‹ La morale des Jésuites [microform]Chapitre 149 sur 344 · CAS SUR LE DETENTEUR DU BIEN D'AUTRUI · texte numérisé non relu

CAS SUR LE DETENTEUR DU BIEN D'AUTRUI

couver ces oeufs, il a eu un grand nombrede poulets. II a vendu les uns, il a garde les autres pour avoir de nouveaux oeufs et d'aulres poulets. Enfin, il a gagne beaucoup avec son vol. Mais, se confessant dang la suite, et ayant raconte toute 1'affaire, il est condamne par son confesseur a rendre tout 1'argent gagne avec sa poule.

D. l re . Zacharie est-il tenu de rendre tout le gain realise avec 1'argent vole ?

D. 2 e . Et Sisinius, outi-6 la valeur de la poule, doit-il rendre tout 1'argent qu'il en a retire ?

R. a la l re D. Zacharie est tenu de rendre tout son gain si le maitre de 1'argent a subi un prejudice egal a ce gain, par exemple, s'il eut place cet argent dans le commerce, ce qu'on presume toutes les fois que le maitre lese est un rnarchand, ou un individu qui place son argent dans differentes affaires.

Dans le cas coritraire, Zacharie ne serait pas oblige de restiluer ce gain provenant de son propre commerce, parce qu'on peut 1'appeler un produit de son habilete.

R. a la 2 e D. 11 suflit que le voleur Sisinus rende la valeur de la poule. D'une maniere absolue, dans la rigueur des principes, il devrait rendre tout le gain, deduction faite des depenses, parce que, la chose rapporte pour le maitre, et que celui-ci aurait pu retirer tous ces avantages de sa poule. Cependant, moraliter loquendo, lorsqu'il s'agit du vol d'un objet peu important et tres commun, il suffit d'en restituer la valeur, parce que, selon 1'appreciation commune, le maitre n'a souffert d'autre prejudice que le vol de 1'objet lui apparlenant; car s'il voulait avoir un autre objet semblable, il pourrait facilement se le procurer.

CAS SDR IE TORT FAIT IMISTEMENT

GAS I

tin Iiomme conpahle, tout en etant dans son droii

Zephirin, pour extraire du sable, fait une profonde excavation dans son propre champ. II sait qu' Andre passe souvent la nuit dans cet endroit et neglige de 1'avertir. Andre en passant ne se doute pas du danger, tombe dans le trou, et se casse la jambe ; aussi il ne peut travailler pendant deux ou trois mois.

D. Zephirin est-il tenu a reparation envers Andre ?

R. Zephirin a peche gravement centre la charite en n'avertissant pas Andre de prendre garde ; mais pas du tout centre la justice, car il avait un juste motif pour creuser un trou dans son champ. (Done il n'estpas term a reparation.)

CAS II

Menace de denoncer un eonpable

Eligius surprend Caius en train de voler. II menace de le denoncer s'il ne lui donne pas un ecu; Caius obeit aussitot, pour eviter la denonciation.

D. Eligius a-t-ilpu garder cet argent, soitlqu'il ait voulu serieusemeht denoncer Ca'ins, soit 2qu'il ait fait semblant?

R. 1. Oui , s'il a voulu le denoncer serieusement, pares que chaque citoyen a le droit de denoncer les

CAS SUR LE TORT FAIT INJUSTEMEiNT. . 253

malfaiteurs dans 1'interet public, et consequemment de recevoir quelque chose pour renoncera ce- droit.

2. Oui, selon 1'opinion plus probable, bisn qu-'Eligius ait fait semblant. La raison en est qu'il a le droit de 1'accuser et retionce a ce droit, ce qui peut se payer Done Eligius a regu justement un ecu.

CAS III

Celui qui fait du tort malgr6 Ini

Medard entre dans une boutique avec deux de ses compagnons pour acheter quelque chose. Pendant qu'il marchande, il derobe une montre en or placee sur urie tablette, mais qu'il croyait etre en cuivre. De retour chez lui, en examinant de pres la montre, il s'apergoit qu'elle est en or. Mais il ne la garde pas lorigtemps ; le racme jour, en se promenant dans la ville, il la perd. Peu apres, Medard, pousse par le repentir, veut faire une restitution, mais seulement egale a la valeur de ce qu'il pensait avoir Tole.

D. l re . Si Ton pense, par une erreur invincible, que !c prejudice cause est beaucoup moindre qu'il n'est en realite, est-on tenu, conpaissant la chose, d'en restituer toute la valeur?

D. 2 e . Que doit faire Medard dans ce cas ? Doit-il restituer toute la valeur ou une partie seulement?

R. a la l re D. II y a controverse. Selon 1'opinion plus probable, celui qui a cause le prejudice n'est pas tenu de reparer que le mal qu'il a cru faire, pourvu qu'il y ait erreur invincible ; parce qu'il n'y a pas faute theologique a cause du surplus du prejudice, c'est-a-dire d'un prejudice ignore, untel surplus u'etant pas du tout volontaire, et ne pouvant eire assimilea une injustice proprement dite.

2S4 , LA MORALE toES JESUITES.

