement VIII (voir La Fusee d'un jesuite, par Lanjuinais, 1879, p. 64) avait eu la meme idee, mais il ne 1'avait pas aussi clairement exprimee. II proposait de donner au mot cheval la valeur du mot homme) a obole celle de ducat, etc. Mais ce n'etait pas Ires pratique.
1. Le Petit CaUckisme de Marolte ne manque pas de reproduire ces exceptions qui detruisent toute la regie, Lien qu'en prenant soin de trier quelques especes admissibles, pour faire passer les principes:
D. N'est-il jamais permis de publier les fautes ou les defauts dn prochain?
K. II est permis de les publier, quand ily anecessite, e'est-a-dire ?
448. D. Peche-t-on gravemeut en revelant 1'unique peche morlel d'un autre?
R. Ce n'est pas toujours peche mortel, lors meme qu'on fa revele a plusieurs.
449. D. Peut-on reveler un crime public a ceux qui rignorent?
R. Oui, sans peche grave.
D. Peut-on reveler un crime publie, dans un lieu oft il est ignore?
R. Oui, plus probablement en soi, et sans peche grave, s'il s'agit d'un lieuvoisin
455. ... Ce n'est pas pecher mortellement de malparler de quelqu'un d'ignore ou d'indetermine dp dire, par exemple: il y a danstel lieu beaucoup devoleurs, d'lvrognes, d'impudiques ; car personne ne souffre une grave injure. De meme, il n'est pas grave de rapporter un crime de quelqu'un que les audiceurs n'ont pas connu et ne connaitrontjamais meme s'il est nomme : cela meme ne contient aucune faute en soi :
456. II n'y a pas de peche, du moins grave, si, seulement pour se consoler, en laissant de cote toute intention de dcnigrer, on raconte a un ami 1'injure qui nous a ete faite, bien qu'il puisse en resulter du deshonneur pour I'auteur. Aussi, selon 1'opinion probable, excuse-t-on, du moins d'un peche mortel, les serviteurs racontant les injures que leur ont faites leurs maitres, les epouses celles de leurs maris, les enfants, de leurs pores, les ecclesiastiques, de leur prelatj etc., parce que 1'auteur de 1'injustice ne petit s'en facher raisonnablement, et exiger cette chose si difficile
1 quand le bien de la religion ou de 1'Etat y est intere?se; 2 quand celui qui divulgue les fautcs ou les vices d'un autre le fait pour son propre avantage ; par exemple, pour sedefendre centre la calomnie, pour dcmandcr conseil ou secours d;tns une alia ire grave; 5 quand le bien de celui qui a fait une faule ou qui a des defauts caches exige que sa conduite soil connuede ceux qui sont en position de le corriger; 4 enfin quund des tiers ont interet a connaitre la vie et les mffiurs d'un malfaileur pour se mettre en garde contre le dommage qu'ils -peuvent en recevoir. >
TRAtTfi DU VIII 9 PRfiCEPTE DU DfiCALOGUE. 155
que la personne blessee soit privee des consolations et conseils necessaires.