CAS SUR LE YIH- PRECEPTE DU DECALOGUE
sens scion lequel on pouvait justement 1'interroger. Aussi, en repondant qu'il'n'a rien cache, c'est comme s'il avail dit n' avoir comrais aucune injustice centre ses creanciers, puisque c'est settlement dans ce sens que le juge et les creanciers peuvent 1'interroger.
Et il n'a pas peche dans le second cas pour la meme raison, parce qu'on ne 1'interroge que sur sa dette, s'il a regu de 1'argent emprunte et s'il ne 1'a pas rendu.
Ni dans le troisieme cas \ du moins selon 1'opinion probable et commune, qiii regarde comme purementpenales ces lois concernant le transport des objets d'un lieu dans un autre. Aussi, dire : Je n'airien, c'est comme si
lorsque votrc serment est yrai quant a Vintention de celui qui vous intcrroge. Comme si vous jurez en temps de pcsle que vous ne venez point d'un tcl endroit, en sous-entendant, ou serait la peste; ou bien que vous n'avez point parle a un tel, savoir des choses que votre homme soupgonne. C'est ainsi que quelques-uns pensent avec probabilite ; ce qui ne me parait pas tout a fait sur ; et que je ne conseillerais pns de iaire, sans neanmoins ddsapprouver celui qui Vaurait fait. Sun ant les memcs Docteurs, vous pouvez jurer devant le Juge, que vous n'avez point fait une chose, savoir : de la maniere qu'il pense; et repondrc a celui qui vous contraint de faire ce qui n'est point permis ou que vous n'etes point tenu de faire, que vous le ferez ; savoir, si cela est permis ou si vous y etes tenu ; et encore a celui qui veut tirer de vous injustement, et par force, un secret, que vous 1'ignorez, savoir, de maniere que vous soyez tenu de le reveler.
. Enfin. ils di-ent que, lorsque vous n'Stes point oblige de jurer conformeiucnt a 1'intention de celui qui vous interroge, vous le pouvei relativement a Ja votre, ce que d'aulres nient, disant que cette mamere de sous-entendre sa propre intention, n'exclut pas des expressions absolument fausses. Mais ce sont, de part et d' autre, deshummes doctes, qui pensent respectivement avec probabilite.
1. Gury reproduit meme ici le cas deja imagine par Sanchez (1614). Et meme Phomme de Sanchez est plus excusable que celui de Gury, aux yeux le la morale lalque : Celui qui a cache quelques biens de peur qu'ils ne soient saisis par ses creanciers, et qu'il ne soit par la roduit a la mendicite ; qu'un tel homme, dis~je, interroge par le juge, pent jurer qu'il n'a aucuns biens caches. Et ceux au'ssi qui le savent, peuvent jurer la mtSme chose, pourvu qu'ils soient assures qu'il a licitement cache ces biens pour une telle fin entendant a part eux-memes qu'il ne tient caches aucun des biens qu'il est oblige de declarer au juge. .(p. 502.)
Ton disait : Je n'ai rien a declarer de moi-meme, c'est a vous de chercher au lieu d'interroger, Mais il faut engager ies ecclesiastiques a dire la verite, pour eviter un scandale enniant la chose si cela venaita etre connu.
R. a la 2 e D. Dans Ies trois cas, Anna peut etre excusee de tout mensonge, car :
Dans le premier cas, elle a pu dire qu'elle n'a pas briseles liens dumariage, puisqu'ils subsistent encore 1 .
Dans le second cas, elle a pu se dire innocente de 1'adultere', puisque, apres s'etre confessee et avoir recju 1'absolution, elle n'a plus la conscience chargee, ayant la certitude morale que son peche a ete pardonne. Elle a meme pu l'affirmer avec serment, selon saint Liguori.
Dans le troisieme, elle a pu nier son peche, selon 1'opinion probable, en entendant : de telle sorte qu'elle ne fut pas obligee de le reveler a son mari , comme un accuse peut dire a son jugequinel'interrogepasZeigfzYimement : Je n'ai pas commis de crime , en 1'entendant : ainsi de telle sorte que je sois oblige de, le reveler. C'est 1'opinion de saint Liguori, et de beaucoup d'autres.
CAS V
Diffamatio*.
Paschal, connaissant un crime commis tres secretement par Pierre, le revele a Paul, et emploie le serment pour s'en faire croire. Mais il exige de Paul, aussi sous serment, qu'il n'en parlera a personne. Mais bientot Paul viole le secret, et revele le crime de Pierre.... Plus tard, Paul se repent.... et il se deter-
i . Ceci est presque aussi joli que le cas de Fegeli : <i On demande a an homme si le voleur a passe par ce chemin; il peut, lidtement, mettant son pied sur un tel pave, repondre : il n'a point passe par ici, c'est-a-dire, sur ce pave. 9 ^
CAS SUR LE VIII PRECEPTEDU DECALOGUE. 16i
minait a declarer en public qu'il avait ete trompe, lorsqu'il apprend que Pierre Fa anterieurement diffame. Alors il se decide a ne rien retraeter, avant que Pierre ile lui ait donne Fexemple.
D. 1 Paschal a-t-il peche gravement en revelant le crime de Pierre a un seul homme ?
2 A-t-il peche contre la religion, en usant de serment pour confirmer le crime de Pierre?
3 Commeut a peche Paul en violant son prop re sermeat?
4 L'obligation de reparer 1'honneur cesse-t-elle ou est-elle suspendue, si le diffame a diffame egalement son diffamateur ?