R. a la 2 e D. Medard est term de rendre toutela valeur de la montre en or, parce qu'il a pu difficilement penser qu'elle elait certainement en cuivre ; car il a mis trop de hate dans son vol pour pouvoir former un jugement sur a ce sujet. ...

Mais si Medard avait etc dans le principe dans une ignorance vraiment invincible au snjet de la valeur de la montre, et si, dans la suite, reconnaissant la veritable valeur et ayant resolu de la restituer aussitot, il fut survenu quelque empechement involontaire et que, pendant ce temps, il Teut perdue sans le vouloir? Dans cette hypothese, selon 1'opinion probable, Medard serait dispense de 1'obligation de restituer le surplus de la valeur, qu'il ignoraitj.au moment du vol, car il aurait pour lui 1'opinion probable exposee dans la reponse a la premiere question.

CAS V

Btenfalt emp6eh*

Gaston avait fait un testament en faveur de Fabien, sou neveu. Mais un autre neveu, Florian, rapporte a Gaston que Fabien a parle plusieurs fois de son oncle avec irreverence. Enfin le testateur, irrite, dechire son testament, institue Florian son heritier, et meurt peu apres.

D. Florian deit-il restituer 1'heritage a Fabien ?

R. Oui, en principe, parce que Florian, par des moyens injustes, la diffamation et la calomnie, a prive Fabien de son heritage ; car Fabien, comme il paraif, 1'aurait obtenu certainement, etant deja designe comme heritier; et son oncle etant mort peu apres, il n'est pas a presumer que celui-ci eut change d'idee. Mais il faut

r ; dli SUR IE -TORT FAIT iMsTEMENT. 235

repondre autrement si Florian, a u- lieu d'etre pousse par la haine ou la cupidite, eut montre a Gnston, paiequite ou pour un motif raisonnable, de graves defauts, qui auraient eu pour resultat de faire jugef Fabien toul a fait indigne de 1'heritage.

CAS VII

Erreur deplorable

Phileas, seminariste, pousse par la faiblesse humaine, commet un grave larcin dans le seminaire ; Albin, son camarade, gravement soupgonne et accuse, est renvoye du seminaire. Mais il lui arrive un aulre malheur ; il vient a tomber au sort, et se trouve force de partir a 1'armee. Cependant, moyennant deux mille francs, il s'achete un homme, Mais revenons a Phileas. Celui-ci, des qii'il a connu 1'accusation intentee centre Albin, pousse par le repentir, restitue secretement 1'argent et, j& confesse a un pretre etranger, sans parler de la circonstance d' Albin. Mais, pousse par les remords de conscience, il devoile tout a son confesseur ordinaire. Le confesseur oblige son penitent a reparer tout le tort qu'il a fait a Albin, oblige d'acheter un homme, parce qu'ii aurait du et pu facilement. meme en ne se denongant pas, avertir le superieur de son erreur par son confesseur ou par une autre personne prudente.

D. l re Que doit-on dire de la premiere confession de Phileas?

D. 2 e Phileas a-t-il peche gravement centre la justice et la charite?

R. a la 1* D. II n'y a rien a reprendre dans la premiere confession de Phileas lln'importe qu'il aittu

k circonstance relative a Albin 3

.R. A la 2 e Z). Phileas a peche graveinent centre la ch^rite, en principe, s'il a songe au moyen facile de preserver son condisciple ; car on est tenu par la charitft d'empecher le tort eprouve par un autre, quand on le peut facilement.

Mais il n'a pas peche contre la justice, puisqu'il n'a pas ete la cause efficace, mais seulement 1'occasion du malheur d'Albin. Done il a ete condamne injustement,

par son confesseur, a reparer le mal II en resulte,

en somme, qu'il a peche centre la charite, mais non contre la justice.

CAS IX

Erreur dans le tort qu'on fait

I. Codes, se levant la nuit pour ravager la vigne de son ennemi, se trompe dans !es tenebres et ravage celle de son ami Lucius.

H. Curtius donne a Didyme, qui lui demande a boire, un breuvage empoisonne dans I'intention de le faire perir. Julius, qui est present, prend en plaisantant la coupe des mains de Didyme, la vide, et meurt peu apres 4 .

D. l re . L'auteur du mal est-il tenu de reparer le mal qu'il a fait, mais qu'il n'a pas voulu faire ?

4. Gury n'a meme pas eu le triste mSrite d v inventer cette infamie. n 1'a prise dans Lacroix : Si Caius a empoisonnS du vin et qu'il 1'ait mis devant Sempronius dans le dessein de le faire perir, et supposant queTitius, ce sachant rien de lout cela, prenne cette coupe, et que Caius le laisse faire de peur que son crime ne se manifeste, en ce cas Caius n'est point effectivement homicide, et il n'est point oblige de reparer les domraages qui se sont ensuivis de la mort de Titius, parce que la mort de Titius n'est point 1'ouvrage volontaire de Caius, qui n'a pu prevoir ci\ cas, et qu'il n'etait pas oblige de 1'empecher en s'exposan*. i un i grs^d peril (p. 443).

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