Loc. cil., I, p
LA MORALE RELIGIEUSE DES PEUPLES ARYENS
lectuel, dégénérescence d’abord des classes les plus inférieures, que la religion maintien dans l’ignorance et la misère, puis des classes supérieures elles-mêmes par l’abus qu’elles font de leur pouvoir et la paresse que détermine chez elles la servilité des autres classes.
On a soutenu, il est vrai, que les castes étaient utiles au maintien de la morale publique et qu’elles constituaient, au profit de leurs membres, des sortes d’associations de bienfaisance, sans lesquelles beaucoup de misères ne seraient pas soulagées. La caste, dit-on, est intéressée à surveiller la conduite de ses membres, afin de protéger sa propre réputation. Le fait est exact, mais il faut ajouter que la caste se préoccupe exclusivement des actes par lesquels ses intérêts moraux ou matériels seraient compromis, tandis qu’elle reste indifférente à tout ce qui ne la touche pas directement. Elle crée l’hypocrisie de la moralité et non la moralité véritable. Il est vrai aussi qu’elle prête assistance à ses membres ; mais elle exige, en échange de ses services, une docilité c[ui supprime toute initiative individuelle. La caste annihile l’individu et détruit l’élément le plus essentiel du progrès, en faisant presque disparaître la lutte individuelle. Elle entrave encore le progrès social en plaçant l’intérêt de chaque caste, envisagée séparément, au-dessus de l’intérêt général de la société. Or, il ne faut pas perdre de vue que le maintien des castes et même leur subdivision à l’infini sont dûs en grande partie à la religion. C’est elle qui, aujourd’hui, les empêche de se fondre les unes dans les autres comme l’exigerait la morale naturelle qui est, en cela, conforme à l'intérêt de la société.