‹ La morale des lignesChapitre 1 sur 31 · IL A ETE TIRÉ DE CET OUVRAGE · texte numérisé non relu

IL A ETE TIRÉ DE CET OUVRAGE

20 exemplaires sur papier de chine, numérotés de 1 à 20. 20 exemplaires sur papier des manufactures impériales du Japon, numérotés de 21 à 40.

40 exemplaires sur papier de Hollande, numérotés de 41 à 80.

Et des exemplaires sur papier teinté d’Arches.

AVANT-PROPOS

AVANT-PROPOS

J’ai entrepris, dans le présent volume, de rechercher une idée absolue. C’est très simple — une idée absolue — . On en trouve autour de soi, dans les livres, dans la vie. C’est peut-être même sa fréquence qui empêche les braves instructeurs du genre humain d’y penser. On préfère des idées de ceci et de cela, idées inédites, idées originales, idées extraordinaires, idées enfin avec lesquelles on torture, sans aménité, et le papier et le cerveau pour aboutir à un résultat toujours le même; à savoir : le recommencement indéfini de la construction de ce palais du rêve : idée !

Or, on ne reprend jamais une idée absolue. L’énoncé demeure; répété ou rejeté il crée autour de lui tout un monde de faits qui le continuent, avec plus ou moins d'éclat, avec plus ou moins d’anonymat.

L’idée absolue est une naïve et petite idée : la table de Pythagore, la loi de la ligne droite, la loi de l’évolution dite par Darwin, celle des lignes de beauté formulée par Vinci, ou bien des mystères du ciel dite par Kepler, ou celle de la parole

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donnée par Dante; ces idées là : « La pierre tombe à cause de son poids », « La mort est l’aboutissant de la vie », « tout devient », sont des aperçus de la loi indestructible de la substance même de l’existence.

Oh! les nombreuses pensées de celui-ci et de celui-là! Immenses inventions de M. Tartempion et du Sire de la Palisse ! Les beaux chefs-d’œuvre des Concours Agricoles, des Congrès des Sciences! Les beautés innombrables écloses à nos fîères expositions d’art ! je vous salue respectueusement à la porte de l’humaine foire où je n’ose entrer.

Dans les pages qui suivent je vais chercher l’indication d’une esthétique suggérée par une œuvre solide et entière de Rouveyre : Carcasses Divines *. Je vais essayer de reconstruire l’intellect de la ligne, de chercher dans ces graphiques leur âme verbale et de formuler quelques lois concernant les mystères de l’âme humaine, du cœur, de la pensée, autant qu’elles s’expriment par des tracés absolus que je chercherai dans cette œuvre.

* Dessins inédits de Rouveyre , 1906 et 1907 (Bosc et Cie, éditeurs, 38, Chaussée d’Antin, Paris, 1907. 5 francs). Les dessins reproduits en réduction au cours de notre ouvrage sont extraits de ce volume.

DES RÉALITÉS

LA

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l n’y a rien de plus facile à déterminer qu’une réalité. Assembler quelques faits, les coordonner par un lien de parenté plus ou moins illusoire suffit souvent pour donner à un fait irréel l’aspect expérimental vivant.

La base de ce genre de réalité est une construction par analogie, avec des aspects sensibles, c’est senti, c’est palpable, c’est vécu.... Tel dessin avec un nez exact, un menton juste, une tête bien campée, des plis bien ordonnés paraît « de la vie », quant au fond c’est un assemblage grossier de faits qui n’ont rien de commun. Une statue faite au compas a des apparences de solidité qu’un peu d’éloignement, une incidente de lumière, font effondrer.

Il y a tout un domaine de réalité en art, en sciences, en morale qui ne sont que des agglomérats, des apparences, des unions lâches.

Or, qu’est-ce que la réalité?

La réalité dans le sens strict du mot est un fait isolé, autonome qui, tout en ayant des analogies avec d’autres faits, existe par lui-même. La réalité, c’est l’individualisation des faits confus, c’est de l’abstraction, de la quintessence des particularités fugaces, confuses, sans personnalité.

