‹ La morale des lignesChapitre 9 sur 31 · Page 61. — 2. Page · texte numérisé non relu

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gra à ligne brisée.... Des vertus, des résolutions, des voûtions fourmillent bien posées, précises... mais tout s’enfuit aussi inachevé. Il y a un beau point de départ, ce petit nez retroussé, mais les cérébrations surajoutées... des contre-courants intellectuels, déplacent les lignes, dénaturent le sens, l’intuition de volonté et de finesse aboutit au bruissement des caprices désordonnés, à une conscience en dessous qui fausse le bon « premier mouvement ». Dans le Boissier les grandes courbes du cou, la poitrine bombée comme un coussin à décorations, le chapeau se déployant en oriflamme, le menton posé en solide soubassement de cette figure large, ouverte, tout aboutit à ce bout du nez où joue le mystère, où se mire la volonté d’une âme très forte, mais qui a son devenir : « la sublime perruque » avec une poussière de sourire infime, un soupçon. Là nous ne trouvons plus de hiatus, tout se continue selon la grande loi de la vie, les matérialités peu à peu se relèvent, les courbes s'effacent sans brusque rupture, les obliques paraissent quand les lignes s’approchent de l’esprit, et enfin tout se relie à une surface à peine dessinée du nez qu’éclaire magnifiquement une ligne, la verticale presque en angle droit, le sourire.

Nous sommes partis de l’obscur pour aboutir à l’idéal, presque au schéma que nous indiquions dès le début de cette analyse : tout n’est que rapport ou inclinaison entre verticale et horizontale.

Dans d’autres dessins la même loi se manifeste, celle de la ligne en mouvement, de la ligne trajectoire qui, par une série de déformations, c’est-à-dire

d’abstractions linéaires, aboutit à une formule d’ensemble, à un schéma organique : individualité vue par ses constantes à travers les hasards de la vie, malgré la pacotille de chaque jour. Le dessin de Rouveyre est une recherche de l’équilibre nécessaire à la vie, à la volonté dans le déséquilibre constant de la vie réelle : déséquilibre qui va du tragique né par la spiritualisation des lignes courbes ou matérialités, jusqu’au grotesque où, au contraire, la ligne droite se décompose et cède place aux rotondités primordiales de la matérialité. M. Bergson dit que l’art du caricaturiste est de deviner « sous les harmonies superficielles de la forme, les révoltes profondes de la matière » '. Cet art, Rouveyre a su l’appliquer à la substance même de la vie. Il a su non seulement deviner les révoltes profondes de la matière, mais le rapport constant, l’équilibre nécessaire pour rendre possible l’unité biologique — individu — malgré le déséquibre perpétuel du aux chocs et révoltes inévitables des spiritualités qui individualisent contre les matérialités qui confondent et effacent. Nous avons parlé du tragisme essentiel de l’art de Rouveyre. Nous allons analyser une particularité de ce tragisme, le rire , qui n’est qu’une forme spéciale de la rupture de l’unité, un cas particulier de nos disproportions et de nos douleurs. Le rire de Tersias accompagne les plaintes d’Iphigénie. Edgar accompagne le roi Lear, et Louis XI, absorbé par de sombres terreurs, aimait le rire idiot des nains et des difformes.

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