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famille née d’eux-mêmes : c’est alors que les hommes commencèrent à s’amollir. Le feu rendit leur corps frileux et moins robuste pour supporter le froid sous la voûte des deux ; les plaisirs de Vénus les énervèrent ; les enfants, par leurs caresses, fléchirent sans peine le naturel farouche de leurs parents. Alors aussi les hommes commencèrent à former amitié entre voisins pour éviter la violence de part et d’autre ; ils se recommandèrent mutuellement les enfants et les femmes de la voix et du geste, faisant entendre en leur langage inarticulé que tous devaient avoir pitié des faibles. Cependant on ne réussissait pas toujours à établir le bon accord ; mais la meilleure partie des hommes observait pieusement le pacte conclu ; autrement le genre humain tout entier, exterminé dès cette époque, n’aurait pu se propager jusqu’à nos jours ‘ a.
En somme, le point de départ de la sanction morale d’Epicure est dans le plaisir que l’on éprouve toutes les fois que l’on satisfait un besoin naturel. S’il y a plaisir véritable, on peut être certain que l’on a bien agi ; s’il y a souffrance, on est allé à l’encontre de la nature, on a mal agi. (( La nature seule, disait-il, doit juger de ce qui est conforme ou contraire à la nature. ^ » Or, la nature indique très nettement que le plaisir est conforme à la nature. « Nous savons, disait-il, qu’il est le bien premier et naturel ; si nous choisissons ou repoussons quelque chose c’est à cause du plaisir ; nous courons à sa rencontre, discernant tout bien par la sensation comme règle. ® » Mais il importe de bien distinguer le plaisir véritable de ce qui n’en est que l’apparence ou l’illusion, car lui seul ne sera pas suivi de souffrance. Afin d’être en état de faire cette distinction, il faut étudier la philosophie. (( De même, disait Epicure, que nous n’approuvons pas la science des médecins pour elle- même, mais pour la santé ; de même que nous ne louons pas l’art de tenir le gouvernail pour lui-même mais pour son utilité, ainsi la sagesse, cet art de la vie, si elle ne