‹ La morale des Jésuites [microform]Chapitre 26 sur 344 · GAS Y · texte numérisé non relu

GAS Y

Sur la volonte indirccte.

Lubanus, pour se divertir, a coulume de monter a cheval. Mais souvent, pendant cet exercice, il eprouve des tentations charnelles et meme parfois des pollutions. Bicn qu'il maudisse du fond de son eceur ces resultats funestes, il craint de souiller gravement sa conscience ; tourmente, il demande a son confesseur s'il doit se decider a ne plus monter a cheval.

D. Lubanus a-t-il peche?

R. Lubanus ne doit pas etre inquiete. Bien qu'il n'agisse que pour s'amuser, il lui serait dur de rerioncer a ce genre d'amusement pour toujours. II en serait autrement, s'il ne s'agissait que d'im ou de deux cas particuliers.

CAS VI

Effets de 1'ignorance.

Adalbert fait cette confession : 1 Voulant tuer mon ennemi Titius, j'ai tue mon ami Caius; 2 En tirant sur un cerf, j'ai frappe mon ennemi, que je cherchais a tuer, et qui etait cache dans des broussailles ; 5 Ignorant qu'il y avait vigile, j'ai mange de la viande; mais, par paresse, le dimanche j'avais manque a la messe ou Ton a coutume d'annoncer les obligations pour la semaine.

Ifi LA MORALE DBS JESUITES.

D. l re . Y a-t-il une ignorance qui excuse du peche et quelle est-elle ?

D. 2 e . Que faut-il penser d'Adalbert ?

R. a lal D. 1L' ignorance invincible excuse tout a fait du peche, parce qu'clle empeche entierement la connaissance du mal et supprime la volonte. En presence de cette ignorance, les obligations ou les prohibitions de la loi ne peuvent etre connues, et, par suite, ne peuvent contraindre, puisque rien n'est voulu s'il n'est precongu ; 2 L'ignorance vincible n'excuse pas du peche, puisqu'elle ne supprime pas la volonte, et qu'en presence de cette ignorance, it y a une connaissance suffisante, vague, c'est-a-dire qui nous oblige suffisamment a rechercher la verite.

R. a la 2 e D. Dans le premier cas, Adalbert doit etre excuse de tout peche pour 1'homicide commis, s'il n'a pu prevoir la mort de Caius; par exemple, s'il n'a eu sqin de bien chercher a ne frapper personne autre que Titius. La raison en est que cet acte exterieur ne constitue pas une injustice a 1'egard de Caius qu'i! a tue involontairement. Aussi, il n'est tenu a aucune restitution envers ses heritiers. II en sera it autrement s'il av.ait omis les precautions qu'il devait prendre, ou s'il avait prevu vaguement le danger de tuer Caius.

Dans le 2 e cas, il taut aussi distinguer : ou il a pris les precautions necessaires pour eviter de porter prejudice a un autre, ou il ne les a pas prises. S'il les a prises, Adalbert ne peut avoir peche, en 1'absence de toute volonte, meme s'il cherchait a tuer son ennemi, parce que, bien qu'il voulut le tuer, il n'etait pas decide a le tuer a ce moment.

Dans le 3 cas, il faut encore distinguer si Adalbert, en evitant d'assister a la messe le dimanche, a eu un doute grave sur 1'obligation qui s'imposerait dans la semaine, et a neglige de s'en informer ou d'interrogcr

pmdemmentles autres a ce sujet; car alors son ignorance a etc vincible et il a peche contre le commandemenl de FEglise. Mais si, ni a ce moment, ni plus tard, il iTa pense a 1'obligati on en question, bien qu'il ait. peche en manquant a la messe, il n'a pas peche en manquant au jeune.

CAS IX

Sur la crainte et la violence.

Berlins, servante, femme craignant Dieu et ayant horreur du peche, sollicitee trequemment au mal par son rnaitre, lui resiste toutes les ibis. Son confesseur i'exhorte a eviter 1'occasion de pecher ; elle lui demande, ellc le supplie de la laisser dans la meme rnaison parce qu ellc gagne davantage chez son maitre et qu'elle pourrait dii'ficilement trouver une autre place avantageuse. Le confesseur y consent.

Mais bientot son maitre Pengage de nouveau an , peche et la surprend malgre elle. Que fera la malheureusc? D'abord elle n'dse pas crier, de peur de perdre de reputation et son maitre et elle-meme. Puis, comme elle veut crier, son maitre eare par la passion la menace de la mort. Se trouvant done dans le dernier embarras, Bertine exterieurement reste purement pas*sive, mais interieurement, du fond de son cceur et de son ame, maudit le peche.

D. l rc . Bertine aurait-elle du eviter 1'occasion du peche, et y etre contrainte par son confesseur, meme par la menace d'un refus d'absolution ?