Les corps innombrables, les chocs des forces, la transformation de la matière ne valent que par leur essence géométrique, unitaire. Le fait le plus réel est le fait le moins palpable, le moins sensible : le point! De lui sont venues toutes les notions en chimie, en physique, en art — De lui partent toutes les applications pratiques, depuis l’humble hutte du paysan jusqu’au ballon « dirigeable ».

Or toute la morale de la réalité du point, toute la force de son expansion, de son importance, de sa dynamie est dans sa solitude, dans son individualisation infinie. C’est l’atome de Démocrite, c’est la monade de Leibniz ; c’est l’être de Kant, l’absolu de Hegel.

Pour créer il faut aboutir au point et en faire son départ.

L’individualisation est principe de toute création.

Quand Charcot veut établir les lois de la tare nerveuse appelée l’hystérie, il commence par créer sa personnalité : il démontre l’existence des zones hystériques où naissent et où meurent les troubles. « Sur une ligne horizontale passant par les épines iliaques antérieures et supérieures, faites tomber les lignes perpendiculaires qui limitent latéralement l’épigastre,

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et à l’intersection des lignes verticales avec l’horizontale, se trouve le foyer douloureux qu’accusent les malades et que la pression exercée à l’aide du doigt met en évidence » . (Charcot, Leçons sur les maladies du système nerveux . )

Quand Lavoisier crée la chimie moderne, il remplace les théories confuses sur le vitalisme, en créant l’individualité chimique de l’oxygène.

Or toute individualisation a ses lois et ses graduations : isoler les faits, même les abstraire ne suffit guère. Souvent l’arbitraire se glisse dans l’individualisation, l’arbitraire né de la déformation du principe même de la personnalité.

Les erreurs de jugement et d’exécution, de philosophie et d’action, d’esthétique et de science, ne sont que des pétitions de principes, des confusions de genres.

Quand un dessinateur qui a ainsi compris le principe de son art pose ses lignes par analogie ou par sentimentalité, son dessin sera insuffisant, malgré de réelles qualités.

Quand un savant qui a compris la valeur mathématique de son jugement y ajoute des considérations de race, de passions, sa science sera déformée en raison même de l’introduction de ces éléments. En général, plus la réalité tend à l’individualisation absolue-statique, plus elle est solide et durable.

Plus la réalité se compose d’éléments immédiats expérimentaux, plus est disparate sa nature et moins grande sa valeur.

Quand Quételet établit les lois immuables de cer-

tains phénomènes sociaux, il commet parfois des erreurs par son désir d’ordonnance et de symétrie qui l’empêche de voir des individualités autre part que là où il les a conçues lui-même. Ainsi il établit que « selon les statistiques de la poste belge, les erreurs commises dans les inscriptions d’adresses sont fixes ». Or il a oublié les statisticiens en parlant des chiffres. Là où il voyait une loi d’erreur il y avait celle de paresse de bureaucrate qui, tout simplement, recopiait d’année en année les chiffres établis une fois pour toutes!

Il ne suffit pas de grouper et d’abstraire pour créer une réalité, il faut encore que le groupement et l’abstraction soient contrôlées par la loi mathématique exclusive qui ne laisse en marge aucune de nos faiblesses de jugement ou de compréhension. Il y a des réalités immédiates troublantes.

M. Bertillon recrée la personnalité humaine en se basant sur quatre ou cinq données immuables de l’unité organique. Dans l’individu il abstrait les éléments stables, il fait un schéma dans un schéma et crée la loi de la mensuration. Cependant il arrive — quoique le fait soit rare — que les schémas de diverses personnalités se correspondent, que par conséquent l’abstraction n’est pas complète puisqu’elle suppose des doubles et des répétitions.

Lui, à son tour, comme Charcot, comme Lavoisier, comme tous les créateurs, a superposé à une réalité complexe, une réalité simplifiée, à une donnée arithmétique sa formule algébrique.... Mais ces données ne suffisent pas parce qu’elles sont encore trop « expéri-

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mentales », trop peu « unes ». Ournd Cuvier reconstitue d’après un os l’animal d'une époque, il fait plus que de l’algèbre, il fait de la géométrie analytique. Il procède du simple au complexe, du complexe à un! Entre le schéma du paléontologue et celui de M. Bertillon, il y a toute la distance qui sépare de la science imperturbable, amorale, « sans but » par elle-même, la science à visées immédiates, hâtives, ayant à déterminer des fonctions qui ne sont pas en rapport direct avec la réalité absolue.

