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I. Histoire romaine, lll, p

LA MORALE RELIGIEUSE DES PEUPLES ARYENS

(iybèlc OU Junou, on ctail libre d'y croire ou de n’y pas croire... La liberté de penser à l’égard de la religion de la cité était absolument inconnue. Il fallait se conformer à toutes les règles du culte, figurer dans toutes les processions, prendre part au repas sacré '. » A Rome, les individus cpii ne figuraient pas au bancpiet annuel célébré en l’honneur de la cité perdaient leurs droits de citoyens juscpf au banque! suivant. La religion de la cité était, en réalité, le lien social par excellence. C’est ce qui explique la rigueur montrée à l’égard des chrétiens par les empereurs de la série des Anlonins, monarques bienveillants et humains, mais ([ui attachaient une grande importance à la religion nationale, tandis que la plupart des empereurs syriens montrèrent une grande tolérance pour le christianisme.

Nul fait, d’ailleurs, ne prouve mieux que celui-là quel fut le rôle de la religion dans la société romaine. Celle-ci se forma par l’union de familles qui avaient un intérêt majeur à s’associer et qui, étant belliqueuses, conquérantes, éprouvèrent le besoin de donner à leur association une très grande force. Leur conception sociale découla de ce besoin: la cité sera la dominatrice de l’individu, son intérêt passera toujours avant ceux des citoyens envisagés isolément. « Il n’y avait rien dans l’homme, dit fort justement l’historien cité plus haut, qui fut indépendant, son corps appartenait à l’Etat et était voué à sa défense... ; sa fortune était toujours à la disposition de l’Etat : si la cité avait besoin d’argent, elle pouvait ordonner aux femmes de lui livrer leurs bijoux, aux créanciers de lui abandonner leurs créances, aux possesseurs d’oliviers de lui céder gratuitement l’huile qu’ils avaient fabriquée. La vie privée n’échappait pas à cette omnipotence de l’Etat. Beaucoup de cités grecques défendaient à l’homme de rester célibataire. Sparte punissait non seulement celui qui ne se mariait pas, mais même celui qui se mariait tard. L’Etat pouvait prescrire à Athènes le travail, h Sparte l’oisiveté... ; à Locres, la loi défendait aux hommes de boire du vin ; à Rome, à Milet, à Marseille, elle

I. Fustel de Goui.anues, La Cité antique, livre lit, chap. xviir.

le défendait aux femmes, Il était ordinaire que le costume fût fixé invariablement par les lois de chaque cité ; la législation de Sparte réglait le costume des femmes, et celle d’Athènes leur interdisait d’emporter en Aoyage plus de trois robes. A Rhodes, la loi défendait de se l’aser la barbe ; à Bizance, elle jmnissait d’une amende celui qui possédait chez lui un rasoir ; à Sparte, au contraire, elle exigeait qu'on se rasât la moustache. I/Etat avait le droit de ne pas tolérer que ses citoyens fussent difformes ou contrefaits. En conséquencè il ordonnait au père à qui naissait un tel enfant de le faire mourir... Dans un temps où les discordes étaient fréquentes, la loi athénienne ne permettait pas au citoyen de rester neutre; il devait combattre avec l'im ou l'autre parti : contre celui qui voulait demeurer à l’écart des factions et se montrer calme, la loi prononçait une peine sévère, la perte du droit de cité... A Sparte le père n’avait aucun droit sur l’éducation de son enfant... E’Etat n’avait pas seulement, comme dans nossociétés modernes, un droit de justice à l’égard des citoyens. Il pouvait frapper sans qu’on fût coupable et par cela seul que son intérêt était eu jeu. Aristide assurément n’avait commis aucun crime et n’en était même pas soupçonné ; mais la cité avait le droit de le chasser de son territoire par ce seul motif qu’Aristide avait acquis par ses vertus trop d’influence et qu’il pouvait devenir dangereux, s’il le voulait. On appelait cela l’ostracisme... Or, l’ostracisme n’était pas un châtiment; c’était une précaution que la cité prenait contre un citoyen qu’elle soupçonnait de pouvoir la gêner un jour... On pensait que le droit, la justice, la morale, tout devait céder devant l’intérêt de la patrie. » Ajoutons que toutes ces idées étaient consacrées par la religion, mais n’avaient pas été inspirées par elles comme le supposait Fustel de Coulanges. E’erreur capitale de son bel ouvrage consiste à chercher dans la religion de la cité la source des opinions professées par les Grecs et les Romains et mises en pratique par eux dans leurs sociétés. Leurs opinions relativement à l’Etat sont nées des besoins sociaux ou de la concurrence sociale ; elles turent mises en pratique sous l’influence tle ces besoins

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OU de cette concurrence ; la religion ne fit que consacrer une organisation qui l’avait précédée.

En résumé, il est impossible d’attribuer à la religion aucun rôle directeur dans la formation el l’organisation des sociétés grecques et romaines, pas plus qu’on ne peut la considérer comme ayant été un élément moralisateur de ces sociétés. Elle s’est montrée pui-e dans la phase de pureté relative du corps social; elle s’est corrompue en même temps que lui ; il est même venu une époque où elle s’est jointe à tous les autres éléments de démoralisation pour faire rétrograder la moralité publique et privée.

On dira peut-être que si la religion n’a pas exercé, dans les sociétés grecques etromaines, l’influence moralisatrice qu’on attribue d’ordinaire et d’une façon générale aux religions, c’est parce que ni celle des Grecs ni celle des Romains n’ont formulé leurs prescriptions dans des codes analogues aux Livres sacrés des Hébreux. A cette objection il serait facile de répondre que l’évolution de la moralité priv ée ou publique ne fut que bien peu influencée dans le sens du progrès par les codes religieux des juifs, que meme, à certains égards, leur évolution ascendante s’en trouva considérablement gênée. Cependant, les prescriptions de ces codes étaient représentées comme l’œuvre de la divinité, elles étaient fort sévères, et leurs sanctions étaient d’autant plus terribles qu’elles devaient se manifester dans le cours de la vie terrestre.

Des faits analogues sont révélés par l’étude de la société aryenne de l’Inde. Gomme la société hébraïque, elle eut, à partir d’une certaine époque, des Livres sacrés et un code moral d’origine religieuse, mais l’évolution de la moralité privée ou publique ne fut que très faiblement favorisée par ces Liv res et ces codes sacrés. Les prescriptions de ces derniers allèrent même souvent à l’encontre de l’évolution morale qui se serait produite sous l’influence de la seule nature. Par contre, nous verrons dans la société romaine, l’évolution ascendante de la moralité s’opérer très nettement sous l’influence de la philosophie qui détruisait les anciennes religions.

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