‹ La morale des Jésuites [microform]Chapitre 25 sur 344 · Que faut-il pour qu'un acte soil meritoire de condigno · texte numérisé non relu

Que faut-il pour qu'un acte soil meritoire de condigno

1 Qu'il soit libre.... ; 2 qu'il soil honnete.... ; 3 qu'il provienne de la grace.... ; 4 que V agent soit en etat de

CAS DE CONSMCE SUR LES ACTIONS HliMAINES

CAS I

Sar la volont.

Arnulfe, homme honnele, mais eniporte, rencontre son ennemi ; accable par lui d'injures et de coups, brulant du desir de le tuer, il saisit un poignard et s'elance sur lui. Mais il maitrise son emporteraent et s'enfuit. Ensuite, reprenant possession de lui-meme et craignant d'avoir commis un attentat contre la vie, sans retard il vientse jeter aux pieds de son confesseur pour s'accuser de sa faute.

Une autrefois, sachant que dans Pivresse il a coutume de se quereller, il veille attentivement a ne faire aucun exces dans la boisson. Mais voici que, pousse par ses compagnons a boire plus que de coutume, ii s'enivre avant d'avoir songe au peril de 1'ivresse, et devenu furieux, se querelle avec les autres. Rentrant en luiraeme, il s'empresse de faire penitence et va trouver son confesseur.

Demande. Arnulfe a-t-il peche dans ces deux cas ?

Rtponse. Arnulfe ne parait avoir peche dans aucun cas, du moins gravement, car il lui a manque u Reconnaissance pleine et parfaite du mal ainsi qu'une premeditation, comme il resulte des circonstances memes des cas de consciences. En outre, Arnulfe etant

sujet a I'emporterrient, dans le premier cas, on doit penser qu'il a suivi son premier mouvement (ex motu primo-primo egisse). Quant au second cas, il n'a pu pecher, s'il n'a pas songe du tout au peril de 1'ivresse,

CAS II

Snr la volontd.

1. Elpidius, ivrogne, querelleur, et qui devient furieux par 1'ivresse, se dispute avec Titius et se decide a se venger de lui ; cependant il remet son projet a un autrcmoment. Puis, il se dirige vers une tavernevoi?'aepour calmer sa col ere dans le vin; mais, sortant 'a nuit de la taverne en etat d'ivresse, le malhe^.r vein qu'il rencontre Titius; il 1'accable de coups, aesorte que Titius, force pendant de longues sem&ines d'abandonner son travail habitue,!, eprouve un grand dommage.

n. Blasius, voulant nuire a son ennemi Cams, prend la resolution de frapper d'une balle 1'ane de celui-ci. Mais helas ! il lui arrive un double malheur. II manque 1'ane qui s'ochappe sain et sauf , et tue malheureusement la vache de Tilius couchee tranquillement derriere une haie touffue, et qu'il n'avait pu voir.

D. l re . Le prejudice cause a Titius pendant 1'ivresse doit-il etre impute a Elpidius, et celui-ci est-il tenu a le reparer?

D. 2 e . Quid, dans le cas, ou n'ayant pas 1'habitude de s'enivrer, il s'y serait laisse entrainer par pure inadvertance?

D. 3 e . Blasius est-il tenu a une restitution pour 1'ane qu'il a manque ou pour la vache qu'il a tuee?

R. a la l re D. Oui; la raison en est que le prejudice est reellement volontaire et prevu dans sa cause meme, du moins vagueroent (in confuso). Elpidius a

voulu en.effet faire du tort a Titius; il a bu, courant le danger de s'enivrer, puisqu'il est ivrogne de sa nature. En outre, il doit avoir prevu, implicitement 'dis moins, qu'il ferait du tort dans cet etat d'ivresse, puisqu'il ne pouvait ignorer qu'il devient i'urieux dans 'ivresse, et qu'il peut nuir.e a quelqu'un. Elpidius ne peut done etre absous d'un peche grave centre la justice, ni dispense de 1'obligation de reparer le prejudice.

R. a la 2 e D. Dans cette hypothese, le mal commis p.ir Elpidius ne saurait lui etre impute ; parce qu'il n'est pas volontaire dans 1'acte (in actu), la raison manquant, ni dans la cause (in causa), le mal n'ayant pu etre prevu.

R. a la 5 e D. Blasius n'est tenu a aucune restitution. Car il n'est tenu certainement a rien pour I'ane, (jui s'est echappe sain et sauf; ni pour la vache, puisqu'il n'a pas prevu du tout ce malheur, ni pu le supposer. Done, dans le for de sa conscience 1 , et avant la sentence du juge,il ne peut etre contrainta aucune reparation du prejudice. Quid, si I'ane et la vaehe avaient apparteriu au meme Caius? Je reponds dans la plus grande rigueur des principes que, pas meme dans ce cas, Blasius ne serait tenu de reparer le prejudice, puisqu'il serait involontaire.

CAS IV

Smr la trolont indirecte.

Richard, aubergiste, heureux de recevoir un grand nombre de clients, 1'ournit abondamment du vin aux

1. Dans le for de la conscience on est dispense de restituer si le tort, mme grave, a etc fait sans f'aute theologique (Trachala, 1759).

buveurs, bien qu'il prevoie que plusieurs d'entre eux s'enivreront ; pousse par 1'amour du gain et aussi par le desir d'empeeher les blasphemes, il ne croit pas pecher. II regoit memefacilement des hommes qui tiennent des propos impies ou obscenes, et il ne leur en fait pas unreproche, parce que, dit-il, il n'est pas tenu de s'inquieter de leur conduite.

D. l re . Richard peehe-t-il gravement en fournissant du vin a des gens qui doivent s'enivrer, sans avoir d'autre raison que 1'amour du gain ?

D. 2 e . Peche-t-il gravement en essayant ainsi d'empecher les blasphemes des buveurs?

R. CL la l rc D. 1 Oui, dans certains cas particuliers par exemple, s'il s'agit d'un buveur presque ivre qui demande encore a boire. La raison en est que dans ce cas particulier, determine et precis, il n'a a subir qu'un prejudice leger pour eviter un peche certain et determine. \

2 D'une maniere generate, en theorie, Non; parce que 1'aubergiste n'est pas tenu au prix d'un grave prejudice d'empecher le peche d'ivresse habituel chez ses clients ; la charite ne nous y contraint pas au prix d'un tel sacrifice. L'amour du gain suffit pour qu'il ne s'oppose pas a ces peches, prevus d'une maniere vague et generale. Ces peches se commettent par accident, et contre Tintention de 1'aubergiste ; en outre, il ne peut refuser a boire, sans subir un grave prejudice. Car c'esl a peine si Ton trouvera une taverne ou les clients n'aient pas coutume de s'enivrer, de se quereller, etc. Ainsi, si 1'aubergiste refuse a boire, les clients iront dans d'autres tavernes, ou ils trouveront abondamment a boire, et il subira mulilement un grand prejudice.

R. & la 2 e D. Non; le desir d'empecher les blasphemes, suffit pour qu'il permette 1'ivresse, parce que

de deux maux on doit eviter le plus grand. Or le plus grand est le blaspheme, puisque, selon le teraoignage d'Hieronymus, rien n'est plus horrible que le blaspheme.

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