LA MORALE PHILOSOPHIQUE N'EXISTE PAS CHEZ LES SÉMITES
logie vers laquelle les peuples ignorants se portent si volontiers ; rarithmétique donna naissance à une sorte de cabalistique où les cliilTres prenaient des sens mystérieux, le nombre sept par exemple, devenant le nombre fatidique 6h-i, comme i3 est 1 2 -t- i ; la genèse des mondes et des êtres fut expliquée par des légendes religieuses plus ou moins ingénieuses, mais toujours dépourvues d’esprit scientifique, et la foi prit dans les méditations des prêtres, la place que la raison tenait dans les études des astronomes, des matliématiciens, des penseurs de l’époque touranienne D’un autre côté, à mesure que les légendes, les mythes
I. Tiele (Hist. comp. des ane. relig. de l’Egypte et des peuples sémitiques) résume, d’après Bérose, de la manière suivante (p. i85 et suiv.) la théorie de l’orig-ine du monde qui était adoptée par les prêtres de la Babylonie sémitique : « B y eut un temps où tout u’était qu’eau et obscurité. Dans cette eau (le chaos) naissaient et pullulaient toute espèce de monstres, êtres à quatre visages, à deux têtes, hommes h queue de poissons, tels que ceux que l’historieu et ses lecteurs pouvaient voir représentés sur les murs des temples à Babyloue. C’étaient, en effet, les animaux empruntés par une mythologie postérieure h la symbolique primitive, dont le sens s’était par degrés obscurci, et auxquels une imagination sans frein ni règle eu avait ajouté d’autres encore plus fantastiques. Tous ces monstres obéissaient à une femme nommée Homoroka, eu chaldéen Thalath ou plus exactement Tauath, c’est-à-dire Tiavat, la Alcr primordiale, la Tauthé île Dainascius, que les Grecs traduisirent par Thalassa, la mer, et Séléné, la lune. Mais Bel coupa la femme en deux et d’une |)artie forma le ciel, de l’autre la terre ; les monstres disparurent. Bel ensuite se coupa la tête et de sang mêlé à la poussière de la terre, il forma l’homme qui, en tant que formé de la tête du dieu suprême, est doué d’une intelligence et d’une sagesse divines. Il ordonna aussi aux dieux de se couper la tête, pour faire avec leur sang les hommes et les animaux, après quoi il créa les astres, le soleil, la lune, les cinq planètes. » M. Tiele ajoute ; « L’idée première de ce mythe est empruntée à la séparation que le premier rayon de l’aurore semble opérer entre le ciel et la terre, confondus pendant la nuit en une masse vague et eonfuse, au sein de laquelle, comme dans une mer immense et obscure s’agitent des êtres sans forme et sans nom. La lumière du jour leur donne la vie véritable, les crée en les faisant apparaître. Homoroka (c’est-àdire la mère ou la grande déesse d’Ourouk) ou Thauatth était donc la déesse de la nuit régnant seule sur l’univers chaotique avant la première aurore. Les monstres auxquels elle commandait ne peuvent signifier que les constellations, que l’aurore fait disparaître. Bel, lui, est le dieu lumineux ayant, à la première aurore, mis fin à la nuit séculaire que tous les anciens peuples se représentaient comme ayant précédé l’origine du temps et de l’univers, et séparé les deux firmaments, le ciel et la terre, comme il le fait encore chaque matin lorsqu’il s’élève au-dessus de la ligne de l’horizon. Bel, après avoir créé la terre, l’orne, la peuple, l’anime. Le mythe grossier de la formation de l’homme du sang de Bel mêlé à la poussière de la terre exprimait, au fond, la même idée que le récit bien plus noble et poétique de la Genèse, à savoir la double nature de l’être humain, tenant à la terre et tirant d’elle son être et sa subsistance, comme tout ce qui vil à sa surface, mais doué de raison cl ayant en lui quelque chose de divin. »
cl les syinl)oles de la religion se subsliliiaient aux conceptions incessamment perfectibles nées de l’observation de la nature, une morale religieuse tout artificielle se superposait à la morale naturelle, ajoutait aux idées nées des relations des hommes les uns avec les autres, celles qu’engendrent les intérêts de la classe sacerdotale. A ces « petits codes de morale éternelle, et qui n’oiit pas de date », dont parle Renan, qui « existent longtemps avant d’être écrits », la religion substituait ses maximes rigides, immuables, purement conventionnelles, dont nous avons fait l’étude dans les chapitres précédents. Dès lors, plus de philosophie, ni de morale philosophique.
En Egypte, il semble que la belle période scientifique et philosophique de la Chaldée n’ait jamais existé. Aussi loin qu’il est possible de remonter dans l’histoire de ce pays, on trouve la religion souveraine maîtresse des esprits et seule régulatrice de la morale ; mais son intluence alla, comme en Chaldée, en s'accroissant sans cesse, pour atteindre son apogée sous la vingtième dynastie, au moment où les prêtres substituèrent leur autorité à celle des rois. (( Concurremment avec la puissance des prêtres, — et cela doit en être considérée comme une suite naturelle, — la superstition, dit Tiele‘, faisait de grands progrès dans l’Egypte méridionale, qui était encore le siège de l’empire... Le goût public n’était plus aux sobres maximes morales, dans le genre de celles de Ptahhotep, sous l’aucien empire, ni aux récits qui rendaient la réalité de la vie, comme ceux de Saneha, sous le moyen empire. C’était à l’imagination qu’il fallait parler, on voulait des poèmes et surtout des livres magiques, remplis de formules de coujuratiou, de chants inspirés et de récits miraculeux... Les pratiques magiques fureut portées si loin que le gouvernement de Ramsès II dut prendre des mesures pour en réprimer l’abus... A cette époque aussi, on commença à attacher une grande importance à l’observation des temps, en vue des choses qu’on voulait faire ou entreprendre.. : 12 chocak