R. a la l re D. Paschal a peche gravement s'il a prevu, meme confusement, que Paul revelerait le secret. Dans 1'hypothese contraire, il y a controvert; la plupart des theologiens disent oui, plus probablement ; mais des auteurs de grand poids le nient probablement, parce qu'il n'y a pas precisement diffamation par le rectt a un seul homme, la renommee consistant dans I'opmion du commun des hommes.
R. a la 2 e D. Paschal a peche contre la religion en usant du serment pour confirmer son recit, parce qu'il a jure sans cause et invoque inutilement le nom de Dieu
R. a la 3 e D. Paul a peche gravement et contre la religion et contre la justice.
R. a la 4 e D. II est controverse de savoir si le diffamateur est dispense de retractation, jusqu'a ce que celui qui Fa diffame lui-meme, se soit retracte d'abord. L'une et Fautre opinion est probable, selon saint Liguori.
tS LA MORALE DBS JESUITES.
CAS VI
Diffamation.
Sylvie, servante, quitte son maitre, homme honorable, et apprend qiie Yeronique, jeune fille honnete, est entree a son service ; elle s'eftorce de la faire quitter son maitre, eh affirmant que c'est un hbmme difficile et original. CommeVeroniquenela croyait pas,elle ajoute que c'est un homme de mauvaises moeurs, tres dangereux pour ses servantes.
D.. Sylvie a-t-elle peclie en diffamant son maitre?
R. Pas du tout ; car la diffamation comporte un dflnigrement injuste du prochain ; or la diffamation faite par Sylvie n'a pas ete injuste, puisqu'elle a ete faite pour un motif grave et juste, pour le bien die 1'ame ou le salut de Veronique. Done...
CAS X
Du secret.
Amand a promis par serinent a Marinus qu'il ne revelera jamais a personne un vol commis par Marinus, et que celui-ci lui a appris en lui faisant jurer le secret. Mais, comme on soupcjonnait la chose, notre Amand, appele en temoignage devantle juge et interroge, devoile son secret.
D. Amand a-t-il pu et du reveler le secret confie?
R. Amand ne devait pas devoiler le vol connu sous la foi du secret ; mais il devait repondre : Je ne sais rien, c'est-a-dire : rien que je doive declarer, en
CAS SUR LE VIII* PRECEPTE DtJ DfcCALOGtiE. 165
usant d'une restriction mentale. Car un secret de cette sorte contraint dans tous les cas, par le droit naturel, en exceptant le cas d'interet public. Un superieur ou un juge ne peut obliger a violer le droit naturel; done... Et iei il n'y a pas la raison de 1'interet commun, parce que la societe ne court pas un si grand danger pour un vol qui n'est pas devoile. Done Amand a commis un peche grave centre la justice et la religion, en revelant pubhquement en justice un secret confie, et qu'il avail promts de garder sousja foi d'un serment.
CAS XI
I<ettres onvertea.
Olivier etant devenu amoureux de Rose, a commi* plusieurs fois avec elle des actions honteuses. Peu de temps apres, Rose lui declare qu'elle est devenue enceinte de lui, et qu'elle divulguera sa faule, s'il ne li donne deux cents ecus, pour subvenir aux depenses futures.- Deja Olivier allait fournir Fargent demande, lorsqu'il apprend que cette jeune fille a ds relations familieres avec Titius. Alors il cornmertce &-douter si elle n'est pas enceinte; 4e T^tsus. Que faire pssar &avoir la verite ? Soupconnant qu'il y avait une correspondance entre Titius et Rose, il profile d'une occasion pour ouvrir en secret le coffre de la jeune fille, il en tire des lettres qu'il lit, et en trouve une qui luiapprend que son rival soupc.onne, Titius, avoue Stre le pere de 1'enfant, se declare pret a le notirrir et a subvenir aux autres depenses de son education. Aussitot Oil vie? se decide a montrer ces lettres, pour prouver la fourberie et le mensonge de Rose ; mais il demande d'abord 1'avis d'un theologien.
164 LA MORALE BBS IfiSUITES.
D. l re . Peche-t-on gravement en ouvrant ou en lisant les lettres d'un autre?
D. 2 e . Olivier a-t-il pe'che' gravement en lisant les lettres adressees a Rose et peut-il s*en servirpour se deTendre?
R. b la l re /). Oui, en principe, parce que le droit
naturel et le droit des nations nous obligent a respecter
le secret des lettres pour la securite publique et la
confiance commune; autrement les relations sociales
seraientabsolument compromises.
Excepte les cas : lou il y aurait consentement tacite ou presume de celui qui ecrit la lettre, ou de celui auquel elle est adressee; 2 ou Ton aurait une juste raison; par exemple, pour eviter un malheur public ou prive; 3 si Ton supposait que les affaires traitees dans la lettre sont peu importantes. Dans ces cas, celui qui les lit ne commettrait pas un peche grave.
R. it la 2 e D. Olivier n'a commis aucun pe*ch6, ni grave ni leger, en prenant les lettres de Rose et en les lisant, parce qu'il 1'a fait pour un motif juste et fort grave, c'est-a-dire pour s'epargner une perte considerable. Car les theologiens enseignent communement qu'il est permis de lire les lettres d'un autre ou de reveler un secret, lorsque la necessite 1'exige, pout letcndre ua autre ou soi-meme pour un juste motif.