D. 2 e . A-t-elle peche gravement en ne criant pas pour les raisons indiquees par elle?

D. 5 e . A-t-elle peche gravement en ne criant pas, et en se tenant passive par la crainte de la mort ?

R. a la l re D. II aurait fallu engager Bertine a eviter i'occasion actuelle de pecher, si elle eut pu trouver une autre place; cependant, comme il s'agissait seulement d'une occasion eloignee, elle n'a pu y etre contrainte.

R. a la 2 e D. li y a controverse. Selon quclques-uns, elle a peche gravement en principe, d'abord en ne criant pas, a moins qu'on ne 1'excuse sur sa bonne foi. Car elle avail un remede facile centre ce peril que courait sa chastete, et ses excuses ne valent rien. Elle ne risquait pas de pefdre sa reputation, puisque seules les t'emmes honnetes crient en pareille circonstance. Pour ce qui concerne la reputation de son maitre, il n'aurait pu en imputer la perte qu'a sa proprc perversite.

R. a la 5 C D. II y a controverse. Mais, selon Lacroix et les autres, il faut Texcuser par la crainte qu'elle a de la mort, d'autant plus qu'il n'y a pas eu une veritable cooperation.

CAS X

Sur la concupiscence.

Marcnant, 1 lit differents romans, prevoyant qu'il prendra plaisir a des sujets obcenes; 2 a I'occasion, regarde les nudites des statues, mais resiste aux tentations qui naissent en lui ; 5 se livro a un plaisir honteux, mais ne sait s'il dormait ou s'il etait eveille; : 4 oblige par sa condition de marchand d'avoir des rapports avec des personnes des deux sexes, est plus porte a se mettre en relations avec les t'emmes qu'avec les hommes.

D. Que decidera le confesseur dans chaque cas pour noire Merchant?

.?{. l re . S'il lit pour un motif honnete, il ne peche pas, pourvu qu'il resiste a la tentation, parce que

les mouvements de la concupiscence sont tout a fait involontaires, et en outre il y a une cause' suffisante pour les permettre. S'il lit par curiosite des choses peu dangereuses, il fail un peche, il est vrai, mais veniel, en supposant toujours qu'il n'y ait pas consentement. Mais s'illit sans cause des sujets tout a fait obscenes, il peche gravement, du moins a cause du danger de ceder a la tentatiou, excepte toutefois le cas ou, lisant par pure curiosite, il n'auraitpas, a cause deson age avance,de son temperament froid, ou de quelque autre raison particuliere, a craindre le grave peril de succomber.

R. 2 e . II peche gravement, si les statues sont dans un etat de nudite complete et s'il les regarde a dessein, de pres et longuemeat, parce quesans raison il s'exposea des tentations honteuses, et court le risque de pecher gravement. II en est autrement en principe s'il les voit en passant, de loin, ou meme si la statue n'a aucune valeur artistique. C'est I'opinion Ae saint Liguori sur les tableaux, qu'on peut appliquer aux statues.

R. 3 e . On peut presumer que c'est arrive dans le sommeil, parce que les actes d'un homme eveille sont faciles a reconnaitre clairement. Done, dans le doute, yn doitpenser que c'est arrive pendant le sommeil.

R. 4 e . II n'a pas peche pourvu qu'il reste honnete et resists aux tentations. Peu importe qu'il se sente porte plus vers les femmes que vers les hommes, puisque cette tendance ne vient pas du co3ur ni de la volonte, mais plutot de la nature. Done, en principe, ii n'y a pas de mal. Mais il faut avouer que cette tendance est fiacheuse pour un esprit chaste, et meme dangereuse pour les imprudents. II faut done conseiller a Marchant de s'efforcer de moderer cette inclination et de la reprimer selon ses forces.

CAS XI

De 1'objet de la moralite.

Monique, aubergiste, pourempecher les querelles et les blasphemes habituels a son mari, a coutume de faire de legers mensonges ; 1' experience lui a prouve que c'est tout a fait necessaire pour avoir la paix chez-elle.

D. Faut-il approuver cette maniere de corriger son mari?

jR. Jamais il n'est permis de mentir, pas meme en vue d'un avantage, car il ne faut pas faire de mal pour en retirer du bien. Or le mensonge est, de sa nature intime, un mal, bien que, de son espece, il ne soit qu'un peche veniel. Mais, bien que Monique doive s'abstenir avec soin du mensonge, cependant, pour une cause si grave, elle n'est pas tenue de dire toute la verite a son mari emporte, d'apres ce que nous dirons du 8 e precepte du Decalogue.

CAS XIV

De I'intention de I'agen*.

Blandine, tres avide d'une vaine gloriole, voyant 'les autres femmes de sa condition se confesser souvent, s'approcher de la sainte table et assister a plusieurs messes, frequente les memes sacrements, entend devotement plusieurs messes, pour ne pas paraitre moins devote que les autres. Apprenani cela, son confesseur declare que les confessions et les communions de Blandine sont sacrileges et que les messes entendues par pure gloriole* ne lui serviront de rien pour la vie eter-

Page 1