Si M. Bertillon cherchait la réalité absolue, il reconstruirait « l’individu » par un schéma simple, par deux lignes, par une série simple des fonctionnelles.

Parfois une bohémienne visionnaire reconstruit mieux « la personnalité » que toute la science anthropométrique de M. Bertillon.

En appliquant l’attention et l’esprit à un fait, en appréciant dans les événements toute leur intensité, toute leur dynamie, on peut arriver à prévoir merveilleusement les mystères de la vie, de la mort et de l’âme humaine en se basant sur un fait unique. N’at-on pas déjà des faits tragiques simples que l’observation courante a saisis?

J’ai remarqué, m’a dit un vieux praticien, que l’instinct des malades les pousse à vouloir mourir chez eux. Quand l’heure dernière s’approche, ils veulent à tout prix rentrer « à la maison ». On connaît le geste de celui qui « tire » la couverture.

Nous avons l’œil brightique, le signe de la temporale, le doigt hvpocratique. . . en simplifiant encore

ces faits par l’étude, en les schématisant par abstraction, on arrive à créer une table immédiate de la vie et de la mort. Je ne désespère pas qu’un jour la science ne soit dotée d’un livre des logarithmes de la vie et de la mort, ou d’une table de Pythagore de l’éternité et de la beauté ! Rouveyre qui a bien voulu me confier ses notes jetées au hasard de ses recherches si serrées sur l’âme humaine dit : « La feuille de température d’un malade apparaît comme un admirable dessin et donne une forte émotion devant le magnifique rapport entre le sommet fiévreux et le froid définitif », et il ajoute en Schématisant, celte loi thermique : « toute ligne qui descend vers le centre de la terre est d’expression tragique, celle qui s’élève comique ». Voilà le tracé de la douleur et de la joie, saisi au chevet d’un malade . . . dans une blafarde salle d’hôpital parmi l’ennui, la somnolence et l’énervant fumet de la mort !

Il ne suffit pas souvent de faire le « gabarit » et de compliquer la vie. Au contraire, le coup d’œil d’aigle et le coup de griffe de lion schématisent plus que les nombreuses mesures à la Quételet et à la Bertillon, qui finissent par devenir de l’anecdote du schéma au lieu d’être l’abstraction à tendances absolues d’un événement. Pour créer la réalité il faut savoir tamiser les fails, les agglutiner, les fondre, les simplifier. C’est de leur réduction que naît le point — l’être.

« Note comme le mouvement de la surface de l’eau ressemble à celui d’une chevelure : le mouvement de la chevelure est à deux temps, dont l’un répond à la pesanteur des cheveux, et l’autre dessine la ligne de

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leurs boucles. Ainsi l’eau a ses tours et retours, tantôt obéissant à l’élan du courant principal, tantôt aux lois du mouvement incident et réfléchi », dit Léonard de Vinci, et cette image vaut plus par son exactitude, par son abstraction qu’une lourde métaphysique surchargée de néologismes, de fausses précisions, d’illusoires réalités. Aucun fait n’est jamais probant par luimême s’il n’est pas suffisamment isolé. L’âme de la viec’estla personnalité, l’individualisation, la recherche d’une forme constante, immuable, à travers les variétés et les multiples divergences grossièrement expérimentales. « Être en soi » cela veut dire « être soi-même » être en équilibre des forces des lignes, exister hors de l’étendue et de la durée qui ne doivent être que des fonctions secondaires d’une réalité absolue : individu — un point! Les faits se répètent; une expression peut avoir mille causes et mille raisons ! La signification réelle vient du schéma, de la constante qui révèle la particularité formelle et essentielle d’une réalité expérimentale.

Les mêmes effets souvent n’ont pas les mêmes causes.

Les mêmes surfaces n’expriment pas toujours le même point. Il faut encore tamiser les effets et simplifier les surfaces pour aboutir à une loi causale, immuable, réelle dans la ai acception de ce terme.

