‹ La morale des religionsChapitre 135 sur 380 · Ihid., p. i · texte numérisé non relu

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impies. » Après la vicloire, ils chaulent plus fort encore les louanges d’Indra, comme du véritable triomphateur : (( La victoire est restée aux Aryas parce qu’Indra, combattant pour eux depuis le matin, a brûlé des milliers de vils Dasyous dans leurs forts inaccessibles, dans leur retraite inexpugnable ; et Jes tribus impies ont été soumises au joug de l’Arya. » Ne croirait-on pas entendre un prêtre de lahvé Il a promis la victoire au nom de son dieu, la victoire a été obtenue, il en donne tout le mérite à son Dieu. Mais, n’est-ee point lui-même qui a sollicité du Dieu cette victoire par ses chants et ses sacrifices.^ Ne peut-il pas s’en attribuer en quelque mesure le mérite!* Il a l’oreille d’Indra, il est entendu par Indra. C'est lui qui invite Indra à s’enivrer du Sonia qui le rend fort et liienveillant aux guerriers : « Passionné pour le Sonia, le dieu viendra continuellement s’enivrer. On a rempli pour lui cent vases de liqueur sacrée. » Seul, le prêtre eonnaît Indra, peut obtenir ses faveurs: «Il n’est point de force, point de résistance, point d’audace déployée par les Dasyous qui puisse fléchir Indra, lorsqu’Indra a répondu à la voix du prêtre. — C'est parle sacrificateur qu’Indra terrasse les superbes Dasyous. — Qui donc, hormis le prêtre, a jamais connu Indra quel prinee l’a mesuré, ce Dieu Les hauteurs d’Indra sont vertigineuses ; insondables, sont les profondeurs d’Indra!» Et, puisque c’est le prêtre qui donne la victoire aux guerriers et aux « chefs glorieux », ceux-ci doivent se montrer généi'eux envers lui. C est la lolonlé d’Indra. « Il n’a rien à craindre, le chef qui a versé, pour Indra, de nombreuses coupes de Sonia ; il marche à la tête de ses hommes, il triomphe de son ennemi, il règne lieureusenient sur ces provinces et il illustre son nom ; il vivra, fort, con(|uérant, favori des dieux. » Pour encourager la générosité des vainqueurs, des puissants et des riches, les prêtres énumèrent, en les exagérant, les cadeaux qu’ils ont déjà reçus : « des millions de parures, des chevaux forts et magnifiques, des chars superbes », qui permettent aux sacrificateurs de se rendre à l’autel sur des chevaux riehenient caparaçonnés et d’officier en des costumes superbes, car

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(( le prêtre doit se présenter devant le peuple comme le fait un seigneur. » Malheur à ceux qui ne se montrent pas reconnaissants et généreux envers le prêtre qui leur fait obtenir les faveurs d’Indra. Les « impies, ces traîtres au culte, seront, par le dieu de la force, arrachés à la vue du soleil’ ».

En créant la puissance d’Indra et en la faisant admettre par le peuple, la caste sacerdotale n’avait pas seulement constitué son propre pouvoir, elle avait appris encore, par expérience, comment elle le pourrait maintenir et accroître. Elle sait maintenant faire les dieux ; elle en fera autant qu i! sera nécessaire pour satisfaire les superstitions du peuple, apaiser ses craintes ou dompter ses résistances, s’il lui arrive d’avoir la velléité d’en montrer. Sachant faire les dieux, comment ne saurait-elle pas faire les rois.^ Parla crédulité du peuple, elle est toute-puissante, à la condition de conserver la supériorité que lui donne sa science relative. Elle maintiendra donc l’ignorance dans toutes les castes, en limitant le plus possible le rôle qu’elle assignera, dans la société, à chacune d’entre elles.

Ce qui, dès l’époque védique, caractérise les Aryas de l'Inde, c’est la tendance c[u’ils ont à voir des esprits dans tous les objets, dans tous les phénomènes cosmic|ues, puis à personnifier chacun de ces esprits en un dieu particulier. Aussi ne faut-il point s’étonner de voir leurs divinités favorites changer avec la nature du milieu dans lequel vit le peuple et avec les événements dont il est l’auteur ou le spectateur. Dans le Septa-Sindu, oii il mène la vie paisible de l’agriculteur et du pasteur, c’est le doux Agni, cléité du feu, du foyer, de la génération, qui a toutes ses faveurs, qui est en quelque sorte le dieu des dieux. Plus tard, lorsqu’il marche à la conquête des pays de l’Est, en repoussant devant lui, par la force, les Dasyous qui défendent leurs terres et leurs foyers, c’est Intlra cpii revêt la suprématie divine : non pas seulement l’indra de la foudre, l’Indra qui a libéré les eaux et les vaches du pays des Sept rivières, maisl’Indra de la guerre, ejui s’enivre de Soma et se repaît de sang.

I. Voyez pour ces citations, INIarius Fontanes, l’Inde védique, p. 323-243.

LA MORALITÉ DES DIMMTÉS VÉDIQUES ET BRAHMANIQUES 18:i

Plus tard encore, lorsque les Aryas sont parvenus dans la vallée du Gange, fertile et planlureuse, mais empoisonnée par les marécages et balayée par les vents qui dissipent les brouillards enqiestés, ce sont les vcnls et les maladies qui deviennent les dieux par excellence. Les vents sont personnifiés dans les Maints tout-puissants, terribles ou bienveillants. Les Maints prennenl à la fois la place d’Agni et celle d'Indra qui, pour un moment, a terminé son rôle. (( Devant ces dieux terribles, dil un hymne, les forèls frémissent de crainte », les forêts oii habile Kudra et sa légion de déités mortifères. Sous leurs souilles irrésistibles les montagnes s’cntre-clioquent ; leur \oix fait trembler le ciel lui- même « lorsqu'ils se jouent en agitant leurs glaives et se précipitent comme des torrents' ». C’est avec des mains pleines de glaives qu'on les représentera plus tard, lorsque les dieux auront été non seidement anthropomorpliisés par riniagination des populations naïves, avec la complicité intéressée des prêtres, mais encore transforinés en idoles palpables et tangibles.

A côté des Mariits mais distinct d’eux, on connaissait lludra le sinistre, le rouge, et, comme tel dangereux, car le rouge est la couleur du sang, des emblèmes de la mort. Un hymne l’appelle (( le rouge sanglier du ciel, le monstre, qui porte les cheveux roulés en forme de coquille » et il l’implore, il lui crie ; « aie pitié, ô Uudra, du chantre cpii te loue. Que tes troubles aillent terrasser d'autres que nous. Que l’arme de Uudra nous dépasse,- qu'il nous dépasse le vaste couri’oux du monstre. Détends tes arcs puissants en faveur de nos amis les généreux; fais merci et sois propice à leurs enfants et aux enfants de leurs enfants. — Ne nous frappe pas, ô Uudra, ni grand, ni petit, ni adolescent, ni adulte, ni père, ni mère, ni notre corps qui nous est cher ». 11 a une toulfe de cheveux bleu-noir, un arc et des llèches, « son ventre est bleu-noir, rouge son dos», dit un hymne, qui ajoute : « du hleu-noir il ein eloppe l’ennemi et le rival ; avec le rouge il frappe celui qui le

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