‹ La morale des Jésuites [microform]Chapitre 144 sur 344 · CAS DE CONSCI^CB ^BR L'INJUSTICE ET LE VOL · texte numérisé non relu

CAS DE CONSCI^CB ^BR L'INJUSTICE ET LE VOL

dans les magasins, au prix ordinaire, et feint de les acheter moins cher. Pour agir ainsi, elle a soin, a 1'insu de son maitre, de garder toujours de 1'argent sur elle.

D. Suzanne a-t-elle agi injustement vis-a-vis de son maitre?

R. La servante Suzanne n'a commis aucune injustice a Tegard de son maitre, parce qu'elle ne pouvait pas faire autrement. Placee entre 1'encluxne et le marteau, pouvait-elle eviter les coups? Cependant, qu'elle cesse d'agir ainsi lorsqu'elle le pourra, car la chose n'est pas sans peril ni sans seduction ; et surtout, qu'elle se garde de mentir.

CAS X

Compensation occulte

I. Augustin est condamne par le juge a payer Antoine, qu'il a deja certainement paye. II obeit a la sentence ; mais a I'occasion il use d'uue compensation occulte a 1'egard d'Antoine.

II. Albert, serviteur, est engage par Medard a entrer a son service ; il accepte, mais sans faire aucune condition pour le salaire, s'en remettant a 1'appreciation de Medard. Un an apres, Medard lui donne des gages inferieurs a ceux des autres domestiques de cette espece. Aussi Albert, sans aucun scrupule, juge bon d'avoir recours a une compensation occulte, pour completer le gage le moins eleve des autres serviteurs.

III. Marc, autre serviteur, en servant son maitre, brise, par inadvertance, un.vase de cristal. Son maitre, irrite, lui en retient la valeur sur ses gages. Marc s'indemnise par une compensation oeulte.

D. l re . Augustin a-t-il pu avoir recours a cette compensation ? .

D. 2 e . Et Albert, pour completer les gages les moins Sieves qu'on domie d'habitude aux domestiques?

D. 3 e . Et Marc a-t-il pu reprendre par une compensation occulte la partie de ses gages qu'on lui retient ?

R. a la l re D. D'apres le droit naturel , Augustin peut avoir recours a une compensation occulte, s'il n'a pas d'autre moyen de reprendre ce qui lui appartient. II ne cause aucun prejudice a Aritpine, puisqu'il ne fait que reprendre ce qui lui appartient. Et n'objectez pas la sentence dujuge. Le juge n'a pas le pouvoirdedonner a quelqu'un ce qui ne lui appartient pas, et sa sentence, fondeesur une erreur de fait, est materiellement injuste ; or^ le droit ne peut venir de 1'injustice, quoique materielle.

R. a la 2 e D. A parler juste, Albert ne doit pas etre condamne ; parce que, s'il n'y a pas de convention, il a le droit implicite de toucher au'moins les plus faibles gages que regoivent les autres domestiques. Ainsi ce serviteur ne reclame que ce qui lui est justementdu.

R. a la 3 e D, Que penser de Marc? II ne fact pas le condamner s'il a eu recours a cette compensation occulte pour s'indemniser, dans le cas ou il a brise ce vase precieux involontairement, sanscommettre'de faute theologique ; parce que nul n'esttenu de reparer un malheur involontaire, si ce n'est dans le for exterieurx apres la sentence du juge, comme on le dira plus bas a propos d'une injuste condemnation. Done, le maitre ne peut exiger la reparation dumalheur, et le serviteur a pu reprendre ce qu'il n'etait pas tenu de payer ; car Marc ne pouvait etre oblige que par sa conscience ou par un jugement. Or, il n'y a aucune obligation juridique dans cette hypothese, puisqu'il n'y a pas eu de jugement, ni aucune obligation Tenant de la conscience,

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