Duchenne de Boulogne, dans ses études sur le mécanisme de la physionomie, a démontré que «l’excitation d’un muscle » crée l’impression d’un sentiment : le muscle orbiculaire palpébral supérieur est le muscle

de la réflexion. L’excilation du muscle sourcillier donne l’expression de la douleur. Le grand zygomatique est le muscle du rire. En le contractant artificiellement on produit chez le sujet des expressions et des manifestations de gaieté. Le triangulaire des lèvres est le muscle de la tristesse.

Le D1 Richer dit : « La suggestion cataleptique par le sens musculaire ne met en jeu que le mécanisme des manifestations extérieures, en laissant au repos le rouage qui tient sous sa dépendance les manifestations intimes et organiques ». Voici donc un schéma insuffisant. Mais la suggestion par l’œil crée un état entier: le sentiment. En général , V expression peut créer le sentiment.

On dit que lorsque Campanella désirait savoir ce qui se passait dans l’esprit d’une autre personne, il contrefaisait de son mieux son attitude et sa physionomie actuelles, en concentrant en même temps son attention sur ses propres émotions (Dugalt-Stewart, Eléments de la philosophie de l'esprit humain). Ainsi, même les expressions qui paraissaient attachées à l’état d’âme peuvent être isolées, personnalisées et leur sens changé.

Il y a donc par conséquent dans tout fait qui se présente à nos sens, une réalité plus intime, plus impérative, plus simple, qu’il faut découvrir. C’est cette réalité qui devient le « point du monde des sens, le principe de l’esthétique et de l’art ».

« Les choses matérielles s’expriment par des surfaces et des volumes plus précis, les choses de l’esprit s’expriment par des signes de plus en plus simples â

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mesure qu’elles s’élèvent vers l'abstrait », dit M. Rouveyre dans ses notes.

L’esthétique, c’est de chercher cette échelle de simplification, de l’imposer aux surfaces et aux faits, de spiritualiser en un mot les instants fugaces de la vie, les expressions qui paraissent périssables et confuses. Dans son œuvre, Rouveyre cherche la forme la plus abstraite des faits qui semblent insaisissables, légers, apparents. Il pénètre les mystères de la vie en enlevant aux manifestations chaotiques leur aspect passager pour les réduire à des sphères solides, en faire un monde d’étoiles, de nébuleuses, d'astres.... « L’art, ditil, est la notation respectueuse des proportions géométriques d’un objet et de leur rapport avec une Harmonie ou une Emotion ». Créer une œuvre d’art, c’est annoter le jeu d’équilibre des forces universelles, l’équilibre de la vie et de la mort, du rire et de la larme, de l’ombre et de la clarté. En partant de ce point de vue il pose devant nous le schéma non plus de l’esprit, de l’âme, du cœur, mais d’une unité, d'un être.

La réalité grandit ! Ce passant n’est qu’une sphère lancée dans l'infini subissant les lois mystérieuses des angles, des lignes, des lumières.

Cette femme qui retrousse sa robe ou cette autre qui surgit parmi les fleurs, deviennent les notations algébriques des efforts, des passions, et de tout ce que Eaust a rêvé devant sa cornue d’alchimiste : de notations exprimées par une ligne, par une courbe, par un point. Ce n’est plus l’analyse d’un fait isolé, mais d’une série de faits qui créent la personnalité, l’unité. Rouveyre a compris que le dessin qui permet

d’établir des schémas et des universaux doit abandonner l’anecdote et faire le dépouillement de la réalité dans sa forme la plus abstraite, la plus proche de l’universalité des choses.

Rembrandt a conçu autrefois la notation de la réalité émotive, il créa « une manière preste, heurtée, brutale même en apparence, mais d’un éclat éblouissant et d’une vérité qui allait jusqu’à la magie », dit Blanc.

