‹ La morale des religionsChapitre 175 sur 380 · LA MORALE PHILOSOPHIQUE N’EXISTE PAS CHEZ LES SÉMITES · texte numérisé non relu

LA MORALE PHILOSOPHIQUE N’EXISTE PAS CHEZ LES SÉMITES

(septembre-octobre) ne pas sortir, parce que c’est le jour où Osiris se métamorphose en Bennou (Héron) ; 1 7 toby (octobre-novembre) ne pas se baigner ; la déesse Nou sort de Fonde céleste ; 20 toby, Basiris retire la lumière du monde, tout est ténèbres; c’est pour([uoi ne pas sortir jusqu’au coucher du soleil... Les jeûnes étaient fréquents. Le jour où l’on était né était de grave conséquence. Celui qui était né le 5 paophi devait être tué par un taureau, mais celui qui était venu au monde le 9 du même mois aurait une longue vie. On ne se préoccupait pas moins des mots et des formules magiques. Le 1 62® chapitre du Livre des morts, qui date sans doute du nouvel empire, contient déjà quelques-uns de ces mots cabalistiques, comme Pentiakahakalierher, Uarauaakarsank-Bobiti, et était pour cela regardé comme très ju’ofond. D’autres livres du temps de Ramsès II renferment des invocations complètement dépourvues de sens... La crédulité aux miracles dépasse toutes les bornes ; on se repaît de récits enfantins dont quelques-uns ne sont pas sans analogie avec tel ou tel trait de la Genèse. Si l’on va au fond des choses, on y retrouve les vieilles Fictions du mythe d’Osiris ; mais c’est de la mythologie tombée au rang des contes de la mère l’Oie et dont le sens primitif est complètement perdu pour ceux dont ils nourrissent la dévotion. On estdescendu des sphères de la foi et de l’inspiration, à celles de la plus grossière superstition... A tout considérer, on peut dire que la religion fut alors bien plus puissante que dans les âges antérieurs. Elle exerçait son action sur la vie tout entière, de telle sorte qu’en dehors d’elle on ne pouvait faire un pas, rien entreprendre, former aucune pensée. C’est ce qui ressort aussi de l’examen des tombeaux de cette période. Le mort n’y est plus représenté dans sa vie personnelle et domestique, mais dans sa vie politique et religieuse... Les vieux textes magiques... couvrent toutes les murailles, et les images des dieux qu’on cherchait en vain dans les anciens tombeaux, brillent partout ici, en haut relief, à côté de celles du mort. Les stèles funéraires sont aussi couvertes de représentations religieuses. . . Au lieu de l’ancienne

croyance, que la vie après la mort n’était que la continuation de la vie présente, nous trouvons, maintenant, la doctrine de la rétribution... ce fut là un progrès religieux réel. Il faut pourtant reconnaître que eet eudémonisme n’exerça pas toujours l’influence la plus favorable sur la moralité. » Bien loin, en effet, de faire des progrès, la moralité publique et privée subit, pendant cette période d’exaltation de la puissance religieuse et de la foi, une régression telle que tous les historiens l’ont signalée. C’est l’heure où les prêtres et seribes raillent les soldats, se moquent des souffrances qu’ils endurent pour le pays et les invitent à faire un métier plus lucratif. (( Arrive, que je te peigne le sort de l’officier d’infanterie, l’étendue de ses misères !... Arrive, que je te dise ses marches vers la Syrie, ses expéditions en pays lointains ! Ses pains et son eau sont sur son épaule comme le faix d’un âne ; les jointures de son échine sont brisées. Il boit d'une eau corrompue, puis retourne à sa garde. Atteint-il l’ennemi, il est comme une oie qui tremble, car il n’a plus de valeur en tous ses membres... » En plein épanouissement de la religion et après les retentissants succès militaires de Ramsès II, « l’empire égyptien s’en allait d’épuisement », les ouvriers mouraient de faim: « l’homme n’était pas seul à souffrir : il avait une femme, une sœur, des enfants qui pleuraient la faim, et les magasins du clergé et de l’Etat étaient là sous ses yeux, remplis à regorger d’orge et de blé ». A chaque instant, des menaees de révolte se produisaient, « les délits de tout genre étaient nombreux au sein de cette population besogneuse et turbulente... Les nécropoles offraient une riche proie.. ; beaucoup de tombes, mal gardées, renfermaient des momies couvertes d’or et de bijoux. C’était grosse affaire d’y atteindre », car les tombeaux étaient construits dans le roc ou fortement maçonnés. « Il fallait creuser des mines avant de se glisser jusqu’à la ehambre du sarcophage ; les voleurs s’associèrent donc en bandes considérables qui exploitaient les sépultures. Il y avait de tout dans ces syndieats, de simples ouvriers, des vagabonds, des employés, des prêtres, même des affiliés de la police : la nécropie entière fut

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livrée au pillage, et les lombes des rois ne furent pas plus respectées que les autres'. » Pendant ce temps, les classes riches et les prêtres eux-mêmes se livraient sans aucune retenue au dévergondage de mœurs dont certaines cérémonies religieuses donnaient périodiquement au peuple le spectacle. Au lieu et place d'une philosophie scientifique tout à fait absente, les métaphysiciens du temps construisent les théories cosmogoniques et théologiques les plus ridicules, malgré leur tendance vers le monothéisme et l’idéalisme h L’Egypte ne connut jamais, en fait, ni aucune philosophie scientifique, ni aucune morale philosophique, et si la moralité de son peuple se maintint au-dessus de celle de son culte, c’est que sur les bords du Nil comme partout où il y a des hommes, la nature est plus forte que la religion.

