CHAPITRE V
LA MORALE DES STOÏCIENS
La seule différence réelle qui existât enlre les deux écoles, c’est que celle des stoïciens respectait davantage que celle d’Epicure les croyances religieuses et les pratiques cultuelles de la foule. Le stoïcien passait pour un homme religieux ; l’épicurien était considéré comme nn athée. Celui-ci niait que les dieux prissent aucune part aux affaires et à la conduite des hommes ; celui-là croyait à une sorte de providence divine qui, selon le mot de Sénèque ' (( préside à l’univers » ; mais la providence et les dieux de Sénèque nous apparaissent comme bien peu différents des dieux tout matériels et indifférents d’Epicure, lorsqu’on voit Sénèque lui-même mettre dans la bouche de sa providence, de sa divinité, un aveu d’impuissance que l’on pourrait croire avoir été dicté par Lucrèce. A l’homme de bien qui se plaindrait de la providence et des dieux, en voyant les honnêtes gens souffrir, Sénèque fait faire par les dieux eux-mêmes cette réponse : « Je vous ai accordé de braver tout ce qu’on redoute, de mépriser tout ce qu’on désire... J’ai placé tous vos avantages au-dedans de vous. . . — Mais il arrive des afflictions, d’affreux revers, de rudes épreuves ! — Je ne pouvais vous y soustraire, j ’ai armé votre âme. Souffrez donc courageusement ; c’est par là que vous pouvez être supérieurs à Dieu même. Il est à l’abri des maux ; vous les surmontez. Méprisez la pauvreté; on ne vil jamais aussi