Ses dessins qui ont choqué par leur « réalité » les classiques d’autrefois, étaient des tables logarithmiques de la vie de rêve, de méditation, de passion ; de l’ombre à la lumière naissait la vie. L’ œuvre est immortelle grâce à cette « illogique » de dessin, grâce aux erreurs de raccourci reprises depuis par Delacroix, parRodin, par tous ceux qui cherchent dans la matière, la vie de passion, le heurt des contraires, le déchirement tragique. Mais il y a plus encore que la réalité émotive ! Il y a la sphère de silence et de méditation, il y a la réalité monade, le monde « individu ». Là le monde affectif et intactile fond dans le creuset de « l’un », d’une vérité nue existant par elle-même et concentrant tout un monde ! Pour recréer cette réalité, pour l’évoquer, il ne suffit plus de créer les lois de la nuit et du jour, de l’ombre et de la vie. R faut au contraire soumettre à quelque chose de plus mystique, de plus abstrait, de plus précis aussi les ombres et les lumières, les faits particuliers de rêve et de passion. C’est là que surgit alors la notion de l'individualité et de ses constantes. Au lieu d’ombrer les surfaces, on les décore, on édifie, on dissèque. On veut arracher tout

ROBERT DE MONTESOUIOU.

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ce qui peut s’exprimer plus simplement, autrement avec plus d’éclair et plus de silence. On revient alors vers la géométrie, mais une géométrie mitigée, soumise elle-même à des lois de simplification et d’unification. On pense au raccourci des Egyptiens, à la colonne dorique, au geste hiératique des Byzantins.

On arrache les inutiles détails, on dégrade telle réalité encombrante, ou bien on met au premier plan une petite surface de rien et qui cependant est le raccourci linéaire de tout un monde de réalités : de la personnalité. Rouveyre dans ses dessins désencombre l’art du dessin, il trouve cette réalité summum , ligne dogmatique : individu. Pour reconstruire le microcosme de la vie : La Monade, il y a deux chemins : l’un, celui des expérimentateurs grossiers qui multiplient les détails, créent des incidents, des anecdotes, essayent d’émouvoir par de fausses réalités, par des unités apparentes. L’autre chemin consiste à trouver quelque schéma apparent, quelques gestes qu’on multiplie et qu’on répète. Mais dans ces deux procédés la Monade, l’individu ou le point échappent à la vérité. Elle est trop complexe pour les schémas basés sur des analogies ; elle est trop multiple pour l'expérimentation vulgaire.

Dans les deux cas on assiste à la multiplication de la réalité à la dépersonnalisation de la Monade. Autrement se présente l’individualité dans les dessins de Rouveyre, il ne multiplie pas les incidentes, il les simplifie. Un trait c’est la robe, un point c’est la chevelure, parfois l’âme surgit dans la plume du chapeau, parfois dans la courbe du dos. Il dépersonnalise les

petites réalités pour créer l’individualité. Il dépouille l’individu de ses détails encombrants pour aboutir à une formule immuable, à un schéma. Son Montesquiou 1 de l’album est dans l’impuissant mouvement des épaules. C’est aussi l’inoubliable vision du triomphe des matérialités dans le dessin Comédienne xxvii2, leur magnifique et fol épanouissement dans le dessin Comédienne xiv, ce dessin où la nuit la chair crie son désir, fatale, triomphante, solitaire : Me voilà, c’est moi !

Pour aboutir à ce cadre de pleurs et de mélancolie du dessin Comédienne xxxv3, toute la gamme des matérialités, depuis leur éclat jusqu’à leur écroulement, saisie par des traits simples encadrés de lignes qui paraissent des éclairs de lumière et d’autres des traînées de désolation et d’enfer, ou bien la tremblotante vision sans traits presque fuyante comme de la fumée de rêve et de solitude du dessin {.Actrice I4).

Voici la reconstitution en formules linéaires simplifiées des personnalités complexes faites de rêve, de chair, de passion, de méditation, de personnalité — réalité — les microcosmes que Lotze a glorifiés et dont Leibniz disait : « La Monade n’a ni portes ni fenêtres sur l’Univers ». Il faut de près méditef sur la sarabande des démences et des spiritualités, voir ce veglione des mystères de chacun de nous, du « Moi » matériel et spirituel parfois lumineux comme une étoile, parfois plein d’abîmes comme la claire nuit d’été.

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