Chez les Hébreux, la philosophie, proprement dite.

1. Maspero, Hist. anc. des peuples de l’Orient, p. Saa et suiv.

2. Tandis que « le culte des animaux, l’oie, l’Iiirondelle, le cliat, le serpent, recrutaient plus de dévots qu’il n’en avait jamais eu », tandis que « la croyance aux mauvais esprits et aux revenants était universelle », tandis que « la magie était pratiquée ouvertement, malgré les ordonnances les plus sévères », les prêtres les plus instruits et les plus intelligents [)erdaient leur temps en constructions du système tliéologique suivant qui, né dans l’antique Clialdée, devait, après des migrations et des évolutions nombreuses, s’échouer en sa forme dernière dans les dogmes du christianisme : « Au commencement était le Non, l’océan primordial, dans les profondeurs insoiulées duquel les germes des choses flottaient confondus. De toute éternité le Dieu s’engendra et s’enfanta lui-mème au sein de cette masse liquide, sans forme encore et sans usage. Ce Dieu des théologiens théhains était un être parfait, doué il’une science et d’une intelligence certaines, le « Un unique, celui qui existe par essence, le seul qui vive en substance, le seul générateur dans le ciel et sur la terre qui ne soit pas engendré ; le père des pères, la mère des mères. » t oujours égal, toujours immuable dans son immuable perfection, toujours présent au passé comme à l’avenir, il remplit l’univers sans qu’imagé au monde puisse fournir même une faible Idee de sou Immensité : on le sent partout, on ne le saisit nulle part. Unique en essence, il n’est pas unique en personne. H est père par cela seul qu’il est, et la puissance de sa nature est telle, qu’il eugendre éternellement sans jamais s’alfaiblir ou s’épuiser. Il n’a pas besoin île sortir de lui-même pour devenir fécond ; il a en son propre sein la matière de sa création, il conçoit son fruit, et, comme chez lui la conception ne saurait être distinguée de l’enfantement, de toute éternité il produit en lui-même un autre lui-même. Il est ;\ la fois le père, la mère et le fils de Dieu. Engendrées de Dieu, enfantées de Dieu, sans sortir de Dieu, ces trois personnes sont Dieu en Dieu, et, loin de diviser l’unité de la nature divine, elles concourent toutes trois à son infinie perfection. » (Maspero, Hisl. anc. des peuples de l’Orient, p. 334 et 326.) La première doctrine judéo-chrétienne de la Trinité étant née en Egypte, il est faiÿle de voir de quelle source elle sortit.

Lanessan. Religions.

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2'i“2 MORALE PHILOSOPHIQUE DANS LES SOCIÉTÉS GRÉCO-ROMAINES

n’exista jamais ; leur intolérance religieuse ne lui permettait même pas de naître. Leurs prêtres empruntèrent, il est vrai, à l’antique Babylonie, avec laquelle les tribus nomades d’Israël avaient été souvent en contact, la cosmogonie qui figure dans la Genèse des Livres sacrés, mais ils firent disparaître le caractère d’hypotbèse scientifique, encore vague, incertaine et pertectionnable indéfiniment dont elle était revêtue, pour en faire un simple article de foi religieux. « Amoindris, serrés, sanglés, si j’ose dire, écrit E. Renan, sur le dos de la bête de somme du nomade, macérés pendant des siècles dans des mémoires sans précision, et des imaginations comprimantes, les récits protocbaldéens ont donné les douze premiers chapitres de la Genèse, et, dans la Bible, il n’est peut-être pas de partie qui ait eu plus de conséquence. L’humanité s’est figurée qu’elle avait là un récit historique des choses qu’elle voudrait le plus savoir, je veux dire son enfance, ses premiers progrès... On crut avoir dans l’œuvre des six jours toute la théorie de l’univers'. » Et l’on crut, d’autant plus, à l’exactitude de cette théorie qu’elle passa pendant de nombreux siècles, aux yeux des juifs d’abord, puis à ceux des chrétiens, comme ayant été formulée par l’auteur même de la création.

Chez les Hébreux comme chez les Egyptiens et les Assyriens, et, poLiri'ais-je ajouter, comme chez tous les peuples sémitiques, la religion tient lieu de philosophie en même temps que de législation. C’est elle qui dicte les règles de la morale privée ou publique, et c’est d’elle que viennent toutes lois. C’est là, sans aucun doute, le trait le plus remarquable de l’histoire des peuples de race sémitique. Je dis des peuples et non des individus, car, il serait facile de montrer, parmi les Sémites des temps modernes, des esprits philosophiques et scientifiques d’une large envergure ; mais ceux-là étaient nés au milieu de peuples aryens ou avaient reçu l’éducation des Aryens. Ce n’est point à eux que je fais allusion dans les considérations ci-